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L’histoire pour le plaisir

Pierre (curopalate)

dimanche 27 novembre 2022, par ljallamion

Pierre (curopalate) (mort en 602)

L'Empire Byzantin vers 550Frère de l’empereur Maurice et personnage important durant son règne. Il a notamment la dignité de curopalate [1].

Fils de Paulus (Paul) , un haut dignitaire byzantin [2], qui dirige notamment le Sénat byzantin. Il naît probablement en Cappadoce [3], comme son frère Maurice. Sous Tibère II, il accompagne Maurice voir Théodore de Sykéon , personnage religieux éminent de son temps.

Quand son frère arrive au pouvoir, il reçoit les propriétés de Marcellus, le frère de l’ancien empereur Justin II mais n’occupe pas de fonctions connues avant 593. A cette date, il succède à Priscus comme magister militum [4] pour la Thrace [5]. Priscus vient alors de désobéir à un ordre impérial d’hiverner au nord du Danube [6] et Maurice désire reprendre la main sur l’armée des Balkans, alors engagée dans une lutte âpre pour raffermir la souveraineté impériale sur la péninsule, face aux Avars [7] et aux Slaves [8]. Il ne rejoint effectivement son armée qu’au printemps 594 à Odessus [9]. Il rejoint ensuite Marcianopolis [10] et conduit ses hommes au-delà du Danube. Il est alors vaincu par les Slaves et Priscus est rappelé pour le remplacer.

Il redevient magister militum dans les Balkans [11] en 601, alors que Priscus vient de remporter plusieurs victoires notables contre les Avars. Il passe l’été à Palastolum avec son armée avant de se déplacer à Dardania pour barrer la route aux Avars. Au cours de l’été 602, il reçoit l’ordre de son frère de revenir sur le Danube pour prévenir une offensive des Avars. Il fait passer son armée au nord du fleuve et, dans le courant de l’automne, lui ordonne d’hiverner dans la région.

Rapidement, la grogne commence à monter parmi les soldats, à l’idée de passer l’hiver dans un territoire hostile. Déjà, en 593, Priscus avait refusé mais Pierre insiste, d’autant que son frère confirme l’ordre de demeurer au nord du fleuve. En outre, il demande aux hommes de vivre sur le pays, attestant des difficultés de l’Empire à assurer le ravitaillement de ses armées.

La réaction ne se fait pas attendre, d’autant qu’à la différence de Priscus, Pierre refuse obstinément de remettre en question les ordres impériaux. Les protestations virent à la rébellion et un centurion du nom de Phocas en prend la tête. Pierre s’enfuit pour Constantinople [12] prévenir son frère, qui est lui-même confronté à la colère grandissante de la population.

Rapidement, le pouvoir de Maurice s’effondre et l’empereur et sa famille doivent fuir, tandis que Phocas pénètre dans la cité impériale courant novembre et s’empare du trône.

Il capture Maurice et sa famille, qu’il fait exécuter, aux côtés d’autres dignitaires du régime déchu. Pierre fait partie des victimes et est exécuté à la fin novembre.

Il lui est attribué la construction d’une église à Constantinople, dédiée à la Théotokos [13]

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Michael Whitby, The Emperor Maurice and his historian : Theophylact Simocatta on Persian and Balkan warfare, Oxford, Oxford University Press, 1988, 388 p. (ISBN 0-19-822945-3)

Notes

[1] La dignité de curopalate fut d’abord une fonction de la cour impériale byzantine avant de devenir l’un des titres les plus prestigieux du 6ème au 12ème siècle. Réservée aux membres de la famille impériale et à divers rois et princes du Caucase, elle finit par se déprécier et être reléguée à la fin des listes de préséance avant de tomber en désuétude sous les Paléologues. L’épouse d’un curopalate portait le titre de kouropalatissa.

[2] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[3] La Cappadoce est une région historique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue.

[4] Le magister militum est un officier supérieur de l’armée romaine durant l’Antiquité tardive. Son nom est souvent traduit par « maître de la milice » ou « maître des milices ». À l’origine, on distinguait le magister peditum ou commandant de l’infanterie et le magister equitum ou commandant de la cavalerie. Les deux fonctions furent à l’occasion réunies et leur titulaire prit le titre de magister utriusque militiae. Le commandant des corps demeurant à la disposition de l’empereur près de la capitale fut appelé magister militum praesentales. En Orient, la fonction cessa d’exister avec la création des thèmes où le gouverneur (strategos), cumula les fonctions militaires et civiles.

[5] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[6] Le Danube est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen où le fleuve prend le nom de Danube. La longueur du Danube dépend du point de départ considéré : 2 852 km pour la confluence de Donaueschingen mais 3 019 km à partir de la source de la Breg. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale

[7] Les Avars ou Avares sont un peuple de cavaliers nomades dirigés par un Khâgan, parfois identifiés aux Ruanruan qui menaçaient la Chine au 3ème siècle. Ils seraient originaires de Mongolie, connu par les Chinois sous le nom de Ruanruan. Au 5ème siècle, leur khan Chö-louen fonde un empire nomade de la Corée à l’Irtych. En 546, leurs vassaux Tölech se révoltent. Bumin, chef des Tujue, réprime la rébellion et réclame en récompense la main d’une princesse ruanruan, ce qui lui est refusée. Vexé, il se décide à la révolte et envoie une ambassade en Chine auprès des Wei. Il s’allie avec eux et épouse une princesse Tabghatch en 551. En 552, le dernier khan ruanruan, encerclé se donne la mort. L’empire Avar s’effondre et est remplacé en Mongolie par celui des Köktürks, les survivants se réfugient à la frontière de la Chine où les Qi du Nord, successeurs des Wei, les établissent comme fédérés. Ceux qui se dirigent vers l’Europe sont connus sous le nom d’Avars, ils migrent vers l’ouest tout en poussant devant eux de petites peuplades turco-mongoles. Ils occupèrent la plaine hongroise au 7ème siècle. Puis, ils furent intégrés à l’empire.

[8] Les Slaves sont un groupe ethno-linguistique indo-européen qui parle les différentes langues slaves du groupe linguistique balto-slave plus large. Ils sont originaires d’Eurasie et s’étendent de l’Europe centrale, orientale et méridionale, au nord et à l’est jusqu’au nord-est de l’Europe, en Asie du Nord (Sibérie) et en Asie centrale (notamment le Kazakhstan et le Turkménistan), ainsi qu’historiquement en Europe occidentale (particulièrement en Allemagne de l’Est) et en Asie occidentale (y compris l’Anatolie). À partir du début du 6ème siècle, ils s’étendent pour habiter la plupart des pays d’Europe centrale, orientale et du sud-est.

[9] Varna est une ville de l’est de la Bulgarie, au bord de la mer Noire. C’est l’un des ports les plus importants de la mer Noire, prospère et industriel (chantiers navals, textile, alimentaire).

[10] Marcianopolis était une cité romaine située dans la province romaine de Mésie. Ses ruines se trouvent, aujourd’hui, sous le quartier de Réka Dévnya, situé à 2,55 km au nord-est du centre de la ville de Devnya (Bulgarie).

[11] Les Balkans sont une des trois « péninsules » de l’Europe du Sud, mais cette appellation traditionnelle est parfois contestée en l’absence d’un isthme : les géographes préfèrent le terme de « région ». Elle est bordée par des mers sur trois côtés : la mer Adriatique et la mer Ionienne à l’ouest, la mer Égée au sud et la mer de Marmara et la mer Noire à l’est. Au nord, on la délimite généralement par les cours du Danube, de la Save et de la Kupa. Cette région couvre une aire totale de plus de 550 000 km²

[12] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[13] Le titre de Théotokos ou de Mère de Dieu, attribué à Marie (mère de Jésus) (Vierge Marie), apparaît sous la plume d’Alexandre d’Alexandrie en 325, l’année du Premier concile de Nicée, avant celui définitif du concile d’Éphèse en 431. Dans l’Église latine, le titre de Mère de Dieu est parfois rendu par Deiparae Virginis Mariae issu de Deipara (qui a enfanté). La Solennité de la Sainte Marie Mère de Dieu est célébrée le 1er janvier dans le Calendrier liturgique romain (catholique).