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Bardas Phocas dit le Jeune

vendredi 28 décembre 2018, par ljallamion

Bardas Phocas dit le Jeune (mort en 989)

Général byzantin

Affrontement des armées des généraux rebelles byzantins Bardas Skleros et Bardas Phokas en 978/979, (source : Chronique de Jean Skylitzes)Membre de l’une des plus grandes familles de Constantinople, il fut un général byzantin qui prit part à trois révoltes, l’une en appui à la dynastie macédonienne, les deux autres contre elle.

Dans la première, il défendit les intérêts de sa famille contre l’usurpation de Jean Tzimiscès . Dans la seconde, il défendit le jeune empereur Basile II contre Bardas Sklèros , usurpateur potentiel, enfin, il se retourna contre Basile II qui entendait affirmer son autorité sur l’armée.

Fils de Léon Phocas qui portait le titre de curopalate [1] et était le frère de l’empereur Nicéphore II Phocas .

Dès son plus jeune âge, il se tailla une réputation enviable pour sa connaissance de l’art de la guerre. Il s’illustra entre autres en envahissant ce qui restait de l’Arménie arabe et en détruisant sa capitale, Manzikert [2].

L’année suivante, en 970, lorsque Nicéphore fut assassiné par son épouse Théophano Anastaso et son amant, Jean 1er Tzimiscès, Phocas et sa famille se rebellèrent contre le nouvel empereur, qui était également leur cousin.

Bardas fut proclamé empereur par les troupes stationnées à Césarée, le fief de la famille Phocas, mais sa rébellion fut rapidement maîtrisée par un autre commandant de grande réputation, Bardas Skléros, beau-frère de Jean Tzimiscès, membre de l’une des plus anciennes et des plus riches familles byzantines qui avait exercé la fonction de domestique d’Orient*. Phocas et les siens furent capturés et exilés sur l’île de Chios* où ils passèrent les 7 années suivantes.

À la mort de Jean Tzimiscès , il semblait dans cette époque de pronunciamientos militaires que son beau-frère, Bardas Skléros , hériterait du trône. Toutefois, avec l’appui de leur grand-oncle, l’eunuque Basile Lékapène , les fils de Romain II , Basile II coempereur en 960 alors âgé de 18 ans et Constantin VIII âgé de 16 ans furent proclamés empereurs.

Mais si Constantin était un jouisseur qui n’aspirait guère à gouverner, son frère aîné était doué d’un caractère énergique à qui il tardait de se débarrasser de la tutelle du parakimomène [3] Basile. C’est du reste contre lui plus que contre les héritiers du trône que Bardas Skléros se rebella en 976.

Après s’être emparé pratiquement de toute l’Asie Mineure [4], il s’approcha de Constantinople en 978. Basile Lékapène fit alors appel à Bardas qui fut libéré de prison et envoyé dans sa Cappadoce [5] natale, fief des Phocas, pour soulever l’aristocratie locale. Évitant d’engager le combat près de Constantinople, Phocas parvint à attirer Skléros vers Césarée de Cappadoce [6], la citadelle des Phocas. Si Skléros gagna les premières batailles, il fut défait par Phocas lors d’un combat singulier le 24 mai 979 dans la plaine de Pankaleia [7]. Skléros dut s’enfuir à la cour des califes.

Bardas Phocas fut récompensé de ses services et nommé au poste prestigieux de domestique des Scholes [8]. Il se mit immédiatement en frais de prendre charge des armées byzantines pour aller reconquérir Alep [9] alors aux mains des Sarrasins. Après quoi, aux dires de Psellos : on lui accorda le privilège du triomphe et il put prendre place parmi les amis personnels du souverain

Basile II ne pouvait supporter plus longtemps la tutelle de son grand-oncle. Il était déterminé à prendre personnellement le contrôle de l’armée, ce qui alarma rapidement à la fois Basile Lékapène et Bardas Phocas. Le premier fut envoyé en exil en 986, alors que Bardas Phocas se vit retirer le commandement des armées pour devenir duc d’Antioche [10], poste qui le retiendrait loin de Constantinople.

Encouragés par l’échec de l’empereur dans sa lutte contre Samuel de Bulgarie , Phocas et Skléros entamèrent en 987 des négociations secrètes, s’entendant sur un partage éventuel de l’empire. Skléros se verrait attribuer des pouvoirs extraordinaires en Syrie byzantine et en Mésopotamie, alors que Phocas se verrait reconnu empereur. Ce sur quoi, Bardas Phocas fut à nouveau acclamé empereur par ses troupes le 15 août 987.

C’était un marché de dupes, car l’Asie Mineure appartenait déjà à Phocas. Peu après la conclusion de l’entente, Phocas, qui avait été entre-temps nommé domestique d’Orient, fit emprisonner Skléros et demeura seul prétendant.

Il s’approcha alors de Constantinople, préparant une attaque à la fois par terre et par mer. Basile II, dont la situation était presque désespérée, fit alors appel à son beau-frère Vladimir, prince de Kiev [11], lequel, au printemps de 988 lui envoya une troupe de 6 000 Varègues [12] qui remportèrent une victoire éclatante devant Chrysopolis [13].

La bataille finale eut lieu à Abydos [14], le 13 avril 989. Les deux armées se faisaient face ; Phokas galopa vers l’avant, cherchant manifestement à attirer l’empereur qui chevauchait devant ses troupes dans un combat singulier. Alors que les deux hommes étaient tout près, Phocas fit sans doute un arrêt cardiaque, tomba de cheval et mourut. La rébellion se terminait et un ultime soulèvement de Bardas Skléros se termina par un arrangement à l’amiable et la soumission de l’usurpateur.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Bardas Phokas the Younger »

Notes

[1] La dignité de curopalate fut d’abord une fonction de la cour impériale byzantine avant de devenir l’un des titres les plus prestigieux du 6ème au 12ème siècle. Réservée aux membres de la famille impériale et à divers rois et princes du Caucase, elle finit par se déprécier et être reléguée à la fin des listes de préséance avant de tomber en désuétude sous les Paléologues. L’épouse d’un curopalate portait le titre de kouropalatissa.

[2] Malazgirt (en arménien Manzikert) est une ville de la province de Muş, en Turquie orientale. La ville était un important centre commercial de l’ancien royaume d’Arménie, puis de l’empire byzantin. C’est en août 1071 qu’a lieu à proximité de la cité la bataille de Manzikert, entre les Seldjoukides et les Byzantins. Cette bataille se solde par une lourde défaite de ces derniers, dont l’empereur Romain Diogène est capturé par le sultan Alp Arslan, et ouvre à terme les portes de l’Anatolie aux Turcs.

[3] Parakimomène était un titre porté par un haut dignitaire du palais des empereurs byzantins. Il était conféré par édit impérial, c’est-à-dire que le titulaire était révocable au gré du souverain. C’était l’une des dix charges palatiales « par édit », et la plus haute, qui étaient tout spécialement réservées aux eunuques. Le parakimomène était le chef des eunuques affectés à la chambre de l’empereur. C’était un responsable chargé tout particulièrement d’assurer la protection du souverain pendant la nuit (portant d’ailleurs une arme), et en qui celui-ci devait avoir toute confiance. À partir du 9ème siècle, plusieurs titulaires de cette charge jouèrent un rôle politique de premier plan.

[4] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[5] La Cappadoce est une région historique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue.

[6] Kayseri est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom, située dans la région de Cappadoce au pied du mont Erciyes. La ville se situe à 320 km de la capitale Ankara et 770 km d’Istanbul. Elle est anciennement connue sous le nom de Césarée de Cappadoce ou Mazaca.

[7] La bataille de Pankalia (Pancalia) opposa l’armée restée fidèle à l’empereur Basile II, dirigée par Bardas Phocas le Jeune et les forces du général rebelle Bardas Sklèros, en 978 ou 979. Elle se termine par une défaite de ce dernier et à son exil. Les sources ne sont pas claires quant à la succession et à la localisation des événements. Ainsi, les premiers historiens comme Jean Skylitzès situe la bataille de Pankalia en mars 979 et la considère comme une victoire décisive pour les loyalistes. Aujourd’hui, les historiens suivent plutôt le récit de Léon le Diacre, qui place la bataille en juin 978.

[8] La fonction de domestique des Scholes est une fonction militaire élevée dans l’Empire byzantin, du 8ème au début du 14ème siècle. À l’origine simples commandants des Scholai, la plus élevée des tagmata d’élite, ces domestiques gagnent rapidement en importance : au milieu du 9ème siècle, ils deviennent les commandants en chef de l’armée byzantine, juste après l’empereur. La fonction est toutefois éclipsée au 12ème siècle par celle de grand domestique, et, à la période des Paléologue, elle est réduite à une dignité de cour purement honoraire et de niveau intermédiaire.

[9] Alep est la ville principale du nord-ouest de la Syrie, chef-lieu du gouvernorat du même nom. C’est une des plus anciennes villes habitées au monde : elle existe déjà à l’époque paléo-babylonienne (2004-1595 av. jc), sous le nom de Halab. En 738 av. jc, elle est rattachée à l’Assyrie sous le nom de Halman. Elle est conquise par Alexandre le Grand en 333 av. jc et passe ensuite aux Séleucides, qui la rebaptisent Beroia. Elle est ensuite occupée par les Romains en 65 av. jc. Sous les Omeyyades, la ville connaît une certaine stagnation. En 944 où elle devient la capitale des Hamdanides. C’est l’âge d’or d’Alep. L’émir Sayf al-Dawla en fait un prestigieux centre littéraire et le point chaud de la lutte entre les musulmans et les Byzantins. En 962, Alep est prise et incendiée par Nicéphore Phocas. La ville est reprise et reconstruite mais ne recouvre pas sa splendeur. Elle passe ensuite aux Fatimides puis aux Seldjoukides. Possession du sultanat de Roum, elle est conquise en 1086 par Tutuş, émir de Damas, qui se proclame ensuite sultan seldjoukide de Syrie. À sa mort, ses émirats sont partagés entre ses deux fils, qui se détestent. Il va s’ensuivre une rivalité entre les deux émirats qui va survivre longtemps à l’extinction de la descendance de Tutuş.

[10] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay.

[11] Le grand-prince de Kiev (parfois appelé grand-duc de Kiev) était le titre donné aux dirigeants de la ville de Kiev, dans la Rus’ de Kiev (Russie médiévale) entre le 9ème et le 13ème siècle.

[12] Varègues ou Varanges est le nom donné dans l’Empire byzantin et par les Slaves orientaux aux Vikings de Suède qui, entre le 9ème et le 11ème siècle, ont gouverné l’État médiéval de la Rus’ et, par la suite, forment la garde varègue des empereurs byzantins.

[13] Cette rive du Bosphore est anciennement connue sous les noms de Chrysopolis (« ville d’or ») dans l’antiquité et Scutari ou Shkoder à l’époque médiévale. Appartenant à la Bithynie, la cité est fondée au 7ème siècle dans une vallée donnant sur le Bosphore par des habitants de la cité de Chalcédoine peuplant les rives australes de la mer Noire.

[14] Abydos est une ancienne colonie milésienne située sur la rive asiatique de l’Hellespont, à son point le plus étroit, aujourd’hui Nagara-Bouroun. C’est là que Xerxès 1er franchit l’Hellespont, à l’aide d’un fameux pont de bateaux, pour passer en Europe en 480 av. jc. En 405 av. jc, Lysandre s’empare d’Abydos, ce qui est une étape décisive dans la campagne menant à la victoire d’Aigos-Potamos. Abydos opposa une vigoureuse résistance à Philippe V de Macédoine en 200 av. jc. Le 13 avril 989, selon le chroniqueur Yahyā d’Antioche, eut lieu à Abydos l’attaque conjointe des forces byzantines et rus’ contre le général byzantin révolté Bardas Phocas.