Bienvenue sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 18ème siècle en France > L’affaire du collier de la Reine

L’affaire du collier de la Reine

mardi 11 novembre 2025, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 25 juillet 2013).

L’affaire du collier de la Reine

JPEG - 60.9 ko
Le Collier de la Reine, reconstitution en zircon, Château de Breteuil, France

Le 5 septembre 1785 à lieu le procès du cardinal de Rohan Louis-René-Édouard prince de Rohan suite à l’affaire du Collier. La fille de l’impératrice [Marie-Thérèse d’Autriche , est arrivée à Versailles à 14 ans et s’est composée un personnage frivole, entouré de jeunes aristocrates insouciants. On s’accorde à la trouver élégante et les soupirants ne lui manquent pas. Le prince Louis de Rohan est de ceux-là. Issu d’une illustre et richissime famille, il part à Vienne [1] comme ambassadeur en 1772, à 38 ans.

Il en est chassé 2 ans plus tard par l’impératrice, que scandalisent ses dévergondages. Il n’en est pas moins nommé grand aumônier de France [2] puis cardinal et enfin évêque de Strasbourg [3]. Imbu de lui-même, il a des ambitions politiques et attribue à la défaveur de la reine l’échec de ses projets.

C’est alors qu’il rencontre une jeune femme délurée qui descend d’un bâtard du roi Henri II et se gratifie du titre fantaisiste de comtesse de La Motte Valois Jeanne de Valois-Saint-Rémy . Elle possède des accointances avec un escroc italien du nom de Giuseppe Balsamo , qui se présente lui-même comme le comte de Cagliostro. La comtesse fait grand cas d’une prétendue intimité avec Marie-Antoinette au point de convaincre le cardinal de pouvoir gagner les grâces de la reine. Le naïf prélat confie à la comtesse quelques cadeaux destinés à Marie-Antoinette et obtient en retour des billets de remerciements qu’il croit venir de la reine.

Le 11 mars 1784, une entrevue discrète est organisée dans le Bosquet de Vénus au voisinage du Petit Trianon [4], où la reine passe l’essentiel de son temps. Il est minuit, le cardinal attend le cœur battant. La reine paraît et lui remet une rose et un billet en faisant signe de se taire. En réalité, une modiste parisienne dénommée Nicole Legay d’Oliva a joué le rôle de sosie de la reine pour abuser le cardinal. Désormais, ce dernier ne met plus de limites à ses générosités. En janvier 1785, la comtesse de La Motte Valois lui apprend que la reine, ne pouvant acheter un joyau précieux au grand jour, le charge de s’entremettre pour l’acquérir en son nom.

Le cardinal, sur les instances de Cagliostro, s’exécute aussitôt. C’est ainsi que le 21 janvier 1785, la comtesse annonce radieuse aux joailliers Böhmer et Bassenge que la reine s’est déterminée à acheter une superbe rivière de diamants.

Le 25 janvier 1785, le prince cardinal de Rohan reçoit une somptueuse rivière de diamants qu’il destine à la reine Marie-Antoinette. Celui-ci avait été réalisé vers 1773 par les joailliers parisiens Böhmer et Bassenge avec 647 joyaux d’un poids total de 2.300 carats.

D’abord destiné à la comtesse du Barry , mais la mort inopinée du vieux roi en 1774 porta un coup à leur projet. L’idée vient aux joailliers que la nouvelle reine, Marie-Antoinette, que l’on sait fort coquette, pourrait l’acquérir à son tour. Ils parviennent à présenter leur merveille aux souverains en 1778 puis en 1781. Le jeune roi Louis XVI ne se laisse pas fléchir et recule devant l’énormité du prix. Elle va jusqu’à rappeler que c’est là le prix de 2 vaisseaux de ligne dont le royaume a bien plus besoin.

Le collier est remis au cardinal qui le confie à un prétendu officier de la reine... Il s’agit en fait d’un amant de la comtesse, laquelle se hâte de défaire le collier et de le vendre au détail à Londres.

Lorsque, quelques mois plus tard, le cardinal se trouve dans l’impossibilité de régler une échéance, les joailliers se présentent à la reine pour faire valoir leur traite.

Celle-ci, incrédule, porte l’affaire devant le roi qui comprend tout. Atterré, il choisit, non sans maladresse, de révéler l’affaire au grand jour pour manifester l’innocence de la reine. Le 15 août 1785, jour de l’Assomption, il y a grande fête à Versailles, où se presse la noblesse du royaume. Le grand aumônier de France doit célébrer un office solennel dans la chapelle du palais. Il a déjà revêtu son habit pontifical lorsqu’il est sommé de se présenter incontinent dans le cabinet du roi. Louis XVI le reçoit en présence de la reine, du garde des sceaux Armand Thomas Hue de Miromesnil et du ministre de la maison du roi, le baron de Breteuil Louis Charles Auguste Le Tonnelier . On lui présente la traite signée au profit de Böhmer et Bassenge, et le malheureux cardinal en reste sans voix. Décontenancé, il signe des aveux complets sous la dictée du roi et sort sous les quolibets des courtisans.

Le lendemain, Jeanne de la Motte est arrêtée à son tour. Ses complices sont en fuite. Dans son souci de faire la lumière, le roi confie au Parlement le procès du cardinal.

L’instruction traîne, les prévenus font des dépositions contradictoires, les grands noms de France Rohan [5], Condé [6], Soubise prennent fait et cause pour le cardinal tandis que le haut clergé s’insurge contre l’affront fait à l’un des siens, victime d’escrocs et seulement coupable de naïveté. Quant à l’infortunée reine, elle est accablée par les insinuations les plus malveillantes et les quolibets les plus orduriers.

Le 22 mai 1786, le procès s’ouvre devant une cour de 64 magistrats de la Grand-chambre et de la Tournelle. 10 jours plus tard, le procureur général Joly de Fleury [7] prononce un réquisitoire accablant pour le cardinal. Le jury délibère cependant qu’une partie de la cour s’insurge et qu’une foule de plusieurs milliers de manifestants proclame bruyamment son appui au cardinal.

Sur la foi des délibérations du jury, le cardinal est relaxé mais le roi le dépouille de toutes ses charges et l’exile à l’abbaye de la Chaise-Dieu [8]. La comtesse de la Motte est condamnée à être fouettée en public, marquée au fer rouge et détenue à perpétuité à la Salpêtrière d’où elle s’évadera peu après. Les principaux complices, mari et amant de l’intrigante, sont condamnés par contumace cependant que Cagliostro est banni du royaume. L’opinion accueille le verdict comme un désaveu implicite pour la reine et croit y trouver une confirmation de toutes les calomnies qui traînent sur son compte.

Rohan s’en sort mieux. Traité en martyr, il est élu aux états généraux en 1789 par le clergé de Tonnerre [9] avant d’émigrer en Allemagne où il meurt en 1803.


Durant cette période on peut citer comme événements :

En 1786 à lieu la première ascension du mont Blanc par Jacques Balmat et Michel Paccard .

Le 26 septembre 1786, l’Angleterre signe avec la France un traité de commerce et de navigation. C’est Charles de Vergennes , ministre de Louis XVI, qui en négocie les clauses. Mais ce traité de libre-échange mécontente les industriels français.

En Avril 1787 Après le renvoi de Calonne , Loménie de Brienne devient le ministre principal de Louis XVI.

Le 1er mai 1788, un lit de justice [10] qui se tient à Versailles enregistre, à la demande du roi Louis XVI, un édit qui abolit, en matière pénale, la question préalable, autrement dit les tortures qui étaient infligées aux suspects.

Le 7 juin a lieu la journée des Tuiles à Grenoble [11].

Le 8 août 1788, la possible banqueroute qui menace les finances du royaume de France ne laisse plus au roi d’autre choix. Il convoque les Etats généraux. Necker espère qu’ils voteront de nouveaux impôts et de nouveaux emprunts, pour venir à bout des 240 millions de la dette publique.

Celle-ci a triplé depuis que le roi a commencé à régner, 15 ans plus tôt. Le 25 août Necker remplace Loménie de Brienne. Le 27 décembre Necker a fini par convaincre Louis XVI. Le tiers état sera doublé lors des prochains Etats généraux. La noblesse s’inquiète.

Le 29 décembre, pendant le temps de la préparation des Etats généraux convoqués par Louis XVI, à l’ouverture des Etats de Bretagne, à Rennes, les 54 délégués du tiers annoncent qu’ils refusent de délibérer avec les 2 ordres que sont la noblesse et le clergé tant que l’on n’aura pas entendu leurs propres revendications. Le tiers état commence à découvrir la force qui peut être la sienne.

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche....

Notes

[1] Vienne est la capitale et la plus grande ville de l’Autriche ; elle est aussi l’un des neuf Länder (État fédéré) du pays. La ville est située dans l’est du pays et traversée par le Danube (Donau). Capitale du duché puis archiduché d’Autriche, elle fut de fait celle du monde germanique durant le règne de la maison de Habsbourg (devenue en 1745 la maison de Habsbourg-Lorraine) sur le Saint-Empire romain germaniquepuis présida la Confédération germanique de 1815 à 1866. Elle fut en même temps celle de l’empire d’Autriche de 1804 à 1867 puis de l’Autriche-Hongrie de 1867 à 1918.

[2] Le grand aumônier de France était un officier de la monarchie française de l’ancien Régime. Il avait la charge de la maison ecclésiastique du roi (la Chapelle). Le titre de grand aumônier a été créé par François 1er. Il n’est pas reconnu comme l’un des grands offices de la couronne dans la déclaration de Henri III de 1582 qui les énumère, mais quelques théoriciens de la monarchie l’ont toutefois considéré comme l’un de ces grands offices. Le grand aumônier avait surtout un rôle symbolique comme l’ecclésiastique le plus important de la cour. Souvent de rang épiscopal, plus rarement cardinalice, il bénéficie de privilèges importants, comme la juridiction sur les établissements hospitaliers de Paris ou le bénéfice de l’argenterie de la chapelle du roi à la mort de ce dernier. Qui plus est, le grand aumônier avait rang de duc à la Cour. De ce fait, l’office a souvent été accaparé par de grandes familles aristocratiques, comme la maison de Rohan. Dans sa direction de la maison ecclésiastique du roi, il est secondé par un premier aumônier. Le grand aumônier faisait communier le roi, célébrait les baptêmes et les mariages des princes.

[3] L’archidiocèse de Strasbourg (en latin : archidioecesis Argentoratensis o Argentinensis) est une église particulière de l’Église catholique en France. Son siège est la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. Érigé au 4ème siècle, le diocèse de Strasbourg est un diocèse historique de l’Alsace. À la veille de la Révolution française, il couvrait la Basse-Alsace et l’Ortenau. Depuis 1801, il couvre les deux départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Il est d’abord suffragant de l’archidiocèse de Mayence, puis de celui de Besançon. Depuis 1874, il est exempt, et relève immédiatement du Saint-Siège. Élevé au rang d’archidiocèse en 1988, il n’est pas métropolitain.

[4] Le château du Petit Trianon est un bâtiment situé dans le domaine du Petit Trianon, au sein du parc de Versailles. Construit par l’architecte du roi Louis XV, Ange-Jacques Gabriel, de 1762 à 1768, il est considéré comme un chef-d’œuvre du néoclassicisme, alliant le goût le plus moderne et l’intégration à la nature environnante. Édifié pour madame de Pompadour qui meurt avant de le voir achevé, il est inauguré par madame du Barry en 1768, presque 20 ans après les premiers aménagements du Nouveau jardin du roi. Car, s’il est le plus imposant du domaine du Petit Trianon, il n’en est pourtant pas le premier bâtiment, mais se situe au contraire dans la continuité d’un projet qui s’étale sur 4 décennies. Il est offert par Louis XVI, dès son avènement, à sa jeune épouse Marie-Antoinette qui lui donne son empreinte, associant pour toujours, dans l’imaginaire du public, l’édifice et la reine.

[5] La maison de Rohan est une famille subsistante de la noblesse française, originaire de Bretagne, où elle tient son nom de la terre de Rohan, dans le Morbihan. Elle est issue en ligne agnatique des vicomtes de Porhoët, dont la filiation suivie remonte à 1028. Elle fut au Moyen-Âge l’une des familles les plus puissantes du duché de Bretagne. Elle a formé plusieurs branches dont seule subsiste la branche de Rohan-Rochefort, ducs de Montbazon, ducs de Bouillon et princes autrichiens de Rohan, établie au début du 19ème siècle en Autriche

[6] La seigneurie de Condé en Brie était située dans la Brie. Au 16ème siècle, elle devint une principauté et donna son nom à la maison de Condé, une branche cadette des Capétiens. La seigneurie de Condé en Brie appartenait au 13ème siècle aux Montmirail. Elle passe ensuite à la première, puis à la seconde maison de Coucy. Quand celle-ci s’éteignit au début du 15ème siècle, elle échut à la maison de Scarpone, puis aux comtes de Saint-Pol de la maison de Luxembourg. Le mariage de Marie de Luxembourg avec François de Bourbon-Vendôme la fit entrer dans les possessions de la maison de Bourbon-Vendôme. Elle donna son nom à une branche de cette maison, la maison de Condé, issue de Louis de Bourbon. Ce dernier passa son enfance à Condé et prit le titre de « prince de Condé ». Les chefs de la maison de Condé firent de même jusqu’à son extinction en 1830. La seigneurie de Condé passa quant à elle à une branche cadette, la maison de Bourbon-Soissons, issue de Charles de Bourbon-Soissons, fils cadet de Louis de Bourbon, premier prince de Condé. Par mariage, elle échut ensuite aux Savoie-Carignan, puis fut confisquée par Louis XIV en 1711.

[7] La famille Joly de Fleury est une famille de magistrats parisiens dont plusieurs membres se sont illustrés sous l’Ancien Régime.

[8] L’abbaye de la Chaise-Dieu (en Auvergne), est une abbaye bénédictine chef d’ordre située sur la commune de La Chaise-Dieu dans le département de la Haute-Loire. l’abbaye bénédictine est réputée pour son architecture romane, sa Danse macabre, sa curieuse Salle des échos, sa tapisserie de L’Apparition du Christ à Marie-Madeleine L’abbaye bénédictine, qui a donné son nom à une portion du plateau auvergnat, a été fondée en 1043 par Robert de Turlande et quelques disciples, Étienne de Chaliers et un certain Delmas.

[9] Le comté de Tonnerre est un ancien fief situé dans le nord de la Bourgogne, autour de la ville de Tonnerre. Les comtes de Tonnerre frappèrent monnaie du 11ème siècle jusqu’en 1315. Le comté avait la particularité de dépendre de trois suzerains : de l’évêque de Langres, pour les châtellenies de Tonnerre, d’Argenteuil, de Ligny le Châtel et les fiefs qui en dépendaient ; du duc de Bourgogne pour celles de Cruzy-le-Châtel, Griselles et Pothières et leurs fiefs, et de l’évêque de Châlon pour celle de Channes. Il fut érigé en duché en 1572, en faveur d’Henri Antoine de Clermont, mais cette érection n’eut pas d’effet faute de l’enregistrement du brevet. Jusqu’en 1789, le comté de Tonnerre était le plus ancien de France. Il n’a jamais été réuni à la couronne, ni érigé en marquisat ou duché

[10] En France, sous l’Ancien Régime, le lit de justice est une séance solennelle du Parlement par laquelle le roi ordonnait à cette assemblée d’enregistrer les édits et ordonnances qu’elle avait contestés par l’usage de son droit de remontrance.

[11] La journée des Tuiles est une émeute survenue le 7 juin 1788 à Grenoble, au cours de laquelle les insurgés affrontent la troupe à coup de tuiles et de pierres jetées des toits. L’émeute survient dans le contexte de la fronde parlementaire consécutive à la tentative de réforme du garde des Sceaux Lamoignon et du contrôleur général des finances Loménie de Brienne, visant à annuler les pouvoirs rendus aux parlements au début du règne de Louis XVI. Cette émeute, prélude de la Révolution française a fait trois morts et vingt blessés dans la population et un assez grand nombre de blessés parmi les membres du régiment Royal-Marine. Cette première grave émeute contre l’autorité royale suscite la réunion des états généraux du Dauphiné et conduit Louis XVI à promettre la tenue d’états généraux à Versailles, qui auront lieu moins de 11 mois plus tard.