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Le 7ème siècle

jeudi 10 décembre 2020

Le 7ème siècle

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La Gaule sous Dagobert

La situation du pays en début de 7ème siècle ou l’âge d’or de la paix romaine n’est plus qu’un souvenir a beaucoup évoluée. Venu de l’Est au début du 5ème siècle, des populations barbares ont franchi le Rhin. Non pas sur la forme d’une éruption brutale, en masse, mais par infiltrations successives.

Progressivement, ces Germains [1] ont envahi tout le territoire et précipité la fin de la civilisation gallo-romaine. Parmi les envahisseurs, les Francs [2]. Durant 2 siècles malgré ses luttes civiles, une lente fusion s’est opérée entre les populations gallo-romaines et franques, fusion qui a donné un nouveau visage à la Gaule.

Mais les souverains qui se succèderont n’ont pas les qualités pour s’élever à la notion d’État et de bien public. La loi germanique de partage du royaume entre héritiers a fortement contribué à le morceler.

Les rivalités des princes, déchirés par des luttes fratricides sanglantes pour l’accession au trône, ont considérablement miné l’autorité monarchique. A la veille de l’avènement du roi Dagobert, la Gaule est affaiblie, la démographie en régression, l’agriculture en sommeil, le trésor royal dilapidé.

Dagobert va redresser la situation et va susciter un véritable regain économique et culturel. A la suite de hasards dynastiques, le roi a réuni sous sa seule autorité une grande partie de la Gaule et de la Germanie. Du Danube à l’Atlantique, à l’exception de l’Armorique [3] et de la Septimanie [4].

Unifiée, la Gaule n’en a pas moins des particularismes régionaux très affirmés, notamment dans le domaine linguistique .Au nord de la Loire, les parlers germaniques l’ont finalement emporté. Au sud, les parlers romans, héritiers du latin, ont survécu.

L’église est le ciment de cet État, constitué d’une grande diversité de populations. Entre paganisme, arianisme [5] : et foi catholique, le christianisme a triomphé.

Doté par le roi et les grands du royaume qui, en lui accordant domaines et abbayes lui apportent la fortune, le clergé poursuit sa mission pastorale et évangélisatrice. La Gaule vit dans la ferveur religieuse. Tous les actes quotidiens sont empreints de religiosité. Mais certains restes de rites païens.

Cependant, la tradition germanique a la vie dure dans les masses rurales. Pour échapper aux maux physiques et moraux qui les accablent, hommes et femmes portent des amulettes et des talismans d’origine animale ou végétale : défenses de sanglier, canines d’ours, coquillages, morceaux de résines et d’ambre.

Mais l’Église encourage vivement les fidèles à vénérer les reliques et les tombeaux des saints pour s’assurer leur protection et y trouver le salut de leur âme. Ainsi, les pèlerinages se multiplient au 7ème siècle. De nombreux pèlerins n’hésitent pas à faire le voyage jusqu’à Rome, ce qui contribue à resserrer les liens entre la Gaule et la papauté.

A l’intérieur ou hors les murs des villes, églises et basiliques s’élèvent en toutes régions. Paris compte 10 églises sur sa rive droite et 4 sur sa rive gauche. En plus de sa mission spirituelle, le haut clergé exerce un rôle temporel. L’abbaye ou le monastère est un véritable centre d’exploitation agricole qu’il faut gérer et enrichir. Aux moines qui instruisent les clercs on doit également le défrichement de nombreuses régions.

Saint-Denis [6] ou Fleury en Loire deviennent des pôles importants de développement économique.

Les évêques doivent remplir également une fonction administrative. Ce sont des fonctionnaires, des agents du pouvoir royal au même titre que les comtes. Qu’il soit laïc ou ecclésiastique, le personnel dirigeant du royaume sort généralement de l’aristocratie. Indistinctement le roi emploie l’aristocratie sénatoriale d’origine gallo-romaine, ou l’aristocratie franque composée des amis du prince qui se sont distingués jadis au combat et qui ont reçu des terres au moment du partage selon la tradition germanique.

Le roi attire à la cour les fils de bonne famille de tous les coins du royaume. Sans règle précise de recrutement, les jeunes aristocrates viennent au palais, d’où leur nom de palatin, où l’on s’occupe de leur éducation en même temps que de celle des princes pour qui ils seront des compagnons (leudes) et plus tard des serviteurs dévoués aux futurs rois.

A la cour, école de cadres, ils apprennent à être fonctionnaire ou soldat. Ceux qui sont distingués par le souverain pourront diriger la chancellerie et le trésor royal et être nommé chambellan, pour les écuries il deviendra connétable ou l’ensemble de tous les services et sera maire du palais.

A cette époque le roi n’a pas de capitale fixe. Avec son entourage il se déplace de domaine en domaine, quittant l’un pour l’autre quand les ressources sont épuisées. Mais ce nomadisme permet au roi d’inspecter son royaume, de recevoir les doléances de ses sujets qui en appellent au tribunal royal, de surveiller les comtes qu’il a nommés dans les provinces et qu’il peut révoquer en cas d’abus. En effet, dans son fief, le comte détient tous les pouvoirs : administratif, financier (levée des impôts), judiciaire et militaire (levée des armées). Tout homme libre est un soldat en puissance qui doit être prêt à prendre les armes au service des grands. Juge équitable ou tyran, le comte a une autorité absolue sur la population rurale ou urbaine. Rare est celui qui n’en abuse pas, oubliant que son devoir, édicté par son suzerain, est d’être “particulièrement le défenseur de la veuve et de l’orphelin” avant de “châtier les larrons et malfaiteurs impitoyablement”.

La pitié n’est pas la qualité première des Francs. Au sein de la famille, le père était également un maître absolu ayant droit de vie et de mort sur ses enfants et pratiquant la vengeance privée (faida). En effet pour la faute d’un membre de la famille ou d’un voisin, on exigeait le “prix du sang”.

Afin de diminuer les excès, une nouvelle législation royale établit des amendes ou wergeld en manière de dédommagement. Proportionnel à la gravité du délit ou à l’échelon social de la victime, le wergeld est minutieusement tarifé.

Le monde rural n’a guère évolué. La Gaule ne compte pas plus de 5 à 6 millions d’habitants. Les guerres liées aux invasions des siècles précédents mais aussi les famines, la tuberculose, les épidémies de peste et la mortalité infantile expliquent cette régression démographique. Dans les campagnes, les sols s’épuisent à donner de maigres récoltes. L’arrivée des Barbares n’a pas modifié les méthodes d’exploitation agricole. L’araire [7] reste l’outil médiocre du paysan. Il n’est pas rare de voir une femme attelée, faute d’un animal de trait. Une classe de petits propriétaires cultive directement ses terres.

A côté de ces petites exploitations familiales ou manses [8], les aristocrates mettent en valeur d’immenses propriétés, les villae, qu’ils ont occupées par la force ou reçues de la générosité des rois. La main-d’œuvre étant rare, ces grands propriétaires terriens font non seulement appel aux serfs mais aussi à des contingents d’esclaves. Ce sont des débiteurs insolvables ou des prisonniers que l’on a ramené d’expéditions militaires. Les grands domaines sont organisés sur le même modèle.

Le seigneur des lieux [9], vit dans sa maison fortifiée, parfois richement décorée de mosaïques, entourée de thermes, d’une chapelle privée et prolongée par une cour fermée pouvant atteindre 600 m² où prennent place les bâtiments agricoles et les ateliers.

Entre les villae, la forêt, qui a progressé au détriment des terres cultivées, couvre de très vastes étendues. Ces forêts peuvent former de véritables frontières naturelles entre les différentes parties du royaume. Refuge des hors-la-loi ou des ermites [10], elles ne sont pas laissées à l’abandon. Grands chasseurs, les rois y ont aménagé des réserves. Eux seuls et l’entourage princier ont le droit de chasser les bêtes fauves : ours, sangliers, aurochs. Pour les paysans, la forêt est une source essentielle à l’alimentation (viande, baies, miel) et un lieu de pacage pour les troupeaux. Pour les citadins, le bois sert à alimenter les fours des “ industries ” du verre, de la poterie ou du métal.

La vie économique reprend un certain élan. On commerce avec la monnaie sortie des ateliers royaux de monnayage et à l’effigie du souverain : sou, tiers de sou ou trientes.

Hommes et marchandises circulent mieux sur le réseau ancien des routes gallo-romaines qui a été amélioré. Les syri [11], sont les intermédiaires actifs du grand commerce. Narbonne, Marseille, Bordeaux restent en liaison avec le Levant d’où provient du poivre, des soieries, des épices, des esclaves, des pièces d’or de Byzance [12].

Des bateaux chargés de blé en vrac, de céramiques, de marbre pyrénéen voyagent jusqu’aux ports d’Espagne ou de Constantinople [13]. Tout au long des routes marchandes, les villes repliées sur elles-mêmes à l’abri de leurs remparts au temps des invasions, s’ouvrent à nouveau vers l’extérieur. A la croisée des chemins et des trafics, des bourgs [14] se sont partout implantés. Des marchés assurent la circulation des produits agricoles, des foires animent et relancent les échanges. Des hospices routiers jalonnent les voies de pèlerinage et la qualité de leur administration témoigne du rôle important des moniales qui les dirigent.

Presque entièrement réservée aux nobles dames ou princesses de l’entourage du roi, l’instruction des femmes s’est peu à peu développée. Les femmes lisent et écrivent, sont copistes dans les monastères ou auteurs de poèmes.

Un nouveau courant poétique est né, stimulé en particulier par les femmes mais aussi par les évêques. Au contact des lettrés ecclésiastiques mais aussi des aristocrates gallo-romains, la haute société franque a été gagnée par l’écrit [15].

Cependant les monastères restent le refuge des études au 7ème siècle et les principaux foyers de la vie culturelle. D’Irlande ou d’Italie des moines y viennent, apportant avec eux leur propre culture, échangeant idées et manuscrits, suscitant des embellissements dans l’architecture religieuse, provoquant un renouveau de la vie artistique et intellectuelle.

Cet éclat retrouvé au temps de Dagobert va être de courte durée. Après son règne, ceux que l’on nomme les “rois fainéants” seront entièrement livrés à la tutelle des maires du palais [16] qui exerceront le pouvoir effectif. Ces rois enfants dont la plupart sont morts avant d’atteindre la majorité, vont précipiter la fin de la dynastie mérovingienne.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité, issu du dictionnaire d’histoire universelle, le petit mourre édition Bordas 2004/ Archives personnelle L. Jallamion/….

Notes

[1] Les peuples germaniques ou Germains sont des ethnies indo-européennes originellement établies en Europe septentrionale. Leur protohistoire se situe dans les territoires connus sous le nom de Germanie (latin Germania), de Thulé (terme grec désignant probablement la Scandinavie ou le nord de l’Allemagne), ou encore sur les rives de la mer Noire. Mieux connus dans le monde latin à partir du 1er siècle, principalement à travers l’œuvre de l’historien Tacite, l’expansion originelle des Germains est attestée à l’âge du bronze danois. C’est à cette période que la linguistique fait remonter la différenciation linguistique en trois grands groupes : Germains orientaux, Germains occidentaux et Germains septentrionaux. Cette communauté linguistique est constitutive du paradigme de « Germains ».

[2] Les royaumes francs sont les différents royaumes barbares qui se sont succédé ou ont cohabité en Europe occidentale durant le Haut Moyen Âge après le déclin de l’Empire romain d’Occident et la conquête de ces territoires par les Francs au cours du (5ème siècle. Ces royaumes, formant ensemble une entité appelée le royaume des Francs (en latin : Regnum Francorum), perdurent pendant tout le Haut Moyen Âge, du 5ème siècle au 9ème siècle.

[3] Le nom d’Armorique, d’un mot gaulois latinisé en Aremorica ou en Armorica, est donné dans l’Antiquité classique à une large région côtière de la Gaule, allant de Pornic au sud de l’estuaire de la Loire à Dieppe dans le pays de Caux. À l’époque gauloise, l’Armorique était une vaste confédération de peuples gaulois s’étendant sur les cinq départements Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Finistère et Côtes-d’Armor, la partie nord-ouest de la région Pays de la Loire Anjou, Sarthe, Mayenne, la quasi-totalité des départements modernes de l’actuelle Normandie Manche, Calvados, Eure, peut-être une partie de la Seine-Maritime et leurs territoires limitrophes.

[4] Le mot Septimanie apparaît au 5ème siècle dans une lettre de Sidoine Apollinaire pour désigner une partie du sud de la Gaule, correspondant peut-être plus ou moins aux 7 provinces du diocèse de Vienne : Aquitaine première, Aquitaine seconde, Novempopulanie, Narbonnaise, Viennoise, Alpes-Maritimes, par opposition aux 10 provinces constituant le diocèse des Gaules. Par la suite, après la conquête de l’Aquitaine par Clovis, le mot est utilisé, en particulier à l’époque carolingienne, pour désigner la partie de la Gaule restée jusqu’au début du 8ème siècle aux mains des Wisigoths, occupée par les Musulmans Omeyyades d’Al-Andalus avant d’être reconquise par les Francs en 759. Elle correspond approximativement à la partie occidentale de l’ancienne province romaine de Gaule narbonnaise. Elle est alors aussi appelée "Gothie".

[5] L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, due à Arius, théologien alexandrin au début du 4ème siècle. La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Il fut dès lors qualifié d’hérésie par les chrétiens trinitaires, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle. Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertirent la plupart des peuples germaniques qui rejoignirent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du 6ème siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du 7ème siècle.

[6] Au début du 7ème siècle, Dagobert fit reconstruire l’oratoire et le prieuré élevé par sainte Geneviève en 475, et créa une foire qui devint au 12ème siècle : la foire du Lendit ; dès le Moyen Âge, les marchands y vinrent de toute l’Europe et de Byzance ; la foire était inaugurée chaque année par le recteur de l’université de Paris qui y venait en grande cérémonie (il levait à cette occasion son droit sur tout le parchemin mis en vente et en constituait la provision nécessaire à tous les collèges). L’église fut enrichie d’or, d’argent, de pierres précieuses, et la dédicace s’en fit le 24 février 636. Cet édifice primitif a disparu, mais des restes en ont été déterrés dans les fouilles de 1860, telles que des tombes mérovingiennes existant sous le pavage de l’ancienne abside de la basilique, où fut enterré Dagobert. Pépin le Bref fut sacré dans la basilique Saint-Denis par le pape Étienne II, et mourut à l’abbaye en 769.

[7] charrue primitive

[8] du latin manéo, demeure

[9] dominus

[10] L’ermite ou l’anachorète est une personne (le plus souvent un moine) qui a fait le choix d’une vie spirituelle dans la solitude et le recueillement. Les ermites étaient à l’origine appelés anachorètes, l’anachorétisme (ou érémitisme) étant l’opposé du cénobitisme. L’ermite partage le plus souvent sa vie entre la prière, la méditation, l’ascèse et le travail. Dans l’isolement volontaire, il est à la recherche ou à l’écoute de vérités supérieures ou de principes essentiels.

[11] marchands syriens et les juifs de langue grecque

[12] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[13] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[14] vici)

[15] actes de vente ou de donation, brevets de nomination, testaments, édits royaux

[16] Pendant la période mérovingienne, les maires du palais appelés aussi magister palatii, maior palatii ou major domus regiæ, étaient les plus hauts dignitaires, après les rois, des royaumes francs qui couvraient alors l’essentiel de la France, l’Allemagne et le Benelux actuels. Il y avait autant de maires du palais qu’il y avait de royaumes avec un maire du palais pour le royaume de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne.