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Nuʿmān ibn Thābit ibn Zūṭā ibn Marzubān dit Abû Hanîfa

jeudi 27 février 2020, par ljallamion

Nuʿmān ibn Thābit ibn Zūṭā ibn Marzubān dit Abû Hanîfa (698-767)

Juriste musulman et fondateur de l’école hanafite de droit musulman

Mosquée Abou Hanîfa, appelée également Imam al-Adham, est une des plus importantes mosquées sunnites de Bagdad, en Irak.Abu Hanifa naquit à Koufa [1] pendant le règne de Abdul Malik ibn Marwân qui avait pour gouverneur d’Irak Al-Hajjaj ibn Yusuf.

Élevé dans la religion musulmane, parlant perse et arabe, le jeune Abou Hanîfa était destiné à suivre les traces de son père, commerçant à Koufa, d’origine Afghane [2]. C’est ainsi qu’avant sa 20ème année, il fonda et fit prospérer un atelier de tissage de la soie.

Sa rencontre avec le célèbre imam al-Sha’bi qui vit en lui des signes d’intelligence, le poussa à étudier auprès de savants de la religion.

Il s’initia d’abord à la philosophie et au kalâm [3] avant de les délaisser au profit de la littérature, la généalogie, l’histoire de l’Arabie, et surtout à la science du fiqh [4] et du hadith [5].

Il eut l’occasion de rencontrer d’autres tabi’îne [6] et savants tels que Dja’far al-Sâdiq ou l’Imam Malik au cours de ses nombreux voyages qui avaient pour but de parfaire sa connaissance.

Il est ainsi établi qu’Abu Hanifa obtint sa connaissance principalement de son maître Hammad ibn Abi Sulayman , qui succéda à Ibrahim an-Nakha’i , qui succéda à son oncle Alqamah ibn Qays an-Nakha’i , qui succéda à Abdullah ibn Mas’ud , envoyé à Koufa par le 2ème calife de l’islam Omar ibn al-Khattab.

Il étudia pendant 18 ans sous la direction de Hammad, et bien qu’il devînt compétent pour enseigner, il resta son humble étudiant jusqu’à sa mort en 742 où Abou Hanifa reprit le flambeau à l’âge de 40 ans. Il tenait d’ailleurs ses cours au même endroit que ses prédécesseurs depuis Abdullah ibn Mas’oud.

Il avait une méthode d’enseignement originale qui était basée sur la choura [7]. Confronté à une question juridique, il ne donnait pas la réponse directement mais exposait la question à ses disciples pour que chacun propose une solution argumentée. Puis, il commentait les propos de ceux-ci, en rectifiant ce qui méritait de l’être, et enfin, au terme de la discussion, il montrait les différents aspects du problème et donnait alors seulement les éléments de réponse qui étaient alors enregistrés. Cette approche interactive est la caractéristique de l’école hanafite [8].

Abou Hanîfa aidait parfois financièrement ses élèves, parmi lesquels son fidèle disciple et continuateur Abou Yûsûf.

En 763, Al-Mansur, le 2ème monarque abbasside [9], lui offrit le poste de Qadi Al-Qadat [10], il déclina son offre et son élève Abou Yûsûf y fut placé. Un peu auparavant Ibn Houbeïrah, gouverneur de Koufa lui proposa aussi le poste de cadi, qu’Abou Hanifah refusa également.

Outré par sa réponse, le monarque le fit arrêter, emprisonner et torturer. Même en prison, l’indomptable juriste continua d’enseigner ceux qui étaient autorisés à le voir.

C’est ainsi qu’Abou Hanîfa mourut le 14 juin 767 en prison. Il est dit que tant de personnes participèrent à janazah [11] qu’on dut la répéter 6 fois avant de l’enterrer.

Plus tard, la mosquée Abou Hanîfa fut construite en son honneur dans le quartier Adhamiyah de Bagdad [12].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Abû Hanîfa/ Portail de l’islam/ Portail du monde arabo-musulman/ Catégories : Ouléma hanafite

Notes

[1] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. C’est la deuxième ville de la province de Nadjaf. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites. Sur une décision du calife `Omar, Koufa a été construite pour être un pôle d’immigration arabe dans le sud de la Mésopotamie, et de devenir la capitale. Les Arabes recherchaient un endroit où ils ne souffriraient pas de maladies. À l’emplacement de Koufa, il y avait une ville Sassanide qui faisait partie d’une province perse. Les quartiers arabes de la ville ont été construits en 638, à peu près au même moment qu’à Bassora, quand les armées arabes combattaient les Sassanides. La ville fut construite en briques cuites. On commença par construire la mosquée au centre de la ville à 1,5 km de l’Euphrate. On creusa un réservoir d’eau prévu pour 20 000 habitants. La population de Koufa était formée d’immigrants arabes venant soit de la région de La Mecque, soit du sud de l’Arabie, Yémen et Hadramaout, certains d’entre eux étaient chrétiens ou juifs. En 655, les habitants de Koufa soutiennent `Alî contre le calife `Uthman.

[2] Kaboul

[3] Le Kalām signifie dans son premier aspect une des sciences religieuses de l’islam faisant référence à la recherche de principes théologiques à travers la dialectique et l’argumentation rationnelle. Elle est parfois confondue avec l’idée de théologie islamique ou théologie musulmane, c’est-à-dire l’utilisation du discours rationnel à propos des choses divines. Inspirée par la philosophie grecque, dont elle tient cependant à se distinguer, cette démarche est pratiquée par les mutakallimins et est reconnue par certaines écoles se réclamant du sunnisme (surtout le mutazilisme et l’asharisme).

[4] Le fiqh est l’interprétation temporelle des règles de la charia. Il est quelquefois traduit par jurisprudence islamique, par référence aux avis juridiques pris par les juristes de l’islam. Il s’agit d’une compréhension du message de l’islam sur le plan juridique, bien qu’il ne s’y limite pas. Le savant en matière de fiqh, se nomme faqîh

[5] Un hadith ou hadîth est une communication orale du prophète de l’islam Mahomet et, par extension, un recueil qui comprend l’ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, précédées chacune d’une chaîne de transmetteurs remontant jusqu’à Mahomet. Considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour certains courants musulmans, ils sont aussi désignés sous le nom de « la tradition du Prophète ».

[6] Les Tābi‘în (suiveurs), sont la génération de musulmans qui ont connu des compagnons de Mahomet mais qui n’ont pas connu Mahomet lui-même. Ils ont joué un rôle important dans le développement de la pensée islamique, la philosophie, ainsi que la politique des premiers califats. Ils jouèrent un rôle particulièrement essentiel dans la division de la communauté islamique musulmane sunnite et chiite.

[7] Le terme choura ou shûrâ désigne notamment le parlement d’un État islamique, le conseil d’administration d’un parti ou d’une institution religieuse. Dans le cadre religieux musulman c’est un concile de juges musulmans. Il est important ici de souligner la différence entre une consultation et une concertation : La consultation n’oblige pas le consultant à suivre l’avis des consultés quand bien même ils seraient unanimes sur la question tandis que la concertation vise à aboutir à un accord entre toutes les parties.

[8] Le hanafisme est la plus ancienne des 4 écoles religieuses islamiques sunnites (madhhab) de droit musulman et de jurisprudence (fiqh). Elle porte le nom du théologien et jurisconsulte Abou Hanifa an-Nou’man ibn Thabit, un tabi’i de Koufa dont les opinions juridiques ont été sauvegardées principalement par ses deux élèves les plus importants, Abou Yoûsouf et Mouhammad Al-Shaybânî. Les autres grandes écoles de la charia dans l’islam sunnite sont le malikisme, le chaféisme et le hanbalisme

[9] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[10] Juge suprême de l’État

[11] sa prière mortuaire

[12] Adhamiyah est l’un des districts administratifs de la ville de Bagdad, en Irak.