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Un siècle de conflit, de fléaux et de crise avec l’église mais aussi un siècle d’évolution de la société

jeudi 30 août 2012, par ljallamion

Un siècle de conflit, de fléaux et de crise avec l’église mais aussi un siècle d’évolution de la société

Le vieux Chartre. Photo lucien Jallamion 1996

Sous Philippe Auguste et Saint Louis, la France était devenue le plus puissant royaume d’Europe. Mais à la fin du 13ème siècle, la Flandre et l’Angleterre commencent à lui faire de l’ombre grâce à leur enrichissement rapide. L’Angleterre vend de la laine aux communes flamandes comme Bruges, Ypres ou Gand. Celles-ci fabriquent des draps qu’elles revendent à prix d’or dans toute l’Europe.

Philippe le Bel a besoin d’argent pour poursuivre la guerre contre les Flamands, ses offensives diplomatiques et pour maintenir le train de vie de l’État malgré quelques signes de dépression économique.

Il ne lui suffit pas de dévaluer la monnaie ni de dépouiller les juifs et les banquiers lombards. Il lève en 1295 un impôt occasionnel sur le clergé, la "décime". Le clergé s’incline, bien que le roi se soit dispensé de demander l’autorisation au pape de lever cet impôt. Mais lorsque Philippe IV revient à la charge avec une taxe supplémentaire, la "cinquantième", les évêques s’en plaignent au pape Boniface VIII.

Le pape publie une bulle, "Clericis laicos", où il précise à l’ensemble des souverains que le clergé ne peut être soumis à aucun impôt sans l’accord du Saint-Siège. Les évêques eux-mêmes sont tenus de suivre les recommandations du Saint-Siège sous peine d’excommunication ! Dans le même temps, Philippe Le Bel interdit toute exportation de valeurs hors du royaume de France, ce qui a pour effet de priver le pape d’une grosse partie de ses ressources.

Pressé par le clergé français, qui s’inquiète pour le roi, son protecteur naturel, Boniface VIII en vient à publier une série de bulles assouplissant sa position. En 1297 il doit finalement s’incliner et le "conflit de la décime" se résout à l’avantage du roi de France.

La même année, le prestige de Philippe le Bel est encore accru par la canonisation de Louis IX qui fait du roi rien moins que le petit-fils d’un saint. En Janvier 1300, la Flandre est occupée par les troupes françaises. En 1301 par le traité de Bruges, la France annexe le Barrois. Mais le 18 mai 1302, débute en Flandre la révolte contre l’occupation française.

Le 18 mars 1303, les premières Ordonnances de réforme du royaume sont promulguées. Le 20 mai de la même année le traité de Paris est conclu entre Philippe IV le Bel et Édouard 1er d’Angleterre rend à ce dernier l’ensemble des territoires conquis par le roi de France en 1294 et 1297, dont la Guyenne.

En 1305, la France atteint alors la frontière qui sera encore sienne 7 siècles plus tard en dépit de nombreuses guerres. Le 12 avril 1312, Lyon est rattaché au domaine royal. C’est aussi de 1304 à 1309 que Joinville rédigera l’histoire de saint Louis

Le 4 novembre Philippe le bel est frappé d’apoplexie et meurt le 29 novembre 1314. Ses 3 enfants règnent sur de très courtes périodes Louis X de 1314 à 1316, Philippe V de 1316 à 1322 et Charles IV de 1322 à 1328 et meurent sans progéniture. Le 1er avril, Jeanne d’Évreux, la femme de Charles IV accouche. On espère un fils. Une fille naît. La succession au trône de France se trouve ouverte. Se pose alors le délicat problème de la succession au trône de France, le prétendant direct étant Édouard III roi d’Angleterre. Sa mère était Isabelle, fille de Philippe le bel qui avait épousé le roi d’ Angleterre Édouard II. Les seigneurs français lui préfèrent bien évidemment Philippe de Valois frère de Philippe le bel puis son fils Jean II le Bon. Ces événements, aggravés par la volonté française de récupérer les terres encore sous contrôle anglais, sont les "déclencheurs" de la guerre de 100 ans qui débute en 1337 avec une première trêve en 1345, et qui sera une longue succession de guerres entrecoupées de trêves.

C’est dans le cours de ce 14ème siècle que, pour la première fois, on évoque la "nation de France". Le rassemblement en 1124 des seigneurs et de leurs troupes autour du roi Louis VI qui s’oppose à l’empereur germanique en est la première ébauche. Enfin ce sont, au-delà du conflit de Philippe IV le Bel et du pape Boniface VIII, les épreuves traversées par le royaume au cours de la guerre de Cent Ans qui forgent ce sentiment d’unité, au point de réduire l’écart entre le nord et le sud du royaume où 2 langues se parlent, la langue d’oil et la langue d’oc. L’importance de la population du royaume qui est la plus nombreuse d’Europe, la conscience que la royauté a pris de son destin, le prestige de l’université de Paris et de l’architecture dont les modèles inventés en Île-de-France sont diffusés dans toute l’Europe, marquent les règnes de Philippe Auguste, de Louis IX et de Philippe IV le Bel. Et nul ne doute plus de la place essentielle du roi. Depuis 1243, le droit canon ne permet l’excommunication du roi que par le seul pape. Le droit féodal interdit à un vassal, quel qu’il soit, de se dresser contre l’autorité de son roi. Le droit coutumier enfin accorde au roi le droit de légiférer pour tout le royaume. En dépit de ces pouvoirs, la couronne ne cesse d’être en butte aux ravages provoqués par la peste, les révoltes de villes et les jacqueries, et à la présence de domaines qui dépendent de l’Angleterre jusqu’en 1453. En plus des famines qui recommencent en ce 14ème siècle, et qui avaient déjà marqué le règne de Louis X, l’époque est aussi marquée par la Croisades des Pastoureaux, foule de jeunes pauvres qui veulent partir en Croisade, vite rejoints par les éléments les moins recommandables du royaume, et qui ravagent tout sur leur passage, pendant une année. Ils sont réduits dans le sang. Les Juifs et les Lombards sont une fois de plus rançonnés ou persécutés. Les lépreux sont brûlés ou emprisonnés, accusés d’avoir empoisonné les puits. C’est le 22 juillet 1306 que Philippe le Bel avait confisqués les biens des juifs et les avait expulsés du royaume.