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Charles Le Marquetel de Saint-Denis dit Charles de Saint-Évremond

mercredi 21 novembre 2012, par ljallamion

Charles Le Marquetel de Saint-Denis dit Charles de Saint-Évremond (1614-1703)

Seigneur de Saint-Évremond-Moraliste et critique libertin français

Charles de Marguetel de Saint-Denis de Saint Evremond Ecrivain-moraliste et critique libertin

Élevé chez les Jésuites [1], au collège de Clermont, il commença son droit à Caen, puis suivit avec distinction la carrière des armes. Ce soldat lettré et homme du monde connut tout d’abord une brillante carrière militaire dans l’état-major duprince de Condé sous le duc d’Enghien et sous le maréchal d’Hocquincourt Charles de Monchy d’Hocquincourt . Sa bravoure le signala à Rocro [2], à Fribourg, à Nordlingen et dans les campagnes d’Allemagne et des Flandres.

En même temps il cultivait les lettres avec un esprit de raillerie et de satire, formant des relations avec des hommes de marque, avec Turenne, Alphonse de Créquy , d’Olonne, Clérembault, sans jamais négliger le plaisir vers lequel le portait sa nature épicurienne, lorsque ses railleries sur Condé lui firent perdre sa lieutenance en 1648. La Fronde lui donna l’occasion de montrer à la fois son courage et son esprit. Ayant pris le parti de la Cour, dont il devint maréchal de camp en 1652, il resta fidèle à la cause royale et composa un spirituel pamphlet : la Retraite de M. de Longueville en Normandie.

Recherché alors dans la société comme le type de ce qu’on appelait le « galant homme et l’homme honnête », charmant les salons par sa vive causerie et les ruelles par ses madrigaux*, tenant le premier rôle chez Ninon de Lenclos, faisant figure aux soupers des gourmets lettrés, il menait une vie entièrement conforme à ses goûts, lorsqu’il tomba dans la disgrâce du roi à la suite de la découverte en 1661 de sa Lettre au marquis de Créqui sur la paix des Pyrénées en 1659 critiquant Mazarin.

Obligé de s’exiler vers la fin de 1661, il se réfugie en Hollande, puis en Angleterre où la cour et la ville lui firent très bon accueil. Le roi Charles II l’accueillit avec bienveillance et lui fit une pension de 300 livres sterling. Il mena une vie d’épicurien, fréquentant l’élite de l’aristocratie et des gens de lettres.

Quand la duchesse de Mazarin s’établit à Londres, il se fit son chancelier, l’aida à constituer le salon célèbre où se réunirent les écrivains de l’AngIeterre, et en devint l’un des principaux personnages. L’usage du français était si répandu à l’époque en Angleterre que Saint-Évremond ne se donna la peine d’apprendre de l’anglais que ce dont il avait besoin pour la vie quotidienne et les relations avec les paysans, lorsqu’il résidait à la campagne. Il fréquentait, en outre, avec Dryden, Temple, Swift, le café littéraire de Will, sans interrompre ses relations avec ses amis de France, qui ne lui laissaient rien ignorer des intérêts et des affaires de l’esprit. De l’un et de l’autre côté de la Manche, on en appelait à son goût dans les questions délicates.

La seule Lettre au marquis de Créqui n’a pas paru suffire pour expliquer une si longue défaveur contre lui ; Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, l’attribue à une cause secrète, restée inconnue. Ses mœurs n’étaient peut-être pas étrangères à sa disgrâce. Il aurait été le destinataire d’une des Lettres de Cyrano de Bergerac adressée sous le nom « Mademoiselle de Saint-Denis ». Lui-même a fait allusion à la raison pour laquelle le séjour de l’Angleterre lui paraissait désormais préférable à celui de la France Les nombreuses démarches tentées pour faire cesser son exil n’aboutirent qu’après 1688 lorsque Louis XIV l’autorisera enfin à rentrer en France en 1689 mais, à cette époque, son grand âge, les habitudes prises, les faveurs de Guillaume III, son affection pour la duchesse de Mazarin ne lui permirent pas d’accepter la grâce si longtemps attendue. Il préféra finir sa vie à Londres où il s’éteignit à près de 90 ans, sans se départir de la philosophie qui l’avait toujours caractérisé, en refusant à plusieurs reprises la visite tant des prêtres que des pasteurs. Il eut malgré tout l’honneur d’une sépulture dans le coin des poètes à l’abbaye de Westminster*.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Patrick Andrivet, Saint-Évremond et l’histoire romaine, Orléans, Paradigme, 1998 (ISBN 2-86878-184-5)

Notes

[1] La Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés « jésuites ». La Compagnie est fondée par Ignace de Loyola et les premiers compagnons en 1539 et approuvée en 1540 par le pape Paul III.

[2] La bataille de Rocroi a lieu le 19 mai 1643 pendant la guerre de Trente Ans. Elle met aux prises l’armée des Flandres, armée espagnole commandée par Francisco de Melo, qui assiégeait Rocroi, et l’armée de Picardie, armée française menée par Louis de Bourbon, duc d’Enghien (le futur Grand Condé). C’est une importante victoire française, qui marque la fin de la suprématie militaire des tercios espagnols et le début du renversement de l’équilibre des forces en Europe.