Bienvenu sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 6ème siècle > Damien d’Alexandrie ou Damien le Syrien

Damien d’Alexandrie ou Damien le Syrien

mardi 17 novembre 2020, par ljallamion

Damien d’Alexandrie ou Damien le Syrien

35ème patriarche d’Alexandrie de 578 au 12 juin 607

Dans l’Histoire des patriarches de l’Église d’Alexandrie [1], il est indiqué qu’après la mort de Théodose d’Alexandrie en résidence surveillée à Constantinople [2] en 566/567, le diacre [3] Pierre fut élu comme patriarche Pierre IV et resta en fonction 2 ans, avant d’être remplacé par son secrétaire Damien. En fait, Pierre IV fut élu vers 576, et Damien en 578.   Celui-ci était d’origine syrienne, et son frère fut gouverneur d’Édesse [4]. Il vint en Égypte se faire moine dans le Ouadi Natroun [5] et y resta 16 ans. Il fut ordonné diacre dans le monastère Saint-Jean-le-Nain.   Ensuite il fit partie du Monastère des Pères, dans le village monastique de l’Énaton [6], où résidaient alors les patriarches monophysites [7], interdits de séjour dans la ville d’Alexandrie [8]. Il fut donc choisi comme secrétaire par Pierre IV et lui succéda.   Pierre IV avait excommunié non seulement Théodore, mais Paul le Noir , qui vers 577 quitta définitivement la Syrie pour s’installer à Constantinople où il mourut vers 581. Damien adressa sa lettre synodique à Jacques Baradée , l’organisateur de l’Église syrienne monophysite [9], évêque d’Édesse pour cette Église, mais celui-ci mourut le 30 juillet 578, dans un monastère situé sur la frontière égyptienne alors qu’il se rendait à Alexandrie. Le nouveau patriarche décida alors de se rendre à Antioche [10] pour organiser l’élection d’un primat syrien uni à l’Église monophysite d’Égypte.   Même s’il ne put rallier tous les évêques syriens se réclamant du monophysisme, certains soutenant Paul le Noir, il réunit assez d’appuis pour convoquer un synode et organiser le sacre d’un patriarche. Mais avant que celui-ci puisse avoir lieu, le patriarche melkite [11] Grégoire 1er en fut averti et fit encercler l’église où il se trouvait. Damien et ses collègues évêques durent s’enfuir par les égouts.   Il se rendit alors à Constantinople, où il consacra plusieurs évêques et rencontra l’émir des Ghassanides [12] al-Mundhir, qui après son départ organisa dans la capitale un synode pour réconcilier la faction de Paul le Noir et celle de Jacques Baradée en février 580. Malgré cette négociation, Damien, de retour à Alexandrie, consacra lui-même comme patriarche d’Antioche [13], alors que Paul le Noir était toujours en vie, Pierre de Callinicum en 581.   Les deux prélats entrèrent pourtant rapidement en conflit : Damien composa un traité pour condamner le trithéisme [14] ; Pierre ne fut pas satisfait de son argumentation, où il vit une résurgence du sabellianisme [15], insistait sur l’unité de la nature divine, disant que le Père est un, le Fils un autre, et le Saint-Esprit un autre, mais aucun n’est Dieu par lui seul : ils possèdent la nature divine en commun, et chacun est Dieu en tant qu’il y participe.   Certains critiques accusèrent Damien de tétrathéisme [16]. Toujours est-il que cette querelle provoqua entre les Églises monophysites de Syrie et d’Égypte un schisme qui dura plus de 30 ans, jusqu’après la mort de Damien.   Damien eut également fort à faire pour réaliser l’unité des monophysites en Égypte même, où ils étaient très divisés. Il dut combattre notamment l’aphthartodocétisme [17], la doctrine des agnoètes [18], les acéphales [19], sans compter, bien sûr, les partisans du concile de Chalcédoine [20].   Une hérésie importante contre laquelle il eut à lutter est celle de Mélétios d’Assiout [21]. D’autre part, Damien s’en prit à un certain Étienne (Stéphanos), sophiste [22] à Alexandrie [23], accusé d’hérésie, et en qui certains voient Étienne d’Alexandrie.   Après sa mort, son secrétaire Jean, également Syrien et ancien moine du monastère de Kennesrin [24], défendit son héritage et s’opposa notamment à la réconciliation avec l’Église syrienne jacobite [25], conclue en 616 entre les patriarches Anastase d’Alexandrie et Athanase 1er d’Antioche. Jean fonda alors une Église dissidente appelée Église damianite.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Damien d’Alexandrie/ Portail des chrétiens d’Orient/ Catégories : Patriarche copte orthodoxe d’Alexandrie

Notes

[1] L’Histoire des patriarches de l’Église d’Alexandrie, en fait à l’origine Biographies de la Sainte Église (Siyar al-Bī’ah al-Muqaddasah), est un ouvrage historiographique majeur de la tradition de l’Église copte. Il s’agit de l’équivalent pour le patriarcat copte de ce qu’est le Liber Pontificalis pour la papauté romaine : un recueil des biographies de tous les patriarches successifs, rédigées, puis compilées, à différentes époques. Ces biographies sont toutes en arabe. Le recueil nous est parvenu dans deux recensions divergentes, l’une désignée par les spécialistes comme « recension primitive », l’autre comme « vulgate ». La tradition d’ajouter des biographies au recueil a été poursuivie jusqu’au 20ème siècle.

[2] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[3] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[4] Şanlıurfa souvent appelée simplement Urfa est une ville du sud-est de la Turquie. Elle fut d’abord nommée Urhai puis Édesse (ou Édessa), puis Urfa et aujourd’hui Şanlıurfa ou Riha en kurde. Le nom antique d’Édesse est Osroé, qui provient peut-être du nom du satrape Osroès qui gouverna la région. Selon la légende, Adam et Ève séjournèrent dans la cité, qui serait la ville natale d’Abraham et qui abriterait la tombe de sa femme Sarah.

[5] Le ouadi Natroun ou Wadi el Natrun, connu sous le nom de désert de Scété dans l’histoire chrétienne, est une vallée aride située dans le désert occidental de l’Égypte, à environ 75 km au nord-ouest du Caire et 80 km au sud-est d’Alexandrie.

[6] Le monastère de l’Énaton (dit aussi laure de l’Énaton), appelé en arabe Dayr al-Zugâg (Couvent du Verre) ou Dayr al-Zaggâg (Couvent du Verrier), est un ancien établissement monastique chrétien situé près d’Alexandrie, en Égypte, en ruine depuis la fin du Moyen Âge.

[7] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[8] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[9] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Elle tire son surnom de « jacobite » du nom d’un de ses fondateurs, Jacques Baradée. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[10] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay.

[11] Melchite, ou Melkite, est une appellation donnée par les Syriaques jacobites et les Coptes à ceux qui partagent les idées du Concile de Chalcédoine. Le terme qui vient de malka, « empereur » ou « roi » en araméen, cognat de melch ou melech en hébreu et malik en arabe, soulignait ainsi leur soutien aux positions christologiques de l’empereur de Constantinople (le melech gréco-romain). Considérés comme des partisans de l’Empire byzantin, ils furent regardés avec suspicion par les conquérants perses puis arabes.

[12] Les Ghassanides sont une tribu arabe chrétienne qui a fondé un royaume arabe pré-islamique dans la Jordanie actuelle. Ils adoptèrent le christianisme monophysite probablement sous l’influence de leur environnement araméen (Ils faisaient partie de l’Église syriaque orthodoxe). Ils furent longtemps des vassaux de l’empire byzantin et contribuèrent à contenir les Perses sassanides hors des frontières de l’empire. Un autre royaume arabe rival, vassal de la Perse, s’était établi dans le sud de l’Irak (le royaume des Lakhmides).

[13] Le titre de « patriarche d’Antioche » est traditionnellement porté par l’évêque d’Antioche (dans l’actuelle Turquie). L’Église d’Antioche est l’une des plus anciennes de la chrétienté, son institution remontant à l’apôtre Pierre. Aujourd’hui, pas moins de cinq chefs d’Église, dont trois catholiques, portent le titre de « patriarche d’Antioche ». Aucun d’entre eux ne réside à Antioche / Antakya depuis la présence musulmane majoritaire en Turquie.

[14] la doctrine professée à partir de 557 par le prêtre syrien Jean Asqunagès et qui avait été adoptée par une partie des monophysites

[15] La doctrine damianite, comme elle fut qualifiée par ses adversaires

[16] car selon eux il ajoutait aux trois personnes la nature divine indivise

[17] le courant « julianiste » opposé au courant « sévérien » qu’il représentait

[18] disciples du diacre Thémistios d’Alexandrie, condamnés aussi à la même époque par le pape Grégoire le Grand

[19] qui à son époque constituèrent une hiérarchie parallèle dirigée par un évêque nommé Barsanuphi

[20] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).

[21] les mélétiens buvaient plusieurs fois dans le calice avant de venir à l’église

[22] c’est-à-dire professeur

[23] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[24] Le monastère syriaque de Kennesrin (le « nid d’aigle »), parfois nommé monastère de Beith-Aphthonia, est situé en Syrie, près d’Europos (site de Karkemish), à l’Est de l’Euphrate. Le monastère fut fondé par Jean bar Aphthonia vers 530 quand il fut chassé du monastère de Saint-Thomas à Séleucie de Piérie pour son opposition au concile de Chalcédoine. Ce monastère devint un foyer de culture grecque et syriaque, où enseigna Sévère Sebôkht (mort en 667), où se formèrent des théologiens, comme Thomas d’Héraclée et Jacques d’Édesse (633-708), et d’où sortirent plusieurs patriarches de l’Église non-chalcédonienne d’Antioche, tels qu’Athanase II (683-686) et Dionysius Ier de Tel Mahre (817-845), et aussi Georges, évêque des Arabes (m. 725). Il fut en activité jusqu’au 13ème siècle.

[25] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Le chef de l’Église, porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avec résidence à Damas. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de Patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.