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Des scientifiques bien en cour

vendredi 20 mars 2026, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 27 juillet 2013).

Des scientifiques bien en cour

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Laboratoire d’Antoine Lavoisier au Musée des arts et métiers.

C’est sous Louis XVI que naît la chimie moderne et que se développe la méthode expérimentale, grâce à des savants français tels que Claude-Louis Berthollet et Antoine Lavoisier .

En 1774, Diderot et d’Alembert viennent de publier l’ Encyclopédie et Joseph Priestley , de découvrir l’oxygène, mais la chimie en est encore réduite, comme sous Aristote, à la théorie des quatre éléments. La terre, l’eau, l’air et le feu. Lavoisier va tout changer.

Fermier général [1], Lavoisier doit son esprit de précision et sa rigueur à sa formation de juriste et de financier : chaque fois qu’il fait des expériences sur l’eau, l’air, la chaleur ou la respiration, il traite les bilans d’échange de gaz comme des bilans comptables. Chargé également de la régie des Poudres et Salpêtres, il bénéficie d’une résidence de fonction à l’Arsenal de Paris, où il fait aménager dans les combles un laboratoire unique pour l’époque. Outre les pompes, ballons, thermomètres, cornues, alambics et fourneaux, il commande à d’habiles artisans des balances de grande précision, deux gazomètres et deux calorimètres, visibles de nos jours au musée des Arts et Métiers [2].

Sa femme l’aide dans ses recherches, tient à jour ses registres et dessine les planches illustrées de ses ouvrages. Une fois par semaine, elle organise des réunions savantes, où sont conviés quelques amis éclairés, Gaspard Monge , Pierre-Simon de Laplace , Antoine-François Fourcroy , Louis-Bernard Guyton de Morveau et Claude-Louis Berthollet . Cette école de pensée communie dans la recherche des réactions chimiques et de leurs causes et remplace la foi en Dieu par la croyance au progrès. Lavoisier a pourtant du mal à persuader ses amis que le feu, au lieu d’être une substance élémentaire le prétendu phlogistique n’est que l’effet de la combustion de substances inflammables en présence de l’air vital, l’oxygène.


Or, en juin 1783, deux hommes réussissent à lancer un ballon dans les airs et à l’y maintenir quelque temps. Les frères Joseph et Etienne Montgolfier ont gonflé à l’air chaud une sphère en papier d’emballage et l’ont lâchée au-dessus de la petite ville d’Annonay [3]. 2 mois plus tard, un concurrent, Charles, réédite l’exploit avec un ballon gonflé cette fois à l’air inflammable, l’hydrogène, beaucoup plus léger que l’air. Les Montgolfier réagissent en renouvelant leur expérience en présence du roi et ajoutent une attraction inédite, un panier où ils placent un coq, un canard, et un mouton. En voyant les animaux redescendre sains et saufs, on comprend que le rêve d’Icare est enfin à la portée de l’homme. En novembre, deux gentilshommes, Jean-François Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes François Laurent d’Arlandes , réalisent la première ascension humaine devant des milliers de personnes.

10 jours plus tard, Charles s’envole à son tour des Tuileries*. Une querelle s’élève alors entre partisans des charlières et ceux des montgolfières, si bien que Louis XVI charge l’Académie des sciences de les départager.


8 académiciens sont consultés, dont Berthollet et Lavoisier. Ce dernier donne la priorité à la recherche d’un moyen fiable et économique de produire l’hydrogène de la charlière. Apprenant qu’en mélangeant en vase clos air inflammable et air vital (hydrogène et oxygène), un chimiste anglais, Henry Cavendish , a obtenu de l’eau, Lavoisier fait une double expérience, d’abord de décomposition, puis de recomposition de l’eau. Preuve éclatante que l’eau n’est pas un corps simple, comme on l’a toujours cru, mais un composé d’oxygène et d’hydrogène. Ainsi une invention de portée limitée, l’aérostation, débouche-t-elle sur une découverte moins spectaculaire, mais fondamentale, celle de la composition de l’eau.


Médecin, Berthollet devient, en 1784, directeur des teintures aux Gobelins [4].

Aussitôt, il s’intéresse aux fibres de lin et de coton, qui prennent après la récolte une couleur brune particulièrement tenace qui ne disparaît qu’après plusieurs mois de lessive et d’exposition à l’air et au soleil. Devinant que, sous l’action du rayonnement solaire, l’oxygène de l’air se combine lentement aux matières sales et les détache du linge, Berthollet recherche un moyen d’imiter la nature en fixant plus rapidement l’oxygène sur les matières organiques. En mélangeant l’oxyde de manganèse au sel marin et à une solution d’acide sulfurique, il obtient du chlore. Après l’avoir dissous dans l’eau, il remarque que cette nouvelle solution a le même pouvoir décolorant que le gaz. Intrigué, il montre ses éprouvettes à Léonard Alban et Léonard Alban , qui viennent d’établir à Javel une manufacture de soude, de savon et d’acide sulfurique [5]. C’est un endroit champêtre, à une lieue de Paris, en bord de Seine, près des pêcheurs, des baigneurs et des lavandières. Les deux directeurs ajoutent du carbonate de potassium à l’eau chlorée afin de dissiper son odeur âcre.

Berthollet alterne bains d’eau chlorée et bains bouillants de soude caustique puis il savonne le tissu et le rince dans une solution d’acide sulfurique. Ce procédé permet de blanchir le lin et le chanvre quatre fois plus vite et le coton onze fois plus vite qu’avec la méthode traditionnelle. On obtient un blanc plus beau et, en utilisant moins de lessive, on épargne ainsi les étoffes. Les directeurs de la manufacture de Javel [6] sont ravis et préfèrent baptiser cette eau chlorée du nom bucolique d’eau de Javel.


Thomas Newcomen et James Watt ont considérablement perfectionné la machine à vapeur de Denis Papin , mais elle ne sert encore qu’à pomper l’eau dans les mines de sel et de charbon. On l’appelle d’ailleurs la pompe à feu. Un jeune officier, Claude Jouffroy d’Abbans , a l’idée de l’appliquer à un bateau.

Malheureusement, les cylindres du moteur, mal usinés, laissent échapper la vapeur, et la mécanique transmet mal le mouvement aux volets à charnières qu’il a montés en guise de rames. Après avoir dilapidé le plus clair de sa fortune en essais infructueux sur le Doubs [7], Jouffroy défie une dernière fois la chance. Il fait alors connaissance d’un Lyonnais expert dans le travail du cuivre. Antoine Frerejean s’est acquis une réputation en doublant avec ce métal la carène des vaisseaux de guerre pour empêcher le taret, le capricorne des mers, d’y creuser des galeries dévastatrices. Non seulement il usine à la perfection chacun des cinq cylindres du moteur de Jouffroy, mais il remplace les volets mobiles par des roues à aubes et surtout il munit le bateau d’une transmission à double crémaillère qu’il emprunte à un dessin de Léonard de Vinci.

Le 15 juillet 1780, des milliers de Lyonnais se massent le long de la Saône [8], à hauteur du palais de l’Archevêché [9]. Le bateau, qu’il appelle “pyroscaphe”, est à quai, brillant de tous ses cuivres, décoré de drapeaux et de guirlandes de feuillage. Quatre hommes montent à bord, puis Jouffroy prend place sur le pont. Dans sa poche, il glisse un pistolet. “Si j’échoue, murmure-t-il, je serai ruiné et déconsidéré. Il ne me restera plus qu’à me brûler la cervelle.” Un dernier coup de sifflet annonce le départ. Aussitôt, un frémissement secoue le bateau. Les roues tournent quelques secondes, paraissent hésiter et s’arrêtent, pour la plus grande joie des incrédules.

Soudain la cheminée lâche un panache de fumée, les roues repartent doucement, puis battent l’eau avec force et rapidité. Le bateau remonte gaillardement la Saône, s’éloigne du quai de Vaise [10] et gagne l’île Barbe [11] en un quart d’heure, laissant loin derrière lui les rameurs qui s’étaient promis de donner une leçon au téméraire qui oserait marier l’eau avec le feu.

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche....

Notes

[1] La Ferme générale est la jouissance d’une partie des revenus du roi de France, consentie par ce dernier, sous certaines conditions, à un adjudicataire dont les cautions forment la Compagnie des fermiers généraux, en l’occurrence une « union de plusieurs personnes qui s’associent pour entrer dans les affaires du Roi ». Créée par Louis XIV, à l’initiative de Colbert en 1680, l’institution avait pour vocation de prendre en charge la recette des impôts indirects, droits de douane, droits d’enregistrement et produits domaniaux. Par extension, la Ferme générale est le corps de financiers qui prend à ferme les revenus du roi ; ils ne sont donc pas de simples banquiers, mais également des gestionnaires de l’impôt.

[2] Le musée des Arts et Métiers est installé dans les bâtiments de l’ancien Prieuré royal Saint-Martin-des-Champs. Nationalisé en novembre 1789, cet ensemble architectural considérable a été affecté au Conservatoire en 1798. Le musée occupe les corps de bâtiments où étaient logés les moines de l’ancienne communauté religieuse ainsi que l’ancienne église prieurale. L’ensemble a été largement réaménagé sous la monarchie de Juillet et sous le Second Empire, sous la direction de l’architecte Léon Vaudoyer.

[3] Annonay est une commune française située dans le département de l’Ardèche. En 1524, Annonay est rattachée au domaine du roi de France à la suite de la révolte du connétable de Bourbon : ses biens, dont fait partie Annonay, sont confisqués. La contrée est dominée ensuite par les Lévis-Ventadour (héritiers des Thoire-Villars) et leurs descendants les Rohan-Soubise

[4] La manufacture des Gobelins est une manufacture de tapisserie dont l’entrée est située au 42, avenue des Gobelins à Paris dans le 13e arrondissement. Elle est créée en avril 1601 sous l’impulsion d’Henri IV, à l’instigation de son conseiller du commerce Barthélemy de Laffemas. Reprenant pour le compte de Louis XIV le plan mis en œuvre par Henri IV, Colbert incite peu avant 1660 le hollandais Jean Glucq à importer en France un nouveau procédé de teinture écarlate appelé « à la hollandaise ». Celui-ci se fixe définitivement en 1684 dans une des maisons de l’ancienne folie Gobelin qu’il achète et embellit après avoir obtenu des lettres de naturalité. Appréciant la qualité des productions de l’enclos des Gobelins, Colbert réussit à convaincre Louis XIV de donner les moyens nécessaires au lustre censé glorifier la monarchie. Voulant donner une tout autre organisation à l’œuvre d’Henri IV, il ne renouvelle pas à Hippolyte de Comans la concession en 1661 : il emprunte afin d’acheter le 6 juin 1662 au sieur Leleu, à l’emplacement de l’ancien Clos Eudes de Saint Merry, l’hôtel des Gobelins (environ 3,5 hectares, maintes fois agrandi jusqu’en 1668) pour la somme de 40 775 livres et regrouper autour tous les ateliers parisiens ainsi que celui créé à Maincy par Nicolas Fouquet. Ainsi naît la Manufacture royale des Gobelins qui dépend du surintendant des bâtiments et est soumise par lui à l’autorité du premier peintre du Roi, Charles Le Brun, lequel, nommé officiellement en 1663, a par la suite sous ses ordres des équipes entières d’artistes. Il cumule donc la direction de la Manufacture des Meubles de la Couronne. C’est ainsi qu’incluse dans la Manufacture des Meubles de la Couronne, la Manufacture des Gobelins reçoit de l’édit royal de novembre 1667 son organisation définitive, d’importants avantages étant octroyés à ses habitants

[5] Léonard Alban et Mathieu Vallet, chimistes et aéronautes, ont joué un rôle clé dans l’établissement d’une manufacture de soude à Javel. Cette usine, fondée en 1777, a été la seconde de plusieurs par Alban, commanditée par le Comte d’Artois, frère du Roi Louis XVI. Leur usine a été située près du "Moulin de Javelle" et a été financée par des nobles et soutenue par le Comte d’Artois. L’eau de Javel, produite à partir de dichlore et de soude, a rapidement connu un vif succès comme décolorant et désinfectant.

[6] Bien avant d’être un quartier du 15e arrondissement de Paris, il existait un village près de la Seine, le village de Javel. Grâce à son moulin à vent et sa guinguette, l’endroit devient vite attractif au 17ème siècle en attirant les pêcheurs et les baigneurs. En 1784, le village accueille une manufacture de produits chimiques, située près du “Moulin de Javelle”. Cette entreprise est pour le moins prestigieuse puisque les propriétaires ne sont autres que des nobles, proches du frère de Louis XVI, le Comte d’Artois. La manufacture est destinée aux lavandières, plus communément appelées blanchisseuses. À cette époque, elles étaient nombreuses sur les bords de Seine. Le succès est en marche et la manufacture fabrique uniquement son Eau de Javel. L’usine travaille même à plein régime pendant la Révolution. Elle ne cesse de s’agrandir et compte même en 1875 près de 200 ouvriers. Un succès qui ne sera malheureusement pas éternel puisque la manufacture disparaît entre 1885 et 1889. Elle est vite remplacée par les aciéries de France et les entrepôts et magasins généraux de Paris, lesquels cèdent rapidement la place aux usines Citroën en 1915. Aujourd’hui, difficile de reconnaître le petit village mais il reste toujours la station de métro Javel-Citroën pour en témoigner.

[7] Le Doubs est une rivière française et suisse traversant le Doubs auquel il a donné son nom, le Jura et la Saône-et-Loire, ainsi que les cantons suisses de Neuchâtel et du Jura. C’est le principal affluent de la Saône et par conséquent un sous-affluent du Rhône. Sa longueur totale est de 453 km, dont 430 km sur le territoire français et 85 km sur le territoire suisse, une partie de son tracé faisant office de frontière entre les deux États. Il constitue le dixième cours d’eau français par sa longueur et la quatrième rivière française après la Marne, le Lot et la Saône, ainsi que le neuvième cours d’eau suisse par sa longueur. Il prend sa source dans une cavité du massif du Jura située sur la commune française de Mouthe à 945,5 m d’altitude et s’écoule d’abord principalement vers le nord-est. Après être remonté jusqu’à la trouée de Belfort, il s’écoule ensuite dans une direction opposée à celle de la première partie de son cours, se dirigeant vers le sud-ouest jusqu’à son confluent. Il se jette dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs, à 175 m d’altitude. Les eaux du Doubs, jusqu’à la Méditerranée via la Saône (de Verdun-sur-le-Doubs à Lyon) puis le Rhône (de Lyon à la Méditerranée), réalisent un parcours fluvial de 1032 km, dont 999 km en territoire français, soit le plus long parcours fluvial du bassin du Rhône.

[8] La Saône est une rivière de l’Est de la France, principal affluent de la rive droite du Rhône. Avec une longueur de près de 480 kilomètres, c’est le neuvième cours d’eau le plus long de France. Depuis 3 000 ans, des bateaux naviguent sur la Saône. Une pirogue datant de l’âge du bronze a été découverte à Saint-Marcel. Datant de l’âge du fer une pirogue a été découverte à Thorey. La Saône a joué le rôle de frontière naturelle par le passé. Notamment, son franchissement par les Helvètes en 58 av. jc marque l’un des éléments déclencheurs de la Guerre des Gaules. À Chalon-sur-Saône, deux épaves de l’époque romaine ont été découvertes. Sur la Saône, la navigation s’effectuait essentiellement à la descente. Dirigés à l’aide de grands rame-gouvernails, les bateaux chargés profitaient d’une pointe d’eau pour se laisser glisser sur la rivière. La remonte, ordinairement à vide, s’effectuait en convois halés par 2 ou 4 chevaux

[9] Le palais archiépiscopal de Lyon, ou palais Saint-Jean, est un édifice d’origine médiévale situé dans le 5ème arrondissement de Lyon. Demeure des évêques et archevêques de Lyon durant de longs siècles, il a connu de multiples aménagements. Confisqué sous la Révolution, il a servi à partir de 1974 pour entreposer les archives municipales de Lyon.

[10] Vaise est un quartier de Lyon situé au nord-ouest de la ville sur la rive droite de la Saône, au pied du plateau de la Duchère. Ancienne commune du département du Rhône, Vaise a été rattachée à Lyon le 24 mars 1852, faisant d’abord partie du 5ème arrondissement, puis du 9ème arrondissement (créé en 1964). C’est l’un des sites les plus anciennement occupés de l’actuelle commune de Lyon.

[11] L’île Barbe, sur la Saône, est une île fluviale française intégrée dans le territoire de la commune de Lyon (9e arrondissement) depuis 1963. Les premiers ermites y recherchaient la solitude mais dès le 5ème siècle est créée l’abbaye de l’Île Barbe, l’une des plus anciennes de France. Elle connaît la plus grande célébrité aux temps carolingiens puis à partir du 12ème siècle. Lorsqu’elle est entrée en décadence, le culte de la Vierge s’y est substitué aux pratiques monastiques attirant jusqu’au 19ème siècle des foules considérables de pèlerins dans l’église Notre-Dame.