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Khâlid ibn al-Walîd dit Abou Soleyman

mardi 1er mars 2016 (Date de rédaction antérieure : 11 septembre 2011).

Khâlid ibn al-Walîd dit Abou Soleyman (584 - 642)

Général de Mahomet après sa conversion à l’islam

Il participe, après la mort de Mahomet, à la reconquête de la péninsule d’Arabie [1] et fut le commandant des armées arabes lors des conquêtes de l’Irak et de l’Empire byzantin.

Il renonça au polythéisme de ses ancêtres et se convertit à l’islam. Durant l’expédition de Mouta [2], qui eu lieu en septembre 629, il était simple soldat, lorsque les chefs musulmans furent tués, il commanda l’armée. Les victimes parmi les musulmans étaient nombreuses et leur puissance affaiblie, mais il prend l’initiative de diviser l’armée en groupes pendant que la bataille fait rage en ayant donné au préalable les consignes à suivre. L’armée musulmane s’est alors repliée en bon ordre.

Il fut choisi pour mener l’aile droite de l’armée musulmane lors de la conquête de La Mecque. Lorsqu’il entra dans la cité sainte des musulmans, il baissa la tête en reconnaissance à Dieu qui l’avait guidé vers l’islam. il resta présent aux côtés de Mahomet mettant son génie militaire au service de la nouvelle religion.

En 632, après la mort de Mahomet des troubles éclatèrent dans diverses tribus sous le califat d’Abou Bakr. Musaylima ben Thimâma, un homme prétendant être prophète apparaît pour concurrencer Mahomet dans le centre de l’Arabie.

Khâlid était aux commandes d’une partie des armées musulmanes pour rétablir l’ordre et combattre si cela s’avérait nécessaire. Il usa de sa ruse de fin stratège et réussit à remettre de l’ordre dans les tribus révoltées. Il combattit l’armée de Musaylima.

Dans la tribu des Banû Tamîm [3], Sajâh de la tribu des Banû Taghlib [4], une prophétesse d’origine chrétienne née à Mossoul avait pris la tête des rebelles contre l’islam. Elle professait une sorte de syncrétisme entre l’islam et la le christianisme. Elle cherchait une alliance pour se renforcer contre le calife. Parmi la troupe de Banû Tamîm se trouvait Mâlik ben Nuwayra . Il était chargé de la collecte de l’impôt mais y avait renoncé à la mort de Mahomet. Sajâh fit mouvement vers Al-Yamâma [5] pour faire alliance avec Musaylima. Ce mouvement inquiéta autant Musaylima que Khâlid qui se trouvait lui aussi dans les parages.

Les armées musulmanes se retirèrent à 2 jours de marche pour éviter l’affrontement.

Après quelques jours, Sajâh et sa tribu se retirèrent en Irak laissant les Banû Tamîm. Ces derniers étaient inquiets des réactions d’Abû Bakr et de son général. Ils envoyèrent une ambassade auprès du calife pour plaider leur cause. Le calife était prêt à pardonner mais Omar s’interposa et déchira le traité qui venait d’être signé. Omar imposa au calife sa décision d’envoyer Khâlid faire le tri et mettre à mort les apostats.

Il engagea une campagne contre les Banû Tamîm laissant Musaylima tranquille. Mâlik ben Nuwayra désirait éviter l’affrontement, il conseilla aux tribus de se disperser pour ne pas donner l’impression d’être en ordre de bataille. Khâlid cherchait un moyen de savoir qui avait apostasié ou non. Mâlik prisonnier n’a pas su convaincre qu’il n’était pas un apostat, il fut décapité. Sa très belle épouse Umm Tamîm a plu à Khâlid qui l’a épousée. Ce meurtre et ce mariage lui furent reprochés par Abû Bakr et par Omar. Après cette campagne contre les Banû Tamîm, les armées musulmanes se retournèrent vers Al-Yamâma dans laquelle Musaylima s’était retranché.

La victoire est payée chèrement, mais Musaylima est mort au combat. Les partisans de Musaylima se replient dans leur forteresse. Madjâ, l’un des généraux de Musaylima réussit à faire croire à Khâlid qu’il dispose encore de troupes fraîches et parvint ainsi à obtenir des conditions de reddition très favorables. Khâlid reçut une lettre, signée d’Abû Bakr, lui reprochant cette erreur. Au cours de cette bataille meurtrière de nombreux compagnons de Mahomet, dont Zayd ibn al-Khattâb frère d’Omar, furent tués.

Khâlid fut chargé de la région d’Al-Yamâma. En 633, Abû Bakr lance la campagne de conquête de l’Irak. Khâlid part d’Al-Yamâma et se dirige vers Bassora [6] puis Koufa [7]. La population des villages qu’il traverse vient à sa rencontre et demande la paix contre le paiement d’un tribut. Il accepte et continue sa marche vers Al-Hîra [8]. La ville se rend facilement, Khâlid l’épargne contre le paiement d’un tribut. Il se voit alors confier par la calife le commandement de toutes les armées d’Irak qui atteignent 10 000 hommes.

Les ordres d’Abû Bakr étaient d’attaquer Obolla [9] qui était la place forte frontière de la Perse. Obolla était l’un des ports principaux de l’Empire sassanide sur le Golfe, située sur les rives du Tigre à l’entrée de Bassora, un nœud de jonction d’une importance capitale. La place est défendue par 20 000 hommes commandés par Hormuz.

La bataille commence par un duel d’homme à homme entre Hormuz et Khâlid. Il évite un coup de sabre porté par Hormuz. Khâlid le surprend en sautant sur lui, le soulève et le jette au sol et tire son poignard pour l’égorger. Hormuz appelle ses cavaliers pour lui porter secours. Les cavaliers encerclent les 2 hommes pour dégager Hormuz et se débarrasser de Khâlid. Les musulmans réagissent rapidement. Ils écartent les Perses et les éloignent de Khâlid qui en profite pour trancher la tête d’Hormuz et la jeter au milieu des troupes perses.

Le lendemain il entre dans Obolla et fit le partage du butin et en envoya le cinquième au calife à Médine avec en plus une tiare ornée de pierres précieuses et un éléphant

Peu après cette victoire il remporta une autre bataille, à Madsâr, contre les renforts que le roi de Perse avait envoyé pour soutenir Hormuz.

Cette bataille commence elle aussi par un combat singulier entre Khâlid et un guerrier perse surnommé « Mille cavaliers ». Il parvient à transpercer son adversaire d’un coup de lance. Il revient au camp pour demander à manger car il avait fait le vœu de ne pas manger avant d’avoir tué cet homme. Après s’être restauré, il donne l’ordre d’attaquer et s’empara de Bassora et de tout le sud de l’Irak

Les tribus arabes, souvent chrétiennes, qui servaient à l’Empire Perse de troupes supplétives pour protéger ses frontières, ont vu l’arrivée de Khâlid comme une menace. Elles ont demandé l’aide de l’empereur. Celui-ci envoya un de ses généraux pour faire la jonction avec les Banû Bakr [10] et les Banû Idl.

Khâlid prévenu de ce plan décida d’attaquer directement l’armée perse avant même qu’elle puisse faire sa jonction avec les 2 tribus arabes.

L’armée perse est rejointe alors qu’elle s’était installée pour prendre un repas au bord de l’Euphrate. La bataille fut l’une des plus acharnées que les Perses aient faite. Khâlid donna l’ordre de ne pas tuer sur le champ les combattants mais de les faire prisonniers. Le lendemain, il fit conduire ces prisonniers sur la rive du fleuve. Il les fit décapiter.

Khâlid entreprit avec quelques compagnons un pèlerinage à La Mecque. À son retour Abû Bakr, à l’instigation de Omar, écrivit à Khâlid une lettre de reproches pour avoir laissé son armée sans commandement. Le projet de Khâlid était encore de se diriger vers Madâ in. Il resta à Al-Hira pour y préparer ses troupes.

Jusqu’en en 634, les musulmans n’ont pas encore pénétré en Syrie qui est sous la domination de l’empereur de Byzance et où là aussi certaines tribus arabes servent à protéger les frontières. L’empereur de Byzance, faute de finances n’avait pas pu verser les subsides habituels aux tribus arabes chargées de protéger ses frontières. L’entrée en Syrie des troupes musulmanes a été facilitée. Les populations syriennes sont restées spectatrices de l’invasion musulmane.

Dans le but d’envahir ce pays, Abû Bakr constitua quatre corps d’armées, auxquels devait s’adjoindre un quatrième, formé de troupes venant de Médine sous les ordres de Mu âwiya. Se voyant devant une armée de 50 000 hommes les quatre généraux écrivirent à Abû Bakr qui demanda à Khâlid de venir à leur aide. Il pris la tête des opérations et positionna les troupes musulmanes sur les rive de la rivière Yarmouk [11].

Pendant la bataille, Abu Ubayda ben al-Jarrah est informé qu’Abû Bakr est très malade. C’est au début du combat qu’arrive la nouvelle de la mort du calife.

Omar qui succède à Abû Bakr destitue Khâlid dès son accession au pouvoir.

La destitution de Khâlid ibn al-Walîd marque la fin de la progression spectaculaire des conquêtes arabes au temps des 4 grands califes. Après la victoire de Yarmouk [12], Khâlid fut tenu à l’écart.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Tabari (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, vol. II, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 2-7427-3318-3), « Les quatre premiers califes ».

Notes

[1] L’Arabie ou péninsule arabique est une vaste péninsule au sud-ouest de l’Asie, à la jonction entre ce continent et celui de l’Afrique. Cette région fait partie du Moyen-Orient et joue un rôle géopolitique fondamental, du fait de ses importantes réserves en pétrole et en gaz naturel. L’Arabie est bordée par la mer Rouge et le golfe d’Aqaba à l’ouest, par le golfe d’Aden au sud-ouest, par l’océan Indien au sud, par la mer d’Arabie au sud-est et par le golfe d’Oman et le golfe Persique à l’est. La péninsule Arabique est traversée par le tropique du Cancer. Cette péninsule de près de deux millions et demi de kilomètres carrés est dominée par un immense désert baptisée Rub al-Khali. Un massif de granite et de laves de plus de 3 000 mètres se dresse dans l’extrême Sud. Aujourd’hui elle comprend sept États, l’Arabie saoudite, le Yémen, Oman, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn, une île au large de la péninsule.

[2] La bataille de Mu’tah a lieu en septembre 629 près du village de Mu’ta à l’est du Jourdain et d’al-Karak, entre une troupe de combattants musulmans dépêchée par le prophète de l’islam Mahomet et une armée de l’empire byzantin. Dans l’histoire musulmane, la bataille est due au meurtre d’un émissaire qui avait été envoyé vers un des chefs ghassanides.

[3] Banu Tamim est une tribu arabe principalement présente en Arabie saoudite. Avec une présence en Tunisie et dans une moindre mesure en Algérie et Libye à la suite de la dynastie Aghlabide. Ils vivent principalement au Nejd (Arabie centrale), l’Irak central et méridional (Bassorah et Diyala), ainsi que dans les provinces iraniennes du Khouzestan et du Khorassan. La tribu, occupait au 6ème siècle la partie orientale de la péninsule avant de jouer un rôle important avec l’apparition de l’Islam. Ils sont entrés en contact avec Mahomet en l’an VIII de l’hégire, mais ils ne se sont pas convertis immédiatement à l’Islam

[4] Les Banu Taghlib sont une ancienne tribu arabe de confession chrétienne. La guerre d’El Basous, ou Basûs, opposant les Tamim et les Banu Taghlib dure de 494 à 534 environ. Cette tribu aux origines anciennes a immigré en Haute Mésopotamie, jusqu’au Tigre, avec les Banu Bakr. Elle a participé aux conquêtes musulmanes. Elle a joué un rôle important à l’époque du califat omeyyade, en particulier quand elle a soutenu Muawiya contre Ali lors de la bataille de Siffin. Les Chiites Hamdanides son issus des Banu Taghlib.

[5] Al-Yamâma ou Al-Yamamah, est une ancienne région située à l’est du plateau du Nedjd en Arabie saoudite, autour du village aujourd’hui disparu de Jaww Al-Yamamah, près de al Kharj. Elle occupe une place importante dans les débuts de l’histoire islamique, comme point important de la Guerre de Ridda, juste après la mort de Mahomet.

[6] Bassora ou Bassorah ou Basra est la deuxième ville d’Irak, après Bagdad, la capitale. C’est la capitale de la province d’Al-Basra. Principal port du pays, la ville est située sur le Chatt-el-Arab, estuaire commun des fleuves Tigre et Euphrate, à 55 km en amont du golfe Persique et à 550 km de Bagdad. Bassora est, avec Koufa (située plus au nord), un ancien « misr » (au pluriel « amsar » : ville-camp), bâtie en 638 par Omar, le deuxième calife bien-guidé, lors de l’expansion musulmane. Afin de maintenir la distinction entre « croyants » (les convertis à l’islam) et les autres populations, les musulmans y vivaient. Ce confinement ethnique et religieux a, à maintes reprises, fait de la ville un lieu de bouillonnement idéologique.

[7] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. C’est la deuxième ville de la province de Nadjaf. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites. Sur une décision du calife `Omar, Koufa a été construite pour être un pôle d’immigration arabe dans le sud de la Mésopotamie, et de devenir la capitale. Les Arabes recherchaient un endroit où ils ne souffriraient pas de maladies. À l’emplacement de Koufa, il y avait une ville Sassanide qui faisait partie d’une province perse. Les quartiers arabes de la ville ont été construits en 638, à peu près au même moment qu’à Bassora, quand les armées arabes combattaient les Sassanides. La ville fut construite en briques cuites. On commença par construire la mosquée au centre de la ville à 1,5 km de l’Euphrate. On creusa un réservoir d’eau prévu pour 20 000 habitants. La population de Koufa était formée d’immigrants arabes venant soit de la région de La Mecque, soit du sud de l’Arabie, Yémen et Hadramaout, certains d’entre eux étaient chrétiens ou juifs. En 655, les habitants de Koufa soutiennent `Alî contre le calife `Uthman.

[8] Al-Hîra est une ville d’Irak située sur la rive droite de l’Euphrate à 18 km au sud-est de Nadjaf. Al-Hîra est déjà une ville assez importante avant l’ère islamique. C’est à l’origine un campement militaire. Des populations arabes poursuivent une migration vers le Proche-Orient depuis des siècles. La population locale, principalement araméenne, comporte bien avant l’islam de bonnes proportions d’arabes. L’un des premiers royaumes arabes en dehors de l’Arabie s’établit à Al-Hîra. La dynastie locale des Lakhmides, vassale des Sassanides depuis Shapur II, a pour mission de protéger l’empire Sassanide des incursions des autres tribus arabes. Elle devient la capitale des Lakhmides au 5ème et 6ème siècles. Al-Hira est longtemps manichéenne, et serait à l’origine de l’expansion de cette doctrine dans la péninsule arabique. Al-Hîra est longtemps chrétienne, au moins fortement christianisée, par l’activité missionnaire. Elle a ses anachorètes et certains saints, comme Siméon le Stylite. Elle est le siège d’un évêché nestorien. La tradition raconte que l’écriture arabe s’y est développée. Les rois Lakhmides ne sont pas chrétiens sauf exception. Ils deviennent chrétiens nestoriens vers 594, et construisent un monastère à proximité, puis d’autres, lieux de dévotion et d’écriture, qui ont beaucoup fait rêver, et écrire des livres de Hîra, aujourd’hui disparus.

[9] Obolla est un port de l’Irak pendant les périodes islamiques classiques et médiévales. Il se trouvait dans la région du delta du Tigre, sur la rive ouest du Tigre et sur le côté nord du canal, Nahr al-Obolla qui, conjointement avec le Nahr Ma’qel, et Obolla avec Basra au cours de la période islamique. La ville a certainement existé et a prospéré à l’ époque pré-islamique, éventuellement sous les Séleucides et plus surement sous les souverains perses de la Mésopotamie

[10] Les Banu Bakr ibn Wa’il, ou Banu Bakr, fils de Wa’il, était une tribu arabe de la branche des Rabi’ah. Leur nom est associé à la guerre de Basous, et au poète Tarafa. La patrie des Bakr se trouve dans le Nejd, en arabie centrale, mais beaucoup migrèrent vers le nord peu après l’avènement de l’Islam. C’est du nom de cette tribu que provient le nom de la ville de Diyarbakir, au sud de la Turquie. D’autres tribus sont apparentées au Bakr : les Banu Shayban, les Banu Hanifa, les Qays ibn Tha’labah, les Banu ’Ijl, les Banu Yashkur. Cette tribu est séparée de la tribu des Bani Bkar ibn Abd Manat, qui vivait dans le Hedjaz et eut d’importantes interactions avec Mahomet.

[11] Le Yarmouk est le principal affluent du Jourdain. Le cours de cette rivière traverse une partie de la Syrie, de la Jordanie et d’Israël et draine une grande partie du plateau du Hauran. Le confluent avec le Jourdain se situe à environ 7 km au sud de l’exutoire de la Mer de Galilée. La rivière sépare Israël et la Jordanie dans sa partie la plus basse, et la Syrie de la Jordanie dans sa partie haute. Elle forme la limite sud du plateau du Golan.

[12] La bataille du Yarmouk est une bataille majeure entre les forces musulmanes conduites par le califat rachidun et les armées de l’Empire romain d’Orient. La bataille consiste en une série d’engagements qui s’étalent sur une durée de six jours en août 636, près de la rivière Yarmouk qui marque aujourd’hui la frontière entre la Syrie et la Jordanie, au sud-est de la Mer de Galilée. La bataille est une grande victoire pour les Musulmans qui mettent fin à la domination byzantine en Syrie. Pour certains historiens, la bataille du Yarmouk est l’un des engagements majeurs de l’histoire et marque la première grande vague des conquêtes musulmanes. Elle est notamment à l’origine de l’expansion de l’islam au sein du Levant chrétien.