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Les prémices de la révolution de 1789

dimanche 5 juillet 2026, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 28 juillet 2013).

Les prémices de la révolution de 1789

L’empereur Joseph II , qui gouverne les États autrichiens de 1780 à 1790, est le modèle du “despote éclairé”, ami des Lumières et du progrès. Il prend des décisions proprement révolutionnaires connues sous le nom de “Aufklärung”, fin du servage, expulsion des jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations. il fait aussi de l’allemand la langue officielle de l’empire, à la grande fureur des minorités ! Le “joséphisme”se solde par un échec cuisant. Mais il montre la voie aux révolutionnaires français qui s’en prendront en 1793 et 1794 aux symboles de l’Ancien Régime, la monarchie et la religion.

En Angleterre, où la tolérance religieuse est entrée dans les mœurs, les esprits éclairés orientent leurs efforts vers l’abolition de l’esclavage, à l’initiative des Églises. Le député William Wilberforce crée la “Société pour l’abolition de la traite” [1] avec le soutien de son ami, le Premier ministre William Pitt. En France, l’abbé Grégoire l’imite en créant la “Société des Amis des Noirs”.

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Adresse pour l’abolition de la traite des Noirs envoyée à l’Assemblée Nationale par la Société des Amis des Noirs (association créée le 19 février 1788)

Les idées philosophiques traversent l’Atlantique et gagnent les élites des 13 colonies anglaises d’Amérique du nord.

À Boston [2], quelques colons déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l’ancre et jettent sa cargaison de thé à l’eau le 16 décembre 1773. Par cette “tea-party”, les colons expriment leur rejet d’une taxe votée sans eux par le Parlement de Westminster. Ils réclament d’être considérés comme des citoyens anglais à part entière. Le roi réagit en fermant le port et en exigeant le remboursement de la cargaison par les habitants de Boston. C’est le début de l’insurrection.

Le 4 juillet 1776, à Philadelphie [3], où ils sont réunis en congrès, les représentants des Treize colonies adoptent dans l’enthousiasme une proclamation unilatérale d’indépendance. L’auteur du texte est Thomas Jefferson , un riche planteur de Virginie, propriétaire de nombreux esclaves. Il énonce en des termes voués à l’immortalité le droit de tous les êtres humains à la quête du bonheur.

La guerre d’indépendance commence entre les Patriotes, commandés par Georges Washington , et les armées loyalistes, cependant que les deux tiers des 2,5 millions d’habitants des 13 Colonies restent fidèles à la couronne britannique ou au moins indifférents. L’insurrection a un grand retentissement dans la noblesse libérale d’Europe. La Fayette alors âgé de 19 ans et beaucoup d’officiers européens rejoignent les Patriotes. Leur expérience militaire sera précieuse aux insurgés. L’écrivain Beaumarchais envoie des armes avec l’approbation du ministre des Affaires étrangères, Vergennes . Le roi Louis XVI en personne se résout enfin à envoyer des troupes régulières outre-Atlantique. Elles permettront aux insurgés d’emporter la décision à la bataille de Yorktown en 1781 [4].

Le traité de Versailles [5] consacrera l’indépendance des États-Unis d’Amérique le 3 septembre 1783. Mais la France paie cher sa revanche sur l’Angleterre. Les finances du royaume sont à sec et le roi est confronté à l’urgente nécessité d’une réforme.

Du fait de la guerre d’Indépendance américaine et des gaspillages de la Cour, les dépenses de l’État dépassent de beaucoup les recettes fiscales.

La France est riche mais le poids de l’impôt repose presque uniquement sur les pauvres, les nobles et beaucoup de bourgeois ayant réussi à s’en défaire en usant de leur pouvoir de pression. La dette de l’État est bientôt telle que ses créanciers ne peuvent et ne veulent plus prêter de l’argent.

Mais les privilégiés refusent tout changement. Ils s’accrochent d’autant plus à leurs privilèges fiscaux qu’ils s’appauvrissent en menant grand train à la Cour. Ils revendiquent eux-mêmes avec acharnement le paiement des redevances seigneuriales que leur doivent leurs paysans. Les plus habiles sont les magistrats du Parlement de Paris. Ils obtiennent le soutien du peuple et de la bourgeoisie éclairée dans la défense de leurs privilèges en dénonçant la volonté de réforme du roi comme une manifestation de tyrannie.

Le roi ne voit plus d’autre solution que de consulter les représentants de la nation selon une procédure en vigueur au Moyen Âge. Il convoque les états généraux à Versailles le 5 mai 1789 [6]. Les députés sont répartis selon les 3 ordres de la société, une partie représente le clergé, une autre la noblesse et les autres, soit la moitié environ des députés représentent le reste de la nation, le “tiers état”, soit près de 98% de la population.

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche....

Notes

[1] La Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (« Société pour l’abolition de la traite des esclaves ») ou The Society for the Abolition of the Slave Trade est un ancien groupe abolitionniste britannique formé le 22 mai 1787 à Londres. Cette organisation travaillait pour éduquer le public sur les abus de la traite négrière, aidant ainsi a l’abolition de la traite internationale des esclaves en 1807, imposée par la Royal Navy. La Société est, en 1823, remplacée par l’Anti-Slavery Society qui travaillait elle à abolir l’institution de l’esclavage dans toutes les colonies britanniques. L’abolition est finalement adoptée par le parlement en 1833, sauf cas particuliers.

[2] Boston est la capitale et la plus grande ville de l’État du Massachusetts et de la région de Nouvelle-Angleterre, dans le nord-est des États-Unis. Elle est l’une des plus anciennes villes des États-Unis. Fondée en 1630 sur la péninsule de Shawmut, au fond du Boston Harbor, par des puritains anglais fuyant les persécutions religieuses de leur pays, elle s’est rapidement développée dès le 17ème siècle : l’université Harvard est notamment fondée en 1636. La ville reprend le nom d’une petite ville de l’est de l’Angleterre, et les Français l’appellent « Baston » pendant le 17ème siècle. Vers 1750, elle compte 15 000 habitants et est alors la troisième ville la plus peuplée des Treize Colonies. Elle joue un rôle central durant la guerre d’indépendance américaine et est le témoin d’événements majeurs, tels que le massacre de Boston, le siège de Boston et la Boston Tea Party en 1773.

[3] Fondée en 1682, elle fut, jusqu’en 1790, la ville la plus peuplée d’Amérique du Nord. Entre 1774 et 1800, le Congrès des États-Unis s’est réuni en plusieurs endroits, le plus souvent à Philadelphie, faisant de celle-ci la capitale de facto provisoire du pays, jusqu’à ce que Washington devienne la capitale définitive. Par ailleurs, Philadelphie entretint pendant quelques décennies une rivalité financière et politique avec New York, avant d’être supplantée par sa rivale. Avant l’arrivée des Européens, environ 20 000 Amérindiens Lenapes, appartenant à la nation algonquine habitaient dans la vallée du Delaware et le village de Shackamaxon était situé à l’emplacement actuel du quartier de Kensington, au nord du centre-ville. En 1681, le roi d’Angleterre Charles II octroya une charte à William Penn en échange de l’annulation d’une dette que le gouvernement devait à son père. Par ce document, la colonie de Pennsylvanie était officiellement fondée. William Penn était un quaker anglais : il appartenait à ce groupe religieux dissident, persécuté en Angleterre, qui rejetait la hiérarchie ecclésiastique et prônait l’égalité, la tolérance, la non-violence. La Pennsylvanie devint rapidement un refuge pour tous ceux qui étaient opprimés pour leur foi. William Penn partit ainsi en Amérique en 1682 et fonda la ville de Philadelphie. Il souhaitait que cette cité serve de port et de centre politique. Même si Charles II lui en avait donné la propriété, William Penn acheta la terre aux Amérindiens afin d’établir avec eux des relations pacifiques. Il aurait signé un traité d’amitié avec le chef lenape Tamanend à Shackamaxon en 1682. Philadelphie fut aménagée selon un plan en damier, le plus ancien des États-Unis, avec des rues larges et cinq parcs. Pour la première fois dans le Nouveau Monde, les rues furent désignées par des numéros, dès cette date, ce qui en fait la première réalisation moderne de la nomenclature urbaine alphanumérique. Mais surtout, William Penn voulait rendre cette ville et la Pennsylvanie plus humaine, en supprimant la peine de mort pour les vols et en garantissant la liberté de culte

[4] La bataille de Yorktown se déroule en Virginie du 28 septembre au 19 octobre 1781, lors de la guerre d’indépendance des États-Unis . Elle oppose les insurgés américains et leurs alliés français commandés par le comte de Rochambeau aux Britanniques commandés par Lord Cornwallis. Après 21 jours de combat, ce dernier se rend, avec le quart des forces britanniques engagées dans la guerre ; la bataille signe la défaite certaine de la Grande-Bretagne

[5] Le traité de Versailles de 1783, appelé aussi la paix de Versailles ou paix de Paris, est un traité signé à Versailles le 3 septembre 1783, en même temps qu’un autre traité était signé le même jour à Paris (traité de Paris). Le traité de Versailles est « composé » de trois traités bilatéraux définitifs de paix et d’amitié signés par la Grande-Bretagne avec respectivement un traité avec la France qui met fin à la guerre franco-anglaise, un second traité avec l’Espagne qui met fin à la guerre anglo-espagnole, et enfin, en 1784, un troisième traité avec les Provinces-Unies, qui met fin à la quatrième guerre anglo-néerlandaise.

[6] Les états généraux de 1789 (du 5 mai au 27 juin) sont les 36es et derniers états généraux du royaume de France, convoqués par le roi Louis XVI le 8 août 1788. Ils se composèrent de près de 1 200 députés élus, dans les pays d’élections, selon le règlement général du 24 janvier 1789 et les deux tableaux qui y sont annexés, et, dans les pays d’états, selon des règlements particuliers. Les états généraux de 1789 sont les premiers états généraux du royaume depuis ceux de 1614. Ce sont aussi les derniers de l’Ancien Régime. Cette assemblée des trois ordres (clergé, noblesse et tiers état) est convoquée par le roi pour régler la crise financière. Ils s’ouvrent, à Versailles, le 5 mai 1789. Le 27 juin, après l’échec de la séance royale du 23 juin, Louis XVI enjoint aux chambres des députés des deux premiers ordres, le clergé et la noblesse de rejoindre celle du tiers état. Depuis le 17 juin, celle-ci s’était constituée en Assemblée nationale, rejointe dans les semaines qui suivent par des membres du clergé et de la noblesse. À la suite du serment du Jeu de paume du 20 juin, l’Assemblée nationale devient constituante, fonction qu’elle exerce à compter du 9 juillet et que Louis XVI lui reconnaît, le 5 octobre, en acceptant tant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que les Articles de constitution qu’elle avait décrétés.