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Al-Muqtadir (Abbasside)

vendredi 30 octobre 2020, par ljallamion

Al-Muqtadir (Abbasside) (895-932)

Calife abbasside à Bagdad de 908 à sa mort

Deuxième fils d’ Al-Mutadid . Il succéda à son frère aîné Al-Muktafi comme calife [1] abbasside [2] à Bagdad [3] le 14 août 908.   À la fin de sa vie son frère et prédécesseur, Al-Muktafi, hésitait entre 2 successeurs possibles : Abd Allâh fils unique du calife Al-Mutazz ou son jeune frère Jafar. Une discussion entre les oulémas a porté sur l’âge de la majorité pour devenir calife ; à quel âge est-on capable d’assumer cette charge ? Il fut décidé que l’âge requis était de 13 ans ce qui rendait possible le choix de Jafar comme successeur.   Le vizir [4] a appuyé le choix de Jafar dans l’espoir d’accroître son pouvoir. Jafar a pris le surnom bien mal adapté d’Al-Muqtadir bi-llah car il s’est révélé plutôt faible.   Son règne de 25 ans va compter le nombre record de 13 vizirs successifs. L’un suivant la chute ou le meurtre du précédent, interdisant toute continuité politique.   Selon l’auteur musulman as-Rashid, celui-ci possédait plus de 4000 eunuques [5] slaves et 3000 eunuques noirs.   Quelques semaines après son accession au pouvoir, le premier vizir était assassiné par une conspiration qui plaça son cousin et concurrent Abd Allâh ben al-Mutazz sur le trône en 908. Un émir turc, Mou’nis al-Muzaffar , a soutenu le jeune souverain. Le prétendant et les conspirateurs ont été évincés. Il est devenu un des personnages les plus puissants de l’empire.   La guerre avec les Byzantins [6] durait depuis plusieurs années en Anatolie [7]. Cette guerre provoquait de lourdes pertes, plus encore du côté des musulmans dont un grand nombre étaient faits prisonniers.   L’empire byzantin était soumis aux attaques des Bulgares sur sa frontière Nord. Zoé Carbopsina veuve de Léon VI le Sage, régente et mère de l’empereur Constantin VII Porphyrogénète alors âgé de 12 ans, envoie deux ambassadeurs à Bagdad. Ces ambassadeurs sont reçus avec munificence en 917. Mu’nis est chargé par Al-Muqtadir d’offrir 120 000 pièces d’or pour le rachat des prisonniers.   Une ambassade fut envoyée chez les Bulgares installés au confluent de la Volga [8] et de la Kama* en 921. Ibn Fadlân a fait partie de cette ambassade, comme secrétaire. Le but de l’ambassade était d’obtenir du roi des Bulgares un hommage au Calife, en échange de quoi il recevrait de l’argent pour la construction d’une forteresse.   Cette abdication devant les infidèles et des pertes similaires en Perse a provoqué la colère du peuple. Les désordres dans la capitale ont augmenté d’autant qu’on disait que le calife n’en avait cure et préférait passer son temps au milieu des musiciens et des danseuses. On a même lancé des pierres pendant la prière du vendredi sur l’imam lorsqu’il prononçait le nom du calife.   En 929, Al-Muqtadir a été de nouveau la victime d’un coup d’État. Les courtisans les plus influents l’ont forcé à abdiquer en faveur de son frère cadet Al-Qahir . Après des émeutes et la perte de centaines de vies.

L’Hamdanide [9] Abu al-Hayja a participé à cette tentative de coup d’État. Il est mort en défendant Al-Qahir. Mu’nis a remis Al-Muqtadir sur le trône pour la seconde fois.   En dépit de la rigueur des impôts, les caisses de l’empire étaient vides, on ne pouvait même pas payer la garde de la ville. Une bataille entre la cavalerie et l’infanterie se conclut par la destruction de l’infanterie. La majorité des fantassins furent tués et les autres expulsés hors de la ville. La situation est devenue très mauvaise.   Mu’nis, en lutte contre les Vizirs, s’est retiré à Mossoul [10]. Al-Muqtadir lui a demandé de revenir, ce qu’il a fait.   Le calife, manipulé par les courtisans, a été convaincu que son fidèle soutien ne revenait que pour le destituer, mais peut-être Mu’nis avait-il réellement changé de camp venant à Bagdad avec l’appui des Hamdanides qui avaient déjà soutenu Al-Qahir.   Al-Muqtadir sortit de son palais revêtu du manteau de Mahomet, portant l’épée Dhû’l-fiqâr [11] et son sceptre, pour arrêter Mu’nis. Le calife fut tué hors des murs de la ville en 932.   Le long règne de ce médiocre calife a amené l’empire dans un état très délabré.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Dictionnaire historique de l’islam, Janine et Dominique Sourdel, Éd. PUF, (ISBN 978-2-13-054536-1)

Notes

[1] Le terme calife, est une romanisation de l’arabe khalîfa, littéralement « successeur » (sous-entendu du prophète), titre porté par les successeurs de Mahomet après sa mort en 632 et, pour les sunnites, jusqu’à l’abolition de cette fonction par Mustafa Kemal Atatürk en 1924. Les ibadites ne reconnaissent plus aucun calife depuis 657. L’autorité d’un calife s’étend sur un califat. Il porte aussi le titre de commandeur des croyants, titre aboli chez les chiites après la mort d’Ali. Les critères de choix sont différents entre les chiites et les sunnites mais le porteur du titre a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans.

[2] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[3] Bagdad ou Baghdad est la capitale de l’Irak et de la province de Bagdad. Elle est située au centre-Est du pays et est traversée par le Tigre. Madīnat as-Salām fut fondée ex nihilo au 8ème siècle, en 762, par le calife abbasside Abou-Djaafar Al-Mansur et construite en quatre ans par 100 000 ouvriers. Selon les historiens arabes, il existait à son emplacement plusieurs villages pré-islamiques, dont l’un s’appelait Bagdad.

[4] Le mot persan vizir, désigne un fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans (califes, émirs, maliks, padishah ou sultans).

[5] Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l’ablation des testicules mais il arrive qu’elle concerne également le pénis, connue alors sous le nom de pénectomie. Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu’à la dynastie Sui) et un moyen d’obtenir un emploi dans le service impérial. À la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques dans la Cité interdite. La valeur d’un tel poste était importante car elle pouvait permettre d’obtenir un pouvoir immense qui dépassait parfois celui du premier ministre. Cependant, la castration par elle-même fut finalement interdite. Le nombre d’eunuques n’était plus estimé qu’à 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang était la suivante : puisqu’ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie. À certaines périodes, un système similaire a existé au Viêt Nam, en Inde, en Corée et dans d’autres contrées du monde.

[6] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[7] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[8] La Volga est le plus grand fleuve d’Europe. Avec ses affluents, il draine plus d’un tiers de la surface de la Russie européenne. La Volga prend sa source dans les collines de Valdaï à 228 mètres d’altitude entre Moscou et Saint-Pétersbourg avant de se jeter dans la mer Caspienne après un long parcours de 3 690 km.

[9] La dynastie hamdanide est une dynastie arabe d’émirs chiites (890-1004) originaires de la partie Est de la Djazira, qui règne sur un espace allant du nord de l’Irak à la Syrie. Les capitales de cet émirat sont Mossoul et Alep. La famille des hamdanides descend de ‘Adi b. Ousama b. Taghlib, membre de la tribu des Banu Taghlib. Cette dynastie apparaît dans un contexte d’affaiblissement du pouvoir central abbasside, qui voit dans cette période du 10ème siècle l’émancipation et l’affirmation de petites dynasties qui s’emparent des pouvoirs temporels et spirituels du califat à une échelle locale ou régionale. Les Hamdanides constituent une de ces dynasties autonomes gouvernées par des émirs.

[10] Mossoul est une ville du nord de l’Irak, chef-lieu de la province de Ninive, en Haute mésopotamie. Appartenant de jure à l’Irak, Mossoul est située sur les ruines de Ninive. C’est la ville qui lui a succédé comme métropole régionale à l’époque chrétienne. Elle est alors d’obédience nestorienne et abrite les tombes de plusieurs évangélisateurs. Prise en 641 par les Arabes, elle devient le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse. C’est à cette époque qu’elle devient réputée pour ses tissus fins de coton, les mousselines, ainsi que pour son marbre. Au 10ème siècle, l’émirat de Mossoul acquiert une quasi-indépendance avant de devenir au 11ème siècle la capitale d’un État seldjoukide. Au 13ème siècle, elle est conquise et pillée par les Mongols. En 1262, elle passe sous domination perse, puis ottomane.

[11] Dhû’l-fiqâr ou plus souvent Zulfikar ou Zulfiqar est le nom de l’épée à deux pointes que Mahomet aurait trouvée dans le butin de la bataille de Badr. Mahomet l’aurait donnée à Ali lors de la bataille de Uhud. Zulfikar est l’un des symboles les plus anciens et les mieux connus de l’islam.