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L’histoire pour le plaisir

Michel 1er Rhangabé

lundi 20 juin 2016

Michel 1er Rhangabé (vers 770-844)

Empereur byzantin de 811 à 813

Fils du patricien Théophylacte Rhangabé, drongaire [1] de la flotte égéenne. Il épouse Procopia, fille du futur empereur Nicéphore 1er, et reçoit la dignité de curopalate [2] après l’accession de son beau-père au trône en 802.

Michel survit à la campagne désastreuse de Nicéphore 1er contre le khan de Bulgarie Kroum et est considéré comme le candidat le plus approprié pour succéder à son beau-frère Staurakios , gravement blessé lors de la bataille de Pliska [3]. Lorsque Procopia échoue à persuader son frère de désigner Michel comme son successeur, les partisans de celui-ci forcent Staurakios à abdiquer en sa faveur le 2 octobre 811.

Michel tente de mener une politique de réconciliation, abandonnant les lourdes impositions instituées par Nicéphore 1er tout en distribuant généreusement de l’argent à l’armée, à la bureaucratie et à l’Église.

Monté sur le trône avec le soutien des iconodoules [4], il persécute les iconoclastes [5] et force le patriarche Nicéphore à céder dans sa dispute avec Théodore Studite, higoumène [6] influent du monastère du Stoudios [7].

Michel 1er poursuit la lutte contre les Bulgares qui attaquent la Thrace et la vallée du Strymon [8]. Mais après avoir monté une armée pour se porter au devant des forces ennemies, il doit retourner en hâte à Constantinople pour faire face à une conspiration. À l’automne 812, Kroum fait une offre de paix, que Michel rejette suivant les conseils de Théodore Studite et contre l’avis du patriarche Nicéphore. Les Bulgares s’emparent alors de Messembria [9] en 812.

En parallèle, Michel 1er rouvrit les négociations avec les Francs et reconnaît Charlemagne comme « basileus ». En échange, Venise est rendue aux Byzantins.

Au cours de l’hiver 812-813, le khan Kroum fait d’intenses préparatifs pour attaquer Constantinople dont Michel 1er renforce la défense.

Après que les Byzantins soient parvenus à repousser quelques raids bulgares contre la Thrace, Michel lève une armée imposante composée de contingents venus de tout l’empire. La campagne doit être retardée en raison du mécontentement régnant au sein des troupes, mais quitte finalement la capitale en mai.

En juin, il affronte l’armée de Kroum lors de la bataille de Versinikia [10], près d’Andrinople [11]. Une partie des troupes byzantines s’enfuit sans combattre et la bataille se solde par un désastre mettant Constantinople à la portée des Bulgares.

Affaibli par sa défaite et se sentant menacé, Michel prend les devants et abdique le 10 juillet 813 en faveur du général Léon l’Arménien, avant de devenir moine dans un monastère de l’île de Proti [12] sous le nom d’Athanase. Ses fils sont castrés et relégués dans des monastères. Michel 1er meurt paisiblement dans son monastère le 11 janvier 844.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Jean Skylitzès, Empereurs de Constantinople, « Synopsis Historiôn » traduit par Bernard Flusin et annoté pat Jean-Claude Cheynet, éditions P. Lethilleux, Paris, 2003

Notes

[1] Un drongaire est un rang militaire de la fin de l’Empire romain et de l’Empire byzantin. Il désigne le chef d’un drongos.

[2] La dignité de curopalate fut d’abord une fonction de la cour impériale byzantine avant de devenir l’un des titres les plus prestigieux du 6ème au 12ème siècle. Réservée aux membres de la famille impériale et à divers rois et princes du Caucase, elle finit par se déprécier et être reléguée à la fin des listes de préséance avant de tomber en désuétude sous les Paléologues. L’épouse d’un curopalate portait le titre de kouropalatissa.

[3] La bataille de Pliska ou de Virbitza est une bataille opposant le khan bulgare Kroum à l’empereur byzantin Nicéphore 1er le 26 juillet 811. Elle se conclut par l’une des plus grandes défaites de l’empire byzantin.

[4] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[5] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée d’images, c’est-à-dire de représentations religieuses de type figuratif (appartenant souvent à sa propre culture) et généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette la vénération adressée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie (ou iconodoulie).

[6] Un higoumène ou hégoumène est le supérieur d’un monastère orthodoxe ou catholique oriental. Le terme équivaut à celui d’abbé ou d’abbesse dans l’Église latine.

[7] Le monastère du Stoudion ou monastère de Stoudios était un établissement religieux de Constantinople fondé vers 460 par un bienfaiteur privé du nom de Studius ou Stoudios, un aristocrate qui fut consul pour l’année 454. Il était placé sous le vocable de saint Jean Baptiste (son nom complet est donc « monastère Saint-Jean-Baptiste de Stoudios »). Il était situé à l’extrême sud-ouest de la ville byzantine, dans le quartier de Psamathia, non loin du Mur de Théodose et de la mer de Marmara. Ses moines étaient appelés « studites » ou « stoudites ». Il reste aujourd’hui les ruines de l’église du monastère, le plus ancien édifice chrétien subsistant partiellement à Istanbul.

[8] Le Strymon est un fleuve coulant en Bulgarie et en Grèce. Sa source est située dans les montagnes Vitocha, en Bulgarie, et coule sur environ 400 kilomètres pour se jeter dans la mer Égée, dans le golfe Strymonique. La vallée qu’il forme est une région d’importante production de charbon pour la Bulgarie.

[9] Nessebar Méssembrie en français classique, est une cité historique de la Bulgarie, de population grecque de l’Antiquité à 1923, juchée sur une presqu’île rocheuse s’avançant en mer Noire.

[10] La bataille de Versinikia eut lieu en 813 entre les forces de l’empire byzantin et celles de l’empire bulgare près de la cité d’Andrinople (aujourd’hui Édirne) en Turquie. Elle est également connue sous le nom de deuxième bataille d’Andrinople. Bien que les Bulgares eussent été beaucoup moins nombreux que les Byzantins, ils réussirent à gagner la bataille.

[11] Edirne (autrefois Andrinople ou Adrianople) est la préfecture de la province turque du même nom, limitrophe de la Bulgarie et de la Grèce. Elle est traversée par la Maritsa.

[12] Kınalıada est une des neuf îles constituant l’archipel des Îles des Princes, dans la mer de Marmara, en Turquie. Kınalıada signifie l’île (ada) du henné (kına), en référence à la couleur des eaux où baigne l’île. C’est l’île la plus proche de la rive européenne d’Istanbul, à seulement une heure de ferry de Sirkeci. Les îles Vordonis se trouvent à mi-chemin entre la côte et l’île de Kınalıada. L’île abritait un monastère pendant la période byzantine et servit de lieu d’exil, comme d’autres Îles des Princes. Michel 1er Rhangabé s’y retira avec l’impératrice et ses enfants après son abdication en 813, et y mourut en janvier 844.