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L’histoire pour le plaisir

Marche sur Versailles

vendredi 2 août 2013, par lucien jallamion

Marche sur Versailles

Les dames de la Halle partent chercher le roi à Versailles le 5octobre 1789. Gravure de Berthaut d'après Prieur. Bibliothèque de l'institut d'histoire de la Révolution. Les dames de la Halle partent chercher le roi à Versailles le 5 octobre 1789. Gravure de Berthaut d’après Prieur. Bibliothèque de l’institut d’histoire de la Révolution.

Le 5 octobre 1789 à Paris, quelques milliers de femmes mécontentes de la cherté de la vie et de la disette se rendent à Versailles auprès du roi Louis XVI.

Victime de ses hésitations, le roi va se trouver prisonnier des révolutionnaires et des agitateurs parisiens.

Quand les députés des états généraux se sont constitués en Assemblée nationale constituante et quand les émeutiers parisiens se sont emparés de la Bastille, à chaque fois, le roi a renoncé à faire usage de la force. Puis, le 17 juillet 1789, il a donné l’impression de s’incliner devant le mouvement révolutionnaire en rendant visite aux Parisiens.

En dépit de cette bonne volonté apparente, il refuse d’approuver la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de même que l’abolition des droits féodaux. Le fossé s’approfondit entre la Cour, le peuple parisien et les députés.

À l’Assemblée constituante, qui siège à Versailles, les députés prennent l’habitude dès l’été 1789 de se retrouver par affinités politiques, à quelques exceptions près comme le comte de Mirabeau, orateur flamboyant qui se montre partout à la fois et ne craint pas de conseiller le roi. Les députés hostiles à la Révolution quelques nobles et prélats, sont appelés avec une nuance de mépris les Aristocrates. Les autres députés se présentent comme des « patriotes ».

Les plus radicaux sont les démocrates partisans du suffrage universel. Ils puisent leur inspiration dans l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau. Encore peu nombreux, ils comptent dans leurs rangs l’abbé Henri Grégoire et Maximilien de Robespierre.

Plus modérés, les Monarchiens, comme Jean Joseph Mounier, instigateur du serment du Jeu de Paume et auteur des 3 premiers articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, se prennent à rêver d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise, avec 2 assemblées. Ils vont rapidement céder la place.

Les Constitutionnels, les plus nombreux, rassemblent des hommes talentueux et éclairés, imbus d’idées nouvelles, Le Chapelier, Bailly, l’abbé Sieyès, Talleyrand et surtout le général La Fayette. Ils sont à l’origine de la première Constitution, qui établit une monarchie démocratique avec une Assemblée législative.

La dernière mouvance de « patriotes » a nom Triumvirat, du nom de ses trois chefs, Duport, Barnave et Lameth. Ils plaident pour une monarchie forte avec une assemblée unique.

À Versailles, les Monarchiens conduits par Jean Joseph Mounier conseillent au roi de faire venir des troupes à Versailles. Le 1er octobre, un banquet est offert au régiment des Flandres nouvellement arrivé. à cette occasion, certains esprits forts foulent la cocarde tricolore aux pieds. L’apprenant, les Parisiens pauvres s’en irritent. Eux-mêmes manquent de pain en raison de l’insécurité qui rend difficile l’acheminement des grains.

Le dimanche 4 octobre, une foule nombreuse se réunit dans les jardins du Palais-Royal. Le lendemain s’ébranle un cortège de 7.000 ou 8.000 femmes en direction de Versailles. Des chômeurs sont de la partie ainsi que d’anciens combattants de la Bastille. Chacun brandit une arme improvisée, fourche ou pique. À la mi-journée, le cortège arrive devant les grilles du palais cependant qu’un autre quitte à son tour la capitale.

L’Assemblée est envahie et une délégation de femmes conduite par Mounier se rend auprès du roi. Celui-ci les écoute et promet de ravitailler Paris. Mais le second cortège arrive sur ces entrefaites et force les grandes grilles des écuries. Les émeutiers s’installent sur la place d’Armes, devant le château, en vue d’y passer la nuit. La Fayette, informé des événements, arrive tard dans la nuit à la tête de la garde nationale. Il rétablit un semblant d’ordre. Le roi, qui dispose pourtant de troupes sûres, renonce à disperser les émeutiers sur le conseil de son ministre Jacques Necker.

Le lendemain matin, un garde de la Maison du roi pris à parti par la foule tue un garde national. C’est l’émeute. Plusieurs gardes royaux sont tués. Les grilles du château lui-même sont forcées et la foule se rue vers les appartements de la reine.

La Fayette persuade le couple royal de se montrer avec lui au balcon de la cour de marbre pour apaiser les émeutiers. Il convainc finalement Louis XVI de se rendre à Paris.

C’est ainsi qu’à 13 heures, la famille royale abandonne définitivement Versailles pour le palais des Tuileries, au cœur de la capitale. Sa voiture est précédée par la foule triomphante des émeutiers qui expose au bout de piques les têtes des gardes tués le matin même.

Une cinquantaine de voitures de grains et de farines accompagnent cet étrange convoi. Prisonnière aux Tuileries, la famille royale est désormais à la merci des actes de la Constituante.

Quelques jours plus tard, l’Assemblée constituante quitte à son tour la ville du Roi Soleil et s’installe près des Tuileries, dans la salle du Manège en bordure de l’actuelle place de la Concorde.

La monarchie et l’Assemblée constituante se retrouvent prisonniers de Paris et soumis aux accès d’humeur de ses habitants. Il suffit dès lors qu’un groupe d’émeutiers envahisse la Chambre des députés pour qu’un gouvernement soit renversé.

L’assemblée réforme hardiment les institutions. Elle divise la France en 83 départements. Avant la Révolution, le royaume comptait 34 généralités ou provinces, 13 parlements judiciaires etc.

Pour mettre de l’ordre dans l’administration, les députés projettent de créer des circonscriptions géométriques à l’image des États-Unis. Mais Mirabeau s’y oppose.

Les nouvelles divisions sont baptisées “départements”, d’après un mot qui remonte à François 1er. Leurs limites respectent les anciennes provinces. C’est ainsi que la Bretagne et la Normandie sont divisées en 5 départements chacune. Leur taille est telle que chacun puisse accéder au chef-lieu en une journée de cheval au maximum. Sans s’en rendre compte, les députés reconstituent les anciens pays de la Gaule d’avant les Romains. La preuve en est dans la coïncidence entre le nom de nombreux chefs-lieux de département et celui des tribus gauloises locales. Amiens rappelle les Ambiens, Beauvais les Bellovaques, Cahors les Cadurques, Nantes les Namnètes, Paris les Parisii, Poitiers les Pictones, Reims les Rèmes, Soissons les Suessiones, Tarbes les Tarbelles, Vannes les Vénètes. De la sorte, le département est la circonscription la mieux enracinée dans l’Histoire de France, en concurrence avec la commune, héritière des anciennes paroisses.

Elle introduit aussi l’égalité devant la loi, garantit la liberté religieuse, supprime les douanes intérieures, abolit les organisations professionnelles, instaure l’état civil, introduit le divorce et le mariage civil, supprime le privilège d’aînesse dans les héritages.

Elle n’oublie pas qu’elle doit aussi résoudre la crise fiscale. Les caisses de l’État sont vides. Le 15 mars 1790 un Décret organisant le rachat des droits féodaux est pris. Les droits seigneuriaux personnels sont supprimés. L’Assemblée Nationale soumet au rachat les redevances foncières.

Le 14 mai 1790 a lieu la mise en vente des biens du clergé. Les biens nationaux sont vendus en bloc et non fractionnés, ce qui les rend inaccessibles aux pauvres.

Alors, sur une idée de Talleyrand, évêque d’Autun, les députés nationalisent les biens de l’Église. Mais le clergé a besoin d’argent pour vivre et aussi financer ses innombrables oeuvres sociales et éducatives.

Qu’à cela ne tienne. Les députés votent la Constitution civile du clergé qui garantit un revenu à chaque prêtre le 12 juillet 1790. L’assemblée exige du clergé un serment à la Constitution. Ceux qui se refuseront à prêter serment seront révoqués. En échange de ce serment les prêtres, considérés comme des fonctionnaires, reçoivent un traitement assez confortable, en particulier pour le bas clergé. Les diocèses passent de 139 à 83

Plus ennuyeux, les évêques et les curés doivent être désignés par les électeurs de leur paroisse ou de leur diocèse, que ces électeurs soient catholiques, athées, protestants, voltairiens. C’est le triomphe du gallicanisme, un courant de pensée vivace en France depuis Philippe le Bel.

Le roi Louis XVI, embarrassé, approuve le décret, contre l’avis du pape Pie VI qui se refuse à tout compromis.

Le 14 juillet 1790 a lieu la fête de la Fédération. Pour marquer le premier anniversaire de la prise de la Bastille, toutes les provinces ont envoyé à Paris des délégations de la garde nationale. Au cours de la fête qu’organise le marquis de La Fayette sur le Champ de Mars, l’évêque d’Autun, Talleyrand, prononce une messe. Sous la pluie battante qui tombe depuis le matin sur les 14 000 provinciaux et les quelque 200 000 Parisiens réunis, Louis XVI proclame après la messe, “ Moi, roi des Français, je jure d’employer le pouvoir qui m’a été délégué par la loi constitutionnelle de l’Etat à maintenir et à faire exécuter les lois ”. Marie-Antoinette prend le dauphin dans ses bras et le montre à la foule qui crie “ Vive le roi ! Vive la reine ! Vive le dauphin ! ” Vingt-deux mille convives dont la plupart sont des délégués des fédérations départementales sont invités par le roi à un dîner dans les jardins de la Muette. Dans la nuit, on danse encore sur la place de la Bastille que l’on a commencé de détruire.

Le 27 Août 1790 a lieu la transformation des assignats en papier-monnaie. Créé le 14 décembre 1789, l’assignat a d’abord été gagé ou “ assigné ” sur la vente des biens du clergé. Il portait intérêt à 5 %. Ces assignats ne sont plus qu’une simple monnaie de papier. Dans quelques jours, parce qu’il devient urgent de récupérer tous les métaux possible pour battre monnaie, on descendra les cloches des églises pour les fondre, ce qui provoque de vives polémiques.

Le 27 novembre, enfin, l’Assemblée exige du clergé le serment “d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution”. La moitié des curés et tous les évêques sauf 4 s’y refusent. C’est la rupture entre les catholiques et la Révolution !

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche, La révolution française tome 1 à 5 de Michel Vovelle Edition Messidor/livre club Diderot. H. Léonardon....