Bienvenu sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 8ème siècle > Jabra’il ibn Bokhtichu dit Gabriel bar Bokhticho

Jabra’il ibn Bokhtichu dit Gabriel bar Bokhticho

jeudi 7 janvier 2021, par ljallamion

Jabra’il ibn Bokhtichu dit Gabriel bar Bokhticho (mort en 828)

Médecin chrétien

Il appartient à l’Église nestorienne [1] et fut au service des califes abbassides [2] Hâroun ar-Rachîd, al-Amin et al-Mamoun.   Il fut le représentant le plus illustre d’une famille de médecins chrétiens installés à l’origine à Gundishapur [3], siège d’une école de médecine fondée sous le roi perse Khosrô 1er.   Son grand-père Georges bar Gabriel bar Bokhticho [4] fut requis en 765 auprès du calife al-Mansur qui souffrait de l’estomac, il le guérit en le mettant à la diète. Il resta auprès du calife jusqu’en 769, puis, tombé lui-même gravement malade, retourna à Gundishapur après avoir reçu 10 000 dinars pour les services qu’il avait rendus. Il était l’auteur d’une Collection médicale en syriaque qui fut traduite en arabe au siècle suivant par Hunayn ibn Ishaq .   Bokhticho, fils de Georges, fut responsable de l’hôpital de Gundishapur pendant l’absence de son père. Le calife al-Hadi étant malade, on envoya quérir Bokhticho, qui, du fait de la jalousie d’autres médecins nestoriens, ne put alors rester à la cour. Mais en 787 le nouveau calife Hâroun ar-Rachîd fit encore appel à lui pour ses maux de tête, et cette fois, ayant réussi à guérir le souverain, il fut nommé médecin en chef du palais, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort en 801. Il composa aussi une Collection médicale en syriaque, dont il fit un résumé pour son fils Gabriel.   Sur la recommandation de son père, Gabriel devint en 791 le médecin personnel du vizir [5] Jafar ben Yahya , de la famille des Barmécides [6]. En 805, il obtint le poste de médecin du calife en soignant l’une de ses femmes d’une luxation de l’épaule qui la forçait à garder le bras écarté du corps. La légende prétend qu’il demanda d’abord au souverain de ne pas se fâcher, quoi qu’il fasse, puis qu’il souleva d’un geste brusque la chemise de la patiente, laquelle replia son bras dans un réflexe de pudeur. Le médecin gagna 500 000 dirhams pour ce succès, et surtout l’amitié du calife.   C’est pendant ces années que Hâroun ar-Rachîd, conseillé par Gabriel, fonda le premier hôpital de Bagdad, dont le médecin fut le premier directeur. Gabriel fut alors l’un des conseillers les plus écoutés, et il utilisa notamment cette influence en faveur de l’Église nestorienne. Le catholicos [7] n’en excommunia pas moins le médecin pour avoir pris des concubines à la manière des musulmans.   Après un revers militaire infligé par l’Empire byzantin [8], le calife décida le port de vêtements distinctifs pour les chrétiens. Gabriel se présenta ainsi vêtu devant le souverain, qui protesta que la mesure ne le concernait évidemment pas. Le médecin ayant répondu qu’il tenait à partager le sort de ses coreligionnaires, le calife finit par abroger la mesure discriminatoire.   Durant la maladie finale d’Hâroun ar-Rachîd, Gabriel encourut une disgrâce en parlant trop franchement à son patient, lui conseillant paraît-il plus de tempérance à table et au lit. Il fut emprisonné, et son successeur, un évêque nestorien hostile, parvint à convaincre le souverain au plus mal que Gabriel, par son incompétence, était responsable de son état. Le médecin fut condamné à mort, mais le vizir al-Fadl ibn al-Rabi, favorable à Gabriel, retarda l’exécution jusqu’à la mort du calife 2 jours plus tard.   Gabriel devint ensuite, non seulement le médecin, mais le secrétaire particulier, d’al-Amin, dont il avait été le précepteur. Mais une guerre civile opposa le nouveau calife à son frère al-Mamun, et il fut vaincu et décapité en 813.

Gabriel fut alors incarcéré et ses biens confisqués. Il resta en prison jusqu’en 817, date à laquelle il fut requis pour soigner le vizir al-Hasan ibn Sahl. Ayant réussi à le guérir, il fut libéré, mais resta assigné à résidence.   En 825, al-Mamun tomba lui-même malade et ses médecins dont Michel fils de Masawaiyh , ancien élève et gendre de Gabriel se révélèrent impuissants à le guérir. On fit alors appel au vieux Gabriel, qui remit le calife sur pieds en trois jours. Sa récompense fut d’un million de dirhams, et tous ses biens lui furent restitués, y compris sa riche bibliothèque à laquelle il était attaché. Il mourut deux ou trois ans plus tard entouré des plus grands honneurs. Il fut inhumé dans le monastère Saint-Serge de Ctésiphon [9].   La succession de Gabriel fut assurée, non seulement par son gendre Michel, mais par son fils Bokhticho. La famille continua de s’illustrer dans le domaine de la médecine sur plusieurs générations, avec plusieurs médecins célèbres et auteurs de traités médicaux connus jusqu’au 11ème siècle.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Raymond Le Coz, Les chrétiens dans la médecine arabe, L’Harmattan, Paris, 2006.

Notes

[1] L’Église apostolique assyrienne de l’Orient ou Sainte Église apostolique assyrienne de l’Orient est une Église autocéphale de tradition syriaque orientale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des deux conciles, héritière directe de l’Église de l’Orient. Le chef de l’Église porte le titre de Catholicos-Patriarche de la Sainte Église Apostolique Assyrienne de l’Orient (ou celui, plus traditionnel, de Métropolite de Séleucie-Ctésiphon, Catholicos et Patriarche de l’Orient), avec résidence à Erbil au Kurdistan (Irak). L’Église apostolique assyrienne de l’Orient est l’héritière directe de l’antique Église de l’Orient qui fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas.

[2] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[3] en syriaque Beth Lapat

[4] Georges fils de Gabriel fils de Bokhticho

[5] Le mot persan vizir, désigne un fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans (califes, émirs, maliks, padishah ou sultans).

[6] Les Barmécides ou Barmakides sont les membres d’une famille de la noblesse persane originaire de Balkh en Bactriane (au nord de l’Afghanistan ). Cette famille de religieux bouddhistes (paramaka désigne en sanskrit le supérieur d’un monastère bouddhiste) devenus zoroastriens puis convertis à l’islam a fourni de nombreux vizirs aux califes abbassides. Les Barmakides avaient acquis une réputation remarquable de mécènes et sont considérés comm

[7] Le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche porté par des dignitaires de plusieurs Églises orthodoxes orientales, notamment les Églises de la tradition nestorienne et les Églises monophysites, en particulier l’Église apostolique arménienne.

[8] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[9] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. La ville s’étendait sur 30 km².