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Mar Timothée 1er dit Timothée 1er

jeudi 11 avril 2019, par ljallamion

Mar Timothée 1er dit Timothée 1er (727/728-823)

Catholicos-patriarche de l’Église nestorienne entre 780 et 823

Ruines de CtésiphonNatif de Hazza, il fit ses études auprès de Mar Abraham bar Dashandad, maître de l’école de Bashosh, dans le diocèse de Marga [1].

En 769/770, il succéda à son oncle Georges comme évêque de Beth Bgash [2].

À la mort du catholicos [3] Hénanicho II, après une vacance de 8 mois, il s’assura la majorité des votes du synode électoral par les intrigues et la corruption en fin 779, il fut intronisé le 7 mai 780, mais les conditions de cet avènement provoquèrent un schisme, dirigé d’abord par le métropolite [4] Joseph de Merv [5], qui se convertit à l’islam, ensuite par le métropolite Éphrem de Gundishapur [6], qui parvint à faire prononcer par un synode la déchéance de Timothée.

Finalement, l’autorité de celui-ci fut restaurée au bout de 2 ans par l’intervention d’Abou Qouraych Isa, le médecin chrétien du calife al-Mahdi.

Sa première décision fut le transfert du siège catholicosal de Séleucie-Ctésiphon [7] à Bagdad, où il devait rester jusqu’à la fin du 13ème siècle, nouant ainsi des liens privilégiés entre les catholicos nestoriens [8] et les califes abbassides [9].

Homme savant qui connaissait le syriaque, l’arabe, le grec et peut-être le pehlevi, Timothée jouit de la considération des califes al-Mahdi et Hâroun ar-Rachîd, pouvant compter aussi, sous le règne de ce dernier, sur l’appui de la reine Zoubayda, qu’il sauva de la répudiation par une astuce juridique, et de deux chrétiens très influents à la cour, le ministre Abou Nouh al-Anbari, qui était son ancien compagnon d’études, et le médecin favori du calife, Gabriel bar Bokhticho . Timothée n’hésita pourtant pas à excommunier ce dernier pour avoir pris des concubines à la manière musulmane.

Pendant ses 43 ans de pontificat, l’Église d’Orient [10] vécut en paix, et Timothée 1er l’administra sagement malgré les conditions troubles de son avènement. Il réorganise les structures de l’Église nestorienne pour renforcer la formation des prêtres et le pouvoir des évêques afin de mieux contrer l’influence des immigrants monophysites [11] et chalcédoniens [12] syriens.

On lui doit sans doute la constitution du Synodicon orientale [13] et la rédaction d’un premier code de droit canonique, les Règles des jugements ecclésiastiques et des successions, daté de 805 et composé pour éviter que les chrétiens ne s’adressent aux tribunaux musulmans en arguant de l’absence de lois à l’intérieur de l’Église.

Le catholicos traite en particulier du mariage et des successions. Sur le premier point, il réaffirme la monogamie et l’indissolubilité du lien conjugal, sauf dans 6 cas : l’apostasie, l’adultère, l’abandon de l’épouse par son mari, l’absence de nouvelles du conjoint depuis 3 ans, une maladie grave du conjoint révélée entre la cérémonie et la consommation du mariage, qui étaient en général espacées dans le temps, et la profession monastique des deux conjoints.

Il s’occupa aussi beaucoup de l’expansion de l’Église d’Orient.

Il organisa l’évangélisation des Turcs d’Asie centrale, dont un des rois se convertit en 782-783, et pour lesquels fut créée vers 792 une province ecclésiastique sans siège fixe. Dans les premières années du 9ème siècle, il créa une métropole en Chine, avec double siège à Koumdan [14] et Sarag [15].

Timothée 1er fonda même apparemment une métropole au Tibet, y envoyant des évêques et la présentant comme une importante communauté chrétienne.

Timothée était un savant dans plusieurs disciplines profanes, ce qui contribua à lui donner du prestige auprès des califes. Selon son propre témoignage, c’est à la demande d’al-Mahdi qu’il traduisit “les Topiques d’Aristote” du syriaque en arabe. Il écrivit aussi un traité d’astronomie intitulé  [16], qui est perdu.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Hans Putman, L’Église et l’Islam sous Timothée (780-823), 2e édition, Institut des Lettres Orientales, Beyrouth, Recherches 3, 1986

Notes

[1] Le diocèse de Marga était un diocèse syriaque oriental. Le diocèse a été inclus dans la province métropolitaine d’Adiabene, et est attesté entre les 8ème et 14ème siècles. Vers la fin du 17ème siècle, le nom du diocèse a été changé pour devenir Tella et Barbelli.

[2] petit diocèse de la province d’Adiabène (Beth Kartawayé), dont la métropole était Erbil

[3] Le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche porté par des dignitaires de plusieurs Églises orthodoxes orientales, notamment les Églises de la tradition nestorienne et les Églises monophysites, en particulier l’Église apostolique arménienne.

[4] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque.

[5] Merv autrefois satrapie de Margiane, était une ville de l’Asie centrale, sur la route historique de la soie. Ses vestiges sont situés aujourd’hui près de la ville de Mary au Turkmenistan. La ville a connu plusieurs refondations au cours d’une histoire millénaire et a connu divers noms comme « Mourou » à l’époque Achéménide, puis « Alexandrie de Margiane » (ville fondée par Alexandre) et enfin « Antioche de Margiane » sous les macédoniens. Ce fut un important évêché du christianisme nestorien entre le 6ème et le 14ème siècle. En 651, le dernier roi perse sassanide, Yazdgard III, fut assassiné à Merv. Merv fut un temps, capitale des Seldjoukides avant leur avancée vers l’Iran. Ce fut une ville de haute culture, renommée pour ses 10 bibliothèques, et Yaqout al-Rumi y resta deux ans, peu avant sa destruction par les Mongols en 1221.

[6] Beth Lapat

[7] Ctésiphon est une ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak. La ville s’étendait sur 30 km². Son seul vestige resté visible est la grande arche Taq-e Kisra au sud-est de la ville actuelle de Salman Pak

[8] Doctrine hérétique de Nestorius qui reconnaissait les deux natures du Christ, humaine et divine, mais en niait la consubstantialité ; de ce fait même, l’hérésie niait que la Vierge puisse être appelée « Mère de Dieu ». Malgré sa condamnation par le concile d’Éphèse (431), le nestorianisme gagna la Perse, puis l’Asie, jusqu’à l’Inde et la Chine. Au 12ème siècle époque de son apogée, l’Église nestorienne comptait quelque 10 millions de fidèles. Aujourd’hui, seuls subsistent quelques dizaines de milliers de fidèles, principalement en Iraq et aux États-Unis, la majorité des nestoriens ayant rallié l’Église catholique à partir du 18ème siècle

[9] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[10] L’Église apostolique assyrienne de l’Orient ou Sainte Église apostolique assyrienne de l’Orient est une Église autocéphale de tradition syriaque orientale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des deux conciles, héritière directe de l’Église de l’Orient. Le chef de l’Église porte le titre de Catholicos-Patriarche de la Sainte Église Apostolique Assyrienne de l’Orient (ou celui, plus traditionnel, de Métropolite de Séleucie-Ctésiphon, Catholicos et Patriarche de l’Orient), avec résidence à Erbil au Kurdistan (Irak). L’Église apostolique assyrienne de l’Orient est l’héritière directe de l’antique Église de l’Orient qui fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas.

[11] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[12] Chalcédoine est une cité grecque de Bithynie (actuellement en Turquie), située sur l’entrée orientale du Pont-Euxin, face à Byzance et au sud de Chrysopolis (Scutari, actuellement Üsküdar). La ville turque de Kadıköy est aujourd’hui située sur l’emplacement de Chalcédoine, dans le prolongement d’Üsküdar. Elle fait partie, avec le reste du royaume de Bithynie, du legs de Nicomède IV à l’Empire romain en 74 av. jc. Elle subit l’invasion de Mithridate VI, qui est ensuite chassé par Lucullus. De nouveau dans le giron de l’Empire romain, elle redevient une ville libre. Chalcédoine accueille le quatrième concile œcuménique des chrétiens en 451. Chosroès II, roi des Perses Sassanides, assiège la ville en 602 et s’en empare pour venger le meurtre de son ami Maurice Tibère ; il menace alors directement Constantinople dirigée par Phocas. La ville revient à l’empire l’année suivante, avant d’être à nouveau assiégée (mais non prise) par les Perses en 617 et 626, puis par mer, par les Arabes, en 678 et 718.

[13] collection chronologique des actes des conciles de l’Église d’Orient depuis son origine

[14] Chang’an

[15] Luoyang

[16] le Livre des étoiles