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L’histoire pour le plaisir

Gilles Li Muisis

mercredi 13 juin 2012

Gilles Li Muisis (1272-1352)

Chroniqueur et poète wallon

Abbé de Saint-Martin à Tournai en 1331, il fréquenta l’université de Paris et devint intime de Dante. Il composa des poèmes religieux et moraux, plusieurs revues des "états", c’est à dire des conditions sociales, et une chronique en latin, qui témoignent d’un réalisme savoureux.

Il se signalera par des propos misogynes dans ses Annales où l’on peut lire : "Pleurer, parler, filer, femmes l’ont de nature" ou encore, " Assez plus que les femmes on doit hommes reprendre. Car ils doivent les femmes endoctriner et apprendre."

Dans sa chronique il évoqua la peste ou feu sacré ou il dénombrait, 25000 victimes alors que la ville ne devait pas en compter plus de 20000. Il évoque également la famine dans sa chronique comme dans cet extrait transposé en français contemporain : "La même année (1316), il y eut une telle pénurie de vin en France que l’on ne buvait à Tournai que des vins de Saint-Jean. Cette année-là aussi après la disparition du roi Louis, en raison des pluies torrentielles et du fait que les biens de la terre furent récoltés dans de mauvaises conditions et détruits en maints endroits, il se produisit une disette de blé et de sel telle que la rasière de sel était vendue 6 livres ; et la disette augmentait de jour en jour, vers le milieu l’année de 1316, la pénurie et la disette avaient augmenté et il y eut dans nos régions des intempéries et des désordres atmosphériques ; la rasière de blé se vendait 60 sous, la rasière d’avoine 27 sous, la rasière de pois 45 sous et encore à peine pouvait-on s’en procurer pour de l’argent. Et le peuple commença en bien des endroits à manger peu de pain, parce qu’il n’y en avait pas et beaucoup mélangeaient comme ils le pouvaient des fèves, de l’orge, des vesces et tous les grains qu’ils réussissaient à se procurer et ils en faisaient du pain qu’ils mangeaient. En raison des intempéries et de la famine intense, les corps commencèrent à s’affaiblir et les infirmités à se développer et il en résulta une mortalité si forte qu’aucun être alors vivant n’en avait jamais vu de semblable ou n’en avait entendu parler. Je certifie qu’à Tournai il mourait chaque jour tant de personnes, hommes et femmes, appartenant aux classes dirigeantes, moyennes et pauvres que l’air en était pour ainsi dire complètement corrompu et que les prêtres des paroisses ne savaient souvent de quel côté se tourner.

De pauvres mendiants mouraient en si grand nombre dans les rues, sur les fumiers et partout que les conseillers de la cité donnèrent l’ordre et confièrent le soin à certains de porter les corps pour les ensevelir en deçà de l’Escaut à Val de la Vigne et au-delà de l’Escaut dans un lieu appelé Folais, et pour chaque personne ensevelie un salaire déterminé était versé."