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Robert Grossetête dit Robert de Lincoln

mercredi 25 juillet 2012

Robert Grossetête dit Robert de Lincoln (vers 1175-1253)

Érudit anglais-Évêque de Lincoln

Il étudie à Oxford et à Paris. En 1224, il devient chancelier de l’université, en 1230, il enseigne au studium franciscain d’Oxford d’où sortira 20 ans plus tard Roger Bacon. Passionné de grec dont il encouragea l’étude, il traduit lui-même l’Éthique à Nicomaque et les œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, effectue plusieurs commentaires sur l’œuvre d’Aristote, et fait venir à Oxford des lettrés de plusieurs pays en leur demandant d’apporter avec eux tout ce qui leur était possible comme traités de grammaire. Il confirme la rotondité de la Terre indiquée par Ptolémée, mais ajoute des explications naturelles indiquant que les planètes doivent être rondes elles aussi.

Dans son ouvrage De luce, Robert Grossetête présente la lumière comme à l’origine de toute chose. Il développe la théorie selon laquelle tout le monde physique peut se décrire par de la géométrie. S’appuyant sur les traités d’optique d’Ibn al-Haytham, il étudie les rayons directs, les rayons réfléchis, les rayons déviés. Il s’intéresse à la formation de l’arc-en-ciel et travaille sur les lentilles et les miroirs. Il découvre ainsi que les lentilles, non seulement ont la propriété de pouvoir mettre le feu, mais aussi peuvent servir plus simplement de loupe. Il étudie la réfraction de la lumière à travers un récipient sphérique rempli d’eau. Il est à l’origine d’une règle sur la notion de réfraction : "l’angle de réfraction est égal à la moitié de l’angle d’incidence".

Conscient que la mathématique est l’outil privilégié des autres sciences, il s’intéresse principalement à la géométrie et à l’astronomie. Il développe une conception de l’infini et a l’intuition que certains infinis sont plus grands que d’autres.

Philosophe et théologien, il traduit et commente un grand nombre d’ouvrages tant religieux que classiques. On lui doit par exemple des commentaires des psaumes, des épîtres de Paul, des lois de l’Ancien Testament. Ses commentaires sur Aristote marqueront pendant longtemps le système de pensée occidental.

On lui doit également un long poème allégorique sur la création du monde et la rédemption intitulé Le chastel d’amors ainsi que plusieurs poèmes ou textes sur l’étiquette courtoise et la gestion domestique. Il est aussi l’auteur d’un certain nombre d’ouvrages théologiques dont un Hexameron. Nommé évêque de Lincoln en 1235, il entreprend sans tarder de réformer la morale et la discipline dans son diocèse. Cela le conduit à rentrer en conflit avec les membres de sa communauté qui n’apprécièrent pas son ingérence dans leur domaine. Le conflit fait rage de 1239 à 1245 et nombreux sont ceux qui reprochent à Grossetête son manque de retenue dans ces débats.

Ce n’est qu’en 1245 que le conflit s’éteindra après qu’une visite à la cour papale de Lyon donne raison à Grossetête.

Il entreprend des réformes dans l’esprit de Becket. Il revendique pour l’Église un pouvoir que le pouvoir séculier n’est pas prêt à lui accorder. C’est ainsi que, par 2 fois, il reçoit un avertissement de la cour d’Henri III. Par ses positions réformatrices, il entre en conflit autant avec le roi arguant qu’il se doit d’obéir au Saint-Siège, qu’avec la papauté auprès de laquelle il défend la thèse que les postes anglais doivent être tenus par des Anglais et non par des Italiens. C’est ainsi qu’il demande au roi la libération de certains disciples d’Oxford qui avait agressé le légat Otho. Il se soumet au moins jusqu’en 1247 avec une relative bonne grâce aux ingérences du Saint-siège, obtenant cependant le droit de gérer son diocèse avec des Anglais. Il est moins tolérant vis-à-vis de l’autorité royale. En 1244, devenu porte-parole de l’église, il rentre en conflit avec la baronnie pour des questions de subventions et demande au roi la séparation du clergé et de la baronnie, demande qui lui sera refusée.

Cependant, il est clair que le roi et le pape sont loin d’être favorable à l’indépendance que Grossetête souhaite donner à l’Église d’Angleterre. En 1250, il rentre en conflit direct avec la curie au sujet de la gestion des finances et, dans une lettre envoyée au pape Innocent IV, la rend responsable de tous les maux de l’Église. Cette lettre n’a aucun effet et si Grossetête échappe aux sanctions pour son audace, ce n’est que parce que les Cardinaux le jugent trop influent. Déçu, il songe même à démissionner.

Reprenant cependant la lutte, il s’insurge à nouveau en 1251 quand un mandat papal enjoint à l’Église d’Angleterre de donner au roi Henri III le dixième de ses revenus pour financer une croisade. Il attire l’attention sur la somme annuelle de 70 000 marks réclamée à l’Église d’Angleterre par les étrangers sélectionnés à Rome. En 1253, il refuse à un neveu du pape une place dans son diocèse.

Dans ses lettres au pape et aux représentants du roi, se dessinent les principes d’une église indépendante : l’obéissance au Pape n’est obligatoire que si ses ordres sont conformes à l’enseignement du Christ et des apôtres. Il compte parmi ses amis Simon V de Montfort.