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Al Hakim bi-Amr Allah dit Al-Hâkim

vendredi 1er octobre 2021, par ljallamion

Al Hakim bi-Amr Allah dit Al-Hâkim (985-1021)

Sixième calife fatimide

Né au Caire [1], petit-fils de Al-Muizz li-Dîn Allah , le fils de Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah , et d’al-Sayyida al-Azîziyya, sa mère, chrétienne.

Lorsque son père meurt à Bilbays le 14 octobre 996, il devient le sixième calife fatimide [2]. Il n’est alors âgé que de 11 ans. C’est pourquoi durant 4 années, de 996 à 1000, l’eunuque [3] Bardjawân assure la régence de la maison fatimide, avant d’être exécuté par Al-Hâkim.

À son accession au commandement suprême, le 14 octobre 996, al-Hâkim ne fut pas contesté, ce qui tend à montrer la stabilité de la dynastie fatimide à cette époque. Auparavant, en 993, il avait été proclamé walî al-ahd [4] par Al-azîz devant le grand-qâḍî [5] Muhammad al-Nu’mân et le chef des Kutâma [6], al-Hasan Ammâr.

Al-Hâkim entra au Caire au lendemain de la mort de son père, au cours d’une fastueuse cérémonie. Le jour d’après lui fut attribué le titre d’imâm [7] avec le laqab d’al-Hâkim bi-amr Allâh.

En 996, al-Hasan Ammâr, chef des Berbères Kutâma, allié historique du califat, fit savoir ses ambitions pour la direction du gouvernement et fut nommé wâsita [8]. Il mena une politique en faveur des Berbères négligeant Turcs, Daylamites [9] et Noirs. Pour asseoir son pouvoir, il fit exécuter un vizir d’al-Azîz, Isâ Nastûrus. L’eunuque slave Bardjawân, tuteur d’al-Hâkim, méfiant, s’allia avec le gouverneur de Damas [10], Mangûtekîn, pour défaire Ibn Ammâr, soupçonné d’intriguer contre le calife. Ils furent défaits une première fois devant Damas.

Une seconde alliance vint à bout du pouvoir d’Ibn Ammâr, disgracié, il fut assassiné par la suite. Début octobre 997, Bardjawân prit la charge de wâsita.

En trois années de régence Bardjawân dut juguler la progression byzantine en Syrie du Nord, mater une rébellion à Tyr [11], et mettre fin aux troubles ayant cours à Damas et à Barqa.

Cette régence permit des relations pacifiques entre Byzance [12] et al-Hâkim jusqu’en 1015.

Al-Hâkim fit assassiner Bardjawân en 1000 au cours d’une promenade avec lui. S’ensuivirent des troubles menés par les Turcs craignant une machination des Berbères [13]. Le calife [14] expliqua publiquement que la tutelle devenue pesante l’avait obligé à faire tuer Bardjawân pour gouverner seul. Par la même occasion, il fit renouveler les serments d’obéissance et d’assistance à ses sujets.

Après la mort de son tuteur, al-Hâkim régna en despote absolu, au gré de ses humeurs. Son règne est remarquable pour le nombre considérable d’exécutions capitales qu’il a commandé et d’actes de cruautés perpétrés par lui, pour la succession des soulèvements populaires, pour des excentricités interrogeant la possible folie du calife et, enfin, pour le développement d’un culte de son image, divinisée.

Al-Hâkim établit son pouvoir sur la force. Dès les premières années de son règne il prétendit mater tout ennemi intérieur du Califat et éradiquer toute menace politique. Il procédait ainsi régulièrement à des exécutions a priori injustifiées. Vizirs, hauts fonctionnaires ou simples sujets, tout le monde pouvait craindre cette sentence. La terreur s’imposait comme moyen de gouvernement.

Plusieurs rébellions font date. La plus importante fut celle d’Abû Rakwa Walîd Hishâm, prince umayyade [15]. Ce dernier s’allia les Berbères Zanâta et les partisans de Banû Ḳurra, opposés au calife. Il triompha, se présentant comme l’anti-calife à la fin de l’année 1004/1005.

Al-Hâkim unit les ghulâms [16] hamdânides [17] aux Bédouins tayyites de Mufarridj Dag̲hfal sous le commandement d’al-Faḍl Sâlih pour disposer d’une armée efficace lui obéissant.

Al-Faḍl Sâlih remporta la bataille d’Alexandrie sur Abû Rakwa au Fayyûm en août 1006. Abû Rakwa fut contraint de fuir vers la Nubie [18]. Il fut capturé puis livré par l’amîr [19] de Nubie et supplicié au Caire en mars 1007.

Ayant vaincu les insurgés, le calife se présenta sous un jour plus modeste, s’excusa publiquement pour le grand nombre des exécutions qu’il avait demandé, pour récupérer la confiance de ses garnisons.

Puis il commença par arpenter les ruelles d’al-Fustât [20] à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit en compagnie d’amis et de gardes. C’est pourquoi boutiques et maisons étaient toujours en effervescence. Le calife se délectait du spectacle de scènes de lutte entre des gens du peuple [21], bagarres qu’il pouvait initier lui-même et qui se transformait parfois en rixes meurtrières entre groupes rivaux. Il s’habitua à ce genre de pratiques après la disparition de son tuteur.

Le calife, malgré son image sulfureuse, apparaît également en philanthrope et en porteur de projets de grands travaux destinés à asseoir son pouvoir temporel. En 1005, Al-Hâkim fonda une maison de la sagesse, première Université musulmane : la Dar al-Hikma du Caire [22], munie d’une importante bibliothèque publique où l’astronomie, la philosophie étaient enseignées en sus des disciplines purement religieuses comme la connaissance des hadiths [23] et du Coran [24]. C’est là que les futurs missionnaires recevaient l’enseignement des doctrines ismaéliennes [25] qu’ils étaient ensuite chargés de répandre dans tout le monde musulman.

Il favorisa le développement des sciences et des lettres ; l’historien al-Musabbihî fut un de ses intimes ; l’astronome Alî ben Abd al-Rahmân composa pour lui son ouvrage al-Zidj al-kabîr. Il eut d’excellents rapports avec le médecin Ibn Muqashshir, sur les conseils duquel il revint à la consommation du vin qu’il avait restreinte en 1005.

C’est à al-Hâkim que le Caire doit la construction de la mosquée al-Râshîda, celle d’al-Maqs et l’achèvement de la mosquée dite d’al-Hâkim, commencée par al-Azîz.

Son règne ne semble pas avoir fondamentalement ébranlé la puissance fatimide puisqu’il conserve le vaste domaine califal qui, à son époque, n’avait encore rien perdu territorialement. Il participe même à l’expansion de l’empire fatimide en conquérant la Syrie [26] jusqu’à Alep [27].

Al-Hâkim eut à s’opposer aux qarmates [28] régnant à Bahreïn [29], au calife abbasside [30] de Bagdad [31], al-Qâdir bi-Amr Allah, lui qui en 1013, ordonna aux chiites duodécimains [32] de rédiger le Manifeste de Bagdad [33], aux Berbères à l’ouest et aux Turcs au nord. En plus de cela al-Hâkim avait des relations compliquées avec ses propres vizirs à l’intérieur* ( [34]). Pendant quelque temps, son autorité fut reconnue jusqu’à Mossoul [35] et à Alep.

Si al-Hâkim avait décrété dès 1004 l’obligation pour les chrétiens et les juifs de porter le zunnar [36] et le turban noir, et interdit la procession des Rameaux à Jérusalem [37] en 1007, c’est en 1008 que sa politique religieuse prit un tournant radical. Cette année-là, il confisqua les biens des églises et monastères d’Égypte.

L’année 1009 vît la destruction de nombreux monastères et églises : particulièrement le monastère de Qusayr, en Égypte et l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem [38]. La destruction de ce haut lieu de la chrétienté mit un terme aux relations pacifiques entre l’empire fatimide et l’empire byzantin [39], l’empereur Basile II interdisant en 1015 les relations commerciales avec l’Égypte et la Syrie. Les dhimmis [40] se virent obligés de porter le ghiyar [41] en sus du zunnar.

En 1010, les mesures contre l’ébriété furent renforcées, les lieux, encourageant l’ivresse, surveillés. Les chants et les jeux furent prohibés, l’accès aux bains interdit aux femmes.

En 1011, la quantité de raisin autorisée à la vente fut limitée à un peu plus de deux kilogrammes par transaction, puis la vente de raisin fut tout à fait interdite et de grandes quantités jetées dans le Nil. Les chrétiens n’eurent plus le droit de se rassembler pour la fête de la croix [42]. Les femmes furent privées du droit de sortir après la prière du soir.

En revanche, al-Hâkim permit en 1013 aux chrétiens et aux juifs d’émigrer en territoire grec avec tous les biens qu’ils pourraient emporter avec eux. En 1014, deux massacres eurent lieu à al-Fustât. Le calife ordonna le remplacement des fonctionnaires Chrétiens par des Musulmans. Ces mesures furent rendues encore plus sévères à la suite de suppliques chrétiennes, et un grand nombre de chrétiens furent contraints par la peur de se convertir à l’islam.

En ce qui concerne les mesures anti-sunnites et spécifiquement chiites, elles se heurtèrent à une vive résistance de la population égyptienne en majorité sunnite, et furent, soit pour cette raison, soit par accès de libéralisme, parfois repportées. Les prières sunnites furent régulièrement interdites, mais le calife revint toujours sur ces décisions. Al-Hâkim décréta en 1005 l’anathème contre les Compagnons du prophète. Cette mesure fut si impopulaire qu’il la supprima 2 ans plus tard. Les mesures de rigueur contre les Sunnites provoquèrent un grand zèle pour le chiisme, et on se pressa aux conférences que faisait au palais le grand cadi, au point que des gens périrent étouffés.

Ces mesures peuvent s’expliquer par un zèle religieux de la part du calife. Il aurait interprété à la lettre le Coran [43], tout cela dans un but de moralisation de la société.

Les vexations à l’égard des sunnites peuvent s’interpréter comme une politique visant à unifier l’islam derrière la bannière chiite.

Les années 1013 et 1014 marquent un tournant dans la pratique du pouvoir d’al-Hâkim. Il commença par interdire en 1012 qu’on se prosterne devant lui, qu’on l’appelle Notre Seigneur, qu’on fasse battre du tambour et sonner de la trompette autour du palais. Il fit montre d’abstinence sous tous les rapports, dans sa nourriture et dans les jouissances corporelles. Il laisse croître ses cheveux, se vêtit de vêtements grossiers en laine noire, il ne monta qu’à âne, et distribua de larges aumônes.

En 1013, après la proclamation de son cousin Abd al-Rahîm ben IIyâs comme héritier présomptif, il laissa à cet héritier le soin des affaires de l’État. Vers la fin de son règne, cette humilité et cet ascétisme ne firent que s’accentuer au point qu’il ne changeait plus de vêtements et prolongeait longtemps ses promenades pendant lesquelles il restait seul.

Al-Hâkim demeura mystérieux jusque dans la mort. Le 13 février 1021, il disparut au cours d’une promenade nocturne sur le Mont Muqattam [44]. Il s’éloigna des deux écuyers qui l’accompagnaient et qui avaient ordre de l’attendre. Ils ne le revirent plus et revinrent au palais le lendemain matin. On fit des recherches. 5 jours après, on retrouva ses vêtements percés de coups de poignard. Selon une version plausible, il aurait été assassiné à l’instigation de sa sœur Sitt al-Mulk , qui craignait pour sa vie. Plusieurs traditions circulèrent.

Après sa mort, certains de ses proches, regroupés autour d’un de ses vizirs, Muhammad al-Darazi , en firent une figure sacrée, le proclamant occulté, fondant ainsi la secte des Druzes en 1021.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de P. Sénac, Le monde musulman, des origines au XIe siècle, Paris, A. Colin, 2007/ le petit mourre édition Bordas 2004 p 612/613

Notes

[1] Le Caire est la capitale et la plus grande ville d’Égypte. C’est la plus grande ville du Moyen-Orient et la seconde d’Afrique derrière Lagos. Les Fatimides et leur troupes composées de Berbères kotamas d’Algérie fondent le noyau urbain actuel, alors nommé Al-Mansûriyyah, pour en faire leur nouvelle capitale. Située sur la route des épices entre l’Europe et l’Asie, la ville connaît une longue période de prospérité : vers 1340, la population du Caire atteint un demi-million d’habitants, ce qui en faisait déjà l’une des plus grandes villes du monde arabe.

[2] Les Fatimides (également appelés Obeydides ou Banu Ubayd depuis le manifeste de Bagdad ont formé une dynastie califale arabe chiite ismaélienne d’ascendance alide qui régna, depuis l’Ifriqiya (entre 909 et 969) puis depuis l’Égypte (entre 969 et 1171), sur un empire qui englobait une grande partie de l’Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient. Issus de la branche religieuse chiite des ismaéliens pour laquelle le calife doit être choisi parmi les descendants d’Ali, cousin et gendre du prophète de l’islam Mahomet, les Fatimides considèrent les Abbassides sunnites comme des usurpateurs de ce titre. L’établissement de leur califat débute au Maghreb, grâce à l’appui des Berbères Kutama, grande tribu qui était établie à l’est de l’actuelle Algérie qui vont renverser le pouvoir local aghlabide. Après un intermède en Ifriqiya, ils finiront par s’établir dans la ville du Caire qui pendant leur règne prendra un essor considérable.

[3] Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l’ablation des testicules mais il arrive qu’elle concerne également le pénis, connue alors sous le nom de pénectomie. Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu’à la dynastie Sui) et un moyen d’obtenir un emploi dans le service impérial. À la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques dans la Cité interdite. La valeur d’un tel poste était importante car elle pouvait permettre d’obtenir un pouvoir immense qui dépassait parfois celui du premier ministre. Cependant, la castration par elle-même fut finalement interdite. Le nombre d’eunuques n’était plus estimé qu’à 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang était la suivante : puisqu’ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie. À certaines périodes, un système similaire a existé au Viêt Nam, en Inde, en Corée et dans d’autres contrées du monde.

[4] héritier présomptif

[5] Cadi suprême, ou Cadi des cadis

[6] Les Kutamas, ou Ketamas, sont une tribu berbère originaire de l’actuel Nord-Constantinois et la Petite Kabylie, en Algérie. Ils sont attestés historiquement dès le début du 2ème siècle par le géographe grec Ptolémée. Au 3ème siècle, ils sont classés dans la confédération des Bavares qui se soulève contre l’Empire romain. Ils sont principalement connus pour avoir été les fondateurs du califat fatimide (909-1171), qui renversa les Aghlabides qui contrôlaient alors l’Ifriqiya (actuelle Tunisie), et conquis ensuite l’actuelle Égypte et le sud du Levant en 969-975.

[7] Un imam est une personne qui dirige la prière en commun. C’est de préférence une personne qui doit être instruite en ce qui concerne les rites et la pratique au quotidien de l’islam. Pour les chiites, tenant d’une tradition cléricale de l’islam, l’imam est le guide spirituel et temporel de la communauté islamique. Chez les duodécimains, ils portent souvent le titre de mollah ou d’ayatollah et, de ce fait, celui d’imam est plus usité dans le sunnisme. Dans les autres communautés chiites, l’imam est le seul guide. Dans le cadre du sunnisme, on peut comparer la fonction d’imam à celle du pasteur ou de prédicateur protestant. En effet, l’imam ne fait pas partie d’une structure hiérarchique : il est désigné par la communauté elle-même et ne prétend à aucun lien privilégié avec Dieu. Il peut être licencié s’il n’accomplit pas sa mission.

[8] charge d’intermédiaire entre le calife et le peuple, plus modeste que celle de vizir

[9] Les Daylamites ou Dailamites était un peuple iranien habitant le Daylam, région montagneuse du nord de l’Iran actuel, au sud de la mer Caspienne. Sous l’empire Sassanides, ils étaient souvent employés comme soldats, ils ont longtemps résisté à la conquête musulmane de la Perse. Dans les années 930, les Daylamites de la dynastie Bouyides ont contrôlé la plus grande partie de l’Iran d’aujourd’hui, ceci jusqu’à la conquête Seldjoukides à la fin du 11ème siècle.

[10] Damas est l’une des plus anciennes villes continuellement habitées. Elle est aussi la ville la plus peuplée de la grande Syrie (Assyrie) (des traces archéologiques remontent au 4ème millénaire av. jc). Elle est citée dans la Bible, dans le livre de la Genèse, et plusieurs fois dans les Livres des Rois et des Prophètes. Damas connut l’influence de nombreuses civilisations dont celles des Assyriens, Perses, Grecs, Séleucides, Romains, Arabes et Turcs. De la fin du 12ème siècle av. jc à 734 av. jc, elle est la capitale du royaume d’Aram-Damas. Elle fut l’un des berceaux du christianisme et vit saint Paul prononcer ses premières prédications, notamment dans la maison d’Ananie, où celui-ci a ouvert une église domestique dès l’année 37. Cette dernière est la plus vieille de Syrie (aujourd’hui dans le quartier chrétien de Bab Touma). En 635, Damas se soumit aux musulmans et devint la capitale de la dynastie des Omeyyades de 661 à 750. Avec l’adoption de la langue arabe, elle devint le centre culturel et administratif de l’empire musulman durant près d’un siècle. Par la suite, elle demeura un foyer culturel majeur et un pôle économique de premier plan profitant de sa situation géographique privilégiée, à la croisée des chemins de La Mecque, l’Afrique, l’Anatolie, la mer Méditerranée et l’Asie (route de la soie en direction de la Chine et du commerce des épices avec l’Inde).

[11] Tyr se situe dans la Phénicie méridionale, à un peu plus de 70 km au sud de Beyrouth et à 35 km au sud de Sidon, presque à mi-chemin entre Sidon au nord et Acre au sud, et à quelques kilomètres au sud du Litani.

[12] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[13] Les Berbères sont les membres d’un groupe ethnique autochtone d’Afrique du Nord. Connus dans l’Antiquité sous le nom de Libyens, les Berbères ont porté différents noms durant l’histoire, tels que Mazices, Maures, Numides, Gétules, Garamantes et autres. Ils sont répartis dans une zone s’étendant de l’océan Atlantique à l’oasis de Siwa en Égypte, et de la mer Méditerranée au fleuve Niger en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, la majeure partie des Berbères vit en Afrique du Nord : on les retrouve au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Niger, au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso, en Égypte, mais aussi aux Îles Canaries. De grandes diasporas vivent en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, au Canada et dans d’autres pays d’Europe

[14] Le terme calife, est une romanisation de l’arabe khalîfa, littéralement « successeur » (sous-entendu du prophète), titre porté par les successeurs de Mahomet après sa mort en 632 et, pour les sunnites, jusqu’à l’abolition de cette fonction par Mustafa Kemal Atatürk en 1924. Les ibadites ne reconnaissent plus aucun calife depuis 657. L’autorité d’un calife s’étend sur un califat. Il porte aussi le titre de commandeur des croyants, titre aboli chez les chiites après la mort d’Ali. Les critères de choix sont différents entre les chiites et les sunnites mais le porteur du titre a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans.

[15] Les Omeyyades, ou Umayyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn Abd Shams, grand-oncle de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiyah ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier, Muʿāwiyah fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.

[16] Un ghulam était un esclave militaire. Le terme de mamlūk ou mamelouk en français moderne était également utilisé en arabe. Ce dernier terme s’imposera progressivement en Europe pour le remplacer complètement au 13ème siècle alors qu’ils prenaient le pouvoir en Égypte. En Perse, les ghulams désignaient des esclaves islamisés qui faisaient allégeance personnelle au chah perse.

[17] La dynastie hamdanide est une dynastie arabe d’émirs chiites (890-1004) originaires de la partie Est de la Djazira, qui règne sur un espace allant du nord de l’Irak à la Syrie. Les capitales de cet émirat sont Mossoul et Alep. La famille des hamdanides descend de ‘Adi b. Ousama b. Taghlib, membre de la tribu des Banu Taghlib. Cette dynastie apparaît dans un contexte d’affaiblissement du pouvoir central abbasside, qui voit dans cette période du 10ème siècle l’émancipation et l’affirmation de petites dynasties qui s’emparent des pouvoirs temporels et spirituels du califat à une échelle locale ou régionale. Les Hamdanides constituent une de ces dynasties autonomes gouvernées par des émirs.

[18] La Nubie est aujourd’hui une région du nord du Soudan et du sud de l’Égypte, longeant le Nil. Dans l’Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Le birgid, un dialecte particulier, était parlé jusqu’au début des années 1970 au nord du Nyala au Soudan, dans le Darfour. L’ancien nubien était utilisé dans la plupart des textes religieux entre les 8ème et 9ème siècles.

[19] Émir est un titre de noblesse utilisé dans le monde musulman. En arabe, amīr est celui qui donne des ordres, mot lui-même dérivé du verbe āmara (commander).

[20] Fostat, aussi appelée Fustat ou al-Fustat fut la première capitale arabe de l’Égypte. La ville fut fondée par le général Amru ben al-As à la suite de la conquête de l’Égypte par les Arabes en 641. C’est là que la première mosquée du pays et de l’Afrique fut bâtie. La ville-camp de Fostat est fondée sur l’emplacement d’une ancienne forteresse byzantine, appelée Babylone. Fostat était aux temps des dynasties omeyyades (661-750) et abbassides (750-1050) un camp fortifié, misr. Misr al-Fustat ou Fustat-Misr Elle connut son apogée au 12ème siècle. La ville était le centre du pouvoir administratif de l’Égypte jusqu’en 1168, lorsqu’elle fut incendiée par son propre vizir, Shawar, qui voulait empêcher les croisés de piller ses richesses. Ce qui subsistait de la ville fut alors incorporé au Caire voisin.

[21] musâra’a

[22] Dar Al-Hikma (Maison de la sagesse) était une ancienne université de l’époque du califat des Fatimides, située en Égypte. Cette Maison de la sagesse et du savoir fut construite en 1004 par le sixième calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah. Ce dernier a ordonné la construction d’une autre mosquée au Caire en plus de celle déjà existante, la Mosquée al-Azhar. Cette nouvelle mosquée prit le nom de Al-Hakim. Al-Hakim bi-Amr Allah fit construire en même temps une école coranique (halaqa) pour enseigner le coran. Dar Al-Hekma devient ainsi le centre fondamental de diffusion de la doctrine chiite. Dar al-Hikma fut une bibliothèque et une université, regroupant des savoirs antiques. Les plus grands savants y étaient invites a délivrer leurs enseignements Ceux-ci recouvrirent des domaines scientifiques en langue arabe, la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la médecine et l’astrologie...

[23] Un hadith ou hadîth est une communication orale du prophète de l’islam Mahomet et, par extension, un recueil qui comprend l’ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, précédées chacune d’une chaîne de transmetteurs remontant jusqu’à Mahomet. Considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour certains courants musulmans, ils sont aussi désignés sous le nom de « la tradition du Prophète ».

[24] Le Coran est le texte sacré de l’islam. Pour les musulmans, il reprend verbatim la parole de Dieu (Allah). Ce livre est à ce jour le premier et le plus ancien document littéraire authentique connu en arabe ; la tradition musulmane le présente comme le premier ouvrage en arabe

[25] L’ismaélisme est un courant minoritaire de l’islam chiite. Ses membres sont appelés ismaéliens. Son nom provient d’Ismaïl ben Jafar. L’ismaélisme n’est pas spécifiquement persan, ni arabe, ni indien ; il a une longue histoire qui est complexe et, loin d’être unifié, l’ismaélisme se subdivise en plusieurs rameaux (Mubârakiyya, Khattâbiyya, Qarmates, Druzes, Mustaliens, Nizârites, Septimain). Les adeptes de l’ismaélisme sont appelés ismaéliens ou ismaīlis ; il ne faut pas les confondre avec les ismaélites descendants d’Ismaël, prophète de l’islam et patriarche biblique.

[26] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[27] Alep est une ville de Syrie, chef-lieu du gouvernorat d’Alep, le gouvernorat de Syrie le plus peuplé, situé dans le Nord-Ouest du pays. Pendant des siècles, Alep a été la ville la plus grande de la région syrienne et la troisième plus grande ville de l’Empire ottoman

[28] Les Qarmates sont un courant dissident du chiisme ismaélien refusant de reconnaître le fatimide Ubayd Allah al-Mahdî comme imam, actifs surtout au 10ème siècle en Irak, Syrie, Palestine et dans la région de Bahreïn où ils fondèrent un état aux prétentions égalitaires mais néanmoins esclavagiste, qui contrôla pendant un siècle la côte d’Oman. Il y eut des Qarmates dans toutes les régions atteintes par les missions ismaélites : Yémen, Sind, Khorasan, Transoxiane. Ils entreprirent contre les Abbassides, puis contre les Fatimides, des excursions militaires (dont le sac de la Mecque et Médine en 930) qui leur valurent une réputation de guerriers cruels et sanguinaires

[29] Bahreïn ou le royaume de Bahreïn, est un petit État insulaire d’Arabie, situé près de la côte ouest du golfe Persique, au Moyen-Orient. L’île de Bahreïn, qui est reliée à l’Arabie saoudite par la chaussée du roi Fahd vers l’ouest, constitue l’essentiel de son territoire. L’Iran se situe à environ 200 kilomètres au nord et le golfe de Bahreïn sépare l’île de la péninsule du Qatar au sud-est. Bahreïn a été l’un des lieux emblématiques de la civilisation antique de Dilmun, avant de tomber sous les dominations successives des empires parthe et sassanide. La région est convertie à l’islam en 628, ce qui en fait l’un des premiers pays musulmans. Après une période de domination par les Arabes, Bahreïn est occupé par les Portugais en 1521, avant d’être conquise par le Chah Abbas 1er de l’Empire perse des Séfévides en 1602. En 1783, la tribu arabe Bani Utbah, venue du centre de la péninsule Arabique, s’empare de l’île et le pays est depuis dirigé par la famille royale Al Khalifa.

[30] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[31] Bagdad ou Baghdad est la capitale de l’Irak et de la province de Bagdad. Elle est située au centre-Est du pays et est traversée par le Tigre. Madīnat as-Salām fut fondée ex nihilo au 8ème siècle, en 762, par le calife abbasside Abou-Djaafar Al-Mansur et construite en quatre ans par 100 000 ouvriers. Selon les historiens arabes, il existait à son emplacement plusieurs villages pré-islamiques, dont l’un s’appelait Bagdad.

[32] Le chiisme duodécimain désigne le groupe des chiites qui croient dans l’existence des douze imams. 90 % des chiites sont duodécimains et ils sont majoritaires parmi les écoles de la pensée chiite. Ils sont majoritaires en Azerbaïdjan, à Bahreïn, en Iran, en Irak, et constituent la communauté musulmane majoritaire au Liban.

[33] un document proclamant qu’Al-Hâkim n’était pas un descendant de Alî

[34] au cours des vingt dernières années du règne d’al-Hâkim, quinze vizirs se sont succédé

[35] Mossoul est une ville du nord de l’Irak, chef-lieu de la province de Ninive, en Haute mésopotamie. Appartenant de jure à l’Irak, Mossoul est située sur les ruines de Ninive. C’est la ville qui lui a succédé comme métropole régionale à l’époque chrétienne. Elle est alors d’obédience nestorienne et abrite les tombes de plusieurs évangélisateurs. Prise en 641 par les Arabes, elle devient le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse. C’est à cette époque qu’elle devient réputée pour ses tissus fins de coton, les mousselines, ainsi que pour son marbre. Au 10ème siècle, l’émirat de Mossoul acquiert une quasi-indépendance avant de devenir au 11ème siècle la capitale d’un État seldjoukide. Au 13ème siècle, elle est conquise et pillée par les Mongols. En 1262, elle passe sous domination perse, puis ottomane.

[36] ceinture reconnaissable

[37] Ville du Proche-Orient que les Israéliens ont érigée en capitale, que les Palestiniens souhaiteraient comme capitale et qui tient une place centrale dans les religions juive, chrétienne et musulmane. La ville s’étend sur 125,1 km². En 130, l’empereur romain Hadrien change le nom de Jérusalem en « AElia Capitolina », (Aelius, nom de famille d’Hadrien ; Capitolina, en hommage au dieu de Rome, Jupiter capitolin) et il refonde la ville. Devenue païenne, elle est la seule agglomération de la Palestine à être interdite aux Juifs jusqu’en 638. Durant plusieurs siècles, elle est simplement appelée Aelia, jusqu’en 325 où Constantin lui redonne son nom. Après la conquête musulmane du calife Omar en 638, elle devient Iliya en arabe, ou Bayt al-Maqdis (« Maison du Sanctuaire »), équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash (« Maison sainte »), tous deux désignant le Temple de Jérusalem, ou le lieu du voyage et d’ascension de Mahomet, al-Aqsa, où se situait auparavant le temple juif

[38] L’église du Saint-Sépulcre ou basilique du Saint-Sépulcre, également appelée basilique de la Résurrection est une église chrétienne située dans le quartier chrétien de la Vieille ville de Jérusalem. Cette basilique est vénérée par les Catholiques romains et les orthodoxes qui y vont en pèlerinage depuis le 4ème siècle. Il s’agit d’un sanctuaire englobant selon la tradition le lieu de la crucifixion (le Golgotha), ainsi que la grotte où le corps du Christ fut déposé après sa mort (le Saint-Sépulcre ou tombeau de Jésus). Par inférence, c’est là qu’aurait eu lieu la résurrection. Enjeu symbolique fort, l’église accueille les cultes de plusieurs confessions chrétiennes différentes. Toutes ces communautés y sont protégées par le statu quo sur les lieux saints. Elle est également un des sièges du patriarcat arménien et orthodoxe de Jérusalem.

[39] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[40] Un dhimmi est, suivant le droit musulman, un citoyen non-musulman d’un État musulman, lié à celui-ci par un « pacte » de protection. Le terme dhimmi s’applique essentiellement aux gens du Livre, qui, dans le champ de la gouvernance islamique, moyennant l’acquittement d’un impôt de capitation (jizya), d’un impôt foncier (kharâj), d’une certaine incapacité juridique et du respect de certaines obligations discriminantes édictées dans un « pacte » conclu avec les autorités, se voient accorder une liberté de culte restreinte, certains droits ainsi que la garantie de sécurité pour leur personne et leurs biens. Le terme dhimma désigne ce régime juridique auquel sont soumis les dhimmis et l’expression Ahl adh-dhimma désigne la communauté des dhimmis auxquels l’ensemble de ces règles sera appliqué de façon plus ou moins stricte à travers l’histoire, selon les périodes et les lieux dans le monde arabo-musulman.

[41] insigne, morceau de tissu coloré distinguant les gens du Livre des musulmans

[42] la fête la plus significative de la liturgie

[43] donnant lieu aux mesures interdisant aux femmes de sortir de chez elles par exemple, et à l’interdiction complète de l’alcool

[44] Le Mokattam, également connu sous le nom de montagne Mukattam, est le nom d’une chaîne de collines, situé dans le sud du Caire en Egypte.