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L’affaire Jean Calas

mercredi 17 juillet 2013, par lucien jallamion

L’affaire Jean Calas

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La famille Calas lors de la révision du procès. Gravure de Jean-Baptiste Delafosse d’après Carmontelle (1765).

Le 9 mars 1762, Jean Calas est condamné à mort par le Parlement de Toulouse. Il est roué vif, étranglé et brûlé sur la place Saint-Georges dès le lendemain. Il a 64 ans.

Cinq mois plus tôt, le 13 octobre 1761, ce riche négociant en tissus de religion calviniste a découvert son fils Marc Antoine, 29 ans, pendu à son domicile, rue des Filatiers, à Toulouse. Il tente maladroitement de dissimuler son suicide afin de préserver l’honneur familial.

Mais l’appartenance des Calas à la “Religion Prétendue Réformée” excite contre eux la rumeur publique. On accuse la famille d’avoir assassiné Marc Antoine parce qu’il voulait se convertir au catholicisme !

Le Capitoul David de Beaudrigue fait incarcérer les parents du jeune homme, Jean Calas et Anne Rose Cabibel, son frère Pierre, leur servante Jeanne Viguière, et un ami, Gaubert Lavaysse, qui était arrivé la veille de Bordeaux. Le procès s’ouvre devant les 8 Capitouls qui gouvernent la ville. Il est nourri par des ouï-dire et des faux témoignages.

L’écrivain Laurent Angliviel de La Beaumelle est le premier à prendre la défense des accusés. Sa Lettre pastorale du 1er décembre 1761 est reprise par Paul Rabaut qui publie quelques semaines plus tard « La Calomnie confondue, ou Mémoire dans lequel on réfute une nouvelle accusation intentée aux protestants de la Province du Languedoc, à l’occasion de l’affaire du Sieur Calas détenu dans les prisons de Toulouse ».

Jean Calas n’en est pas moins condamné à mort cependant que les autres co-accusés sont acquittés ou bannis. Le malheureux est exécuté après que le bourreau a lacéré et brûlé La Calomnie confondue.

La Beaumelle est banni de Toulouse pour « mauvaise conduite ». Cela ne l’empêche pas de rédiger au cours de cette année 1762 plusieurs mémoires pour solliciter la cassation du jugement du Parlement et obtenir la libération des filles de la veuve Calas, enfermées depuis le mois de mai par lettres de cachet dans des couvents toulousains.

Dans sa retraite de Ferney, près de Genève, Voltaire est informé par un marchand marseillais, Dominique Audibert, de la condamnation de Jean Calas. Le philosophe, alors âgé de 67 ans, écrit dans une lettre au conseiller Le Bault, datée du 22 mars 1762 : « Vous avez entendu parler peut-être d’un bon huguenot que le parlement de Toulouse a fait rouer pour avoir étranglé son fils ; cependant ce saint réformé croyait avoir fait une bonne action, attendu que son fils voulait se faire catholique et que c’était prévenir une apostasie. Il avait immolé son fils à Dieu et pensait être fort supérieur à Abraham car Abraham n’avait fait qu’obéir mais notre calviniste avait pendu son fils de son propre mouvement et pour l’acquit de sa conscience. Nous ne valons pas grand chose, mais les huguenots sont pires que nous et de plus ils déclament contre la comédie. »

Toutefois, ce persiflage ne dure pas car, dès la fin de ce même mois de mars, Voltaire rencontre à sa demande Donat Calas, un des jeunes fils du supplicié, réfugié en Suisse, et acquiert la conviction de l’erreur judiciaire. L’écrivain à succès organise habilement un groupe de pression avec ses amis, y compris des souverains étrangers tels que Frédéric II de Prusse ou Catherine II de Russie.

Dénonçant les travers de l’organisation judiciaire, il publie les “Pièces originales concernant la mort des Sieurs Calas et le jugement rendu à Toulouse” en août 1762 puis son célèbre “Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas” en décembre 1763, sans pour autant se rapprocher de La Beaumelle, son ennemi littéraire de toujours. Le 4 juin 1764, le Conseil du Roi casse enfin les jugements prononcés contre les Calas. David de Beaudrigue est destitué et le 9 mars 1765, le Parlement de Paris réhabilite Jean Calas tandis que le roi Louis XV lui-même indemnise sa famille.

L’affaire Calas illustre les contradictions d’une époque déchirée entre les préjugés, la soif de justice et la découverte de la tolérance. Elle marque aussi la première intervention des philosophes dans les joutes judiciaires et politiques.

Le 20 Décembre 1765 a lieu la mort du dauphin Louis. Le Dauphin, âgé de 36 ans, venait de remettre quelques jours plus tôt au roi Louis XV son père un mémoire où il l’invitait à se défier de la prétention au pouvoir des parlements. Le 3 mars 1766 Louis XV impose un lit de justice au Parlement. Durant cette période à lieu le début du tour du monde de Bougainville qui durera jusqu’en 1769.

Le 16 septembre 1768 Maupeou devient chancelier. Le 16 mars 1769 de retour de son tour du monde, le navigateur Louis Antoine de Bougainville jette l’ancre à Saint-Malo.

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche....