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Abdallah Ibn al-Muqaffa

vendredi 17 juin 2016

Abdallah Ibn al-Muqaffa (vers 720-756)

Secrétaire de l’administration omeyyade puis abbasside-Littérateur persan-Premier grand prosateur de langue arabe

Il naît à Gour [1], dans le Fars [2]. Il se convertit à l’islam à l’âge adulte et meurt à 35 ans à Basra [3], exécuté sur l’ordre du calife Al-Mansour .

Ibn al-Muqaffa est considéré comme le père de la littérature d’adab [4] et de la prose arabe. Il est aussi l’un des premiers traducteurs d’œuvres persanes et indiennes vers l’arabe. Ses principaux ouvrages sont “le Grand Adab (Al-Adab al-kabîr)”, premier essai de formulation explicite du concept d’adab, et “Kalîla wa Dimna”, traduction et adaptation des Fables de Bidpaï, dont l’introduction expose certains des traits caractéristiques de l’adab.

D’origine persane, son nom persan est Rûzbeh. En se convertissant à l’islam, il prit le nom d’Abdallah et la kunya de Abû Muhammad. Il naquit dans une noble famille persane manichéenne de la ville de Gour. La famille suivit son père, Dâdhuweh, qui s’installa à Basra à une époque indéterminée. Les sources indiquent que Dâdhuweh ne se convertit jamais à l’islam, mais qu’en revanche il apprit rapidement l’arabe et qu’il devint l’un des clients des Banu l-Ahtam de la tribu de Tamim [5]. Il intégra alors l’administration responsable du kharâj [6] dans l’Irak à l’époque d’ al-Hajjaj .

Ibn al-Muqaffa grandit donc sous la protection des Banu l-Ahtam à Basra, à l’époque où la ville devenait avec Kufa [7] le centre culturel de l’empire musulman. Les sciences auxiliaires [8] avaient commencé de se différencier, et de nombreux maîtres s’étaient établis à Basra, ce qui explique l’excellence de la formation qu’il reçut.

Les sources indiquent en effet qu’il était cultivé en arabe et en persan, et qu’il était d’une grande éloquence dans les deux langues, à l’oral comme à l’écrit

Certaines sources indiquent qu’Ibn al-Muqaffa assista très tôt son père dans ses fonctions administratives. Il occupa son premier poste de kâtib [9] à l’âge de 20 ans environ, dans le Kerman [10]. Il s’occupa alors de la correspondance officielle de gouverneurs et d’officiers omeyyades, notamment Omar Ibn Hubayra puis son frère, Daoud Ibn Hubayra.

Après la révolution abbasside, Ibn al-Muqaffa devint le kâtib de l’oncle du calife al-Mansour, Aïssa Ibn Ali, gouverneur de Basra. C’est à cette époque qu’il se convertit à l’islam.

Les sources officielles prétendent qu’Ibn al-Muqaffa fut condamné à mort en 756 pour hérésie. Mais d’autres soulignent que sa fin prématurée eut surtout des causes à la fois personnelles et politiques.

Ibn al-Muqaffa aurait été chargé par ses patrons de rédiger le texte de la grâce que le calife al-Mansour avait accordée à son frère, Abdallah Ibn Ali, qui s’était révolté. Le secrétaire aurait accompli cette tâche avec tant de zèle et en formulant des engagements si lourds que le calife était obligé de s’y tenir. Celui-ci aurait alors décidé de se débarrasser de ce secrétaire encombrant, et il chargea de l’exécution le gouverneur de Basra, Sufyan Ibn Mu’awiya al-Muhallabi, qui avait lui-même des griefs personnels contre Ibn al-Muqaffa.

Cette version de la mort d’Ibn al-Muqaffa est certes plus crédible que la version officielle de son hérésie, car elle met en relation sa condamnation avec le contexte politique de l’époque. Cependant, l’histoire de l’exécution du secrétaire, fondateur de l’adab, pour avoir "trop bien écrit" une lettre officielle, comprend une dimension hagiographique évidente, et en raison de laquelle on ne cesse de s’interroger sur les circonstances exactes de sa mort.

Mort à 36 ans, Ibn al-Muqaffa laissa derrière lui de nombreuses œuvres originales et des traductions qui devinrent rapidement des classiques de la littérature d’adab, et furent intégrés à la formation de base des secrétaires. Une partie seulement de son œuvre nous est parvenue. Certains ouvrages nous sont connus par des citations dans des ouvrages postérieurs.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Ibn al-Muqaffa/Portail du monde arabo-musulman/ Écrivain iranien

Notes

[1] actuelle Firuzabad

[2] Iran

[3] Bassora (ou Bassorah ou Basra) est la deuxième ville d’Irak, après Bagdad, la capitale. C’est la capitale de la province d’Al-Basra. Principal port du pays, la ville est située sur le Chatt-el-Arab, estuaire commun des fleuves Tigre et Euphrate, à 55 km en amont du golfe Persique et à 550 km de Bagdad.

[4] L’adab dans la littérature arabe classique est le concept qui définit à la fois l’éthique de l’homme de cour cultivé et la littérature en prose qui l’accompagne. Cette littérature englobe à l’origine le genre des rasâ’il (épîtres, genre épistolaire) et celui des nasâ’ih (conseils sur les usages avec les puissants). Formalisé au 8ème siècle par Ibn al-Muqaffa, le terme d’adab désigne donc tout d’abord un ensemble de valeurs définissant l’adîb (le "gentilhomme islamique") appelé à exercer de hautes fonctions administratives et à servir les puissants, ainsi que plusieurs genres littéraires qui permettront l’essor d’une littérature en prose. L’ adab est théorisé à nouveau par Jâhiz au 9ème siècle, qui lui donnera son orientation définitive.

[5] Banu Tamim est une tribu arabe principalement présente en Arabie saoudite. Avec une présence en Algérie, Tunisie et dans une moindre mesure en Libye à la suite de la dynastie Aghlabide. Ils vivent principalement au Nejd (Arabie centrale), l’Irak central et méridional (Bassorah et Diyala), ainsi que dans les provinces iraniennes du Khouzestan et du Khorassan.

[6] Le kharâj est un impôt foncier sur la terre, initialement levé sur les terres que les dhimmis possédaient. Cet impôt n’était basé ni sur le Coran, ni sur un hadith, mais sur l’ ijma, consensus des théologiens-juristes spécialistes de droit musulman. Progressivement le mot a acquis la signification générale d’impôt.

[7] Koufa ou Kûfa est une ville d’Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et à 10 km au Nord-est de Nadjaf. Elle est située sur les rives du fleuve Euphrate. Avec Kerbala, et Nadjaf, Koufa est une des trois villes irakiennes de grande importance pour les musulmans chiites.

[8] lexicographie, grammaire, science des généalogies, des lectures du Coran, connaissance des traditions anciennes, etc.

[9] Katib est un terme utilisé pour décrire la position de l’écrivain, scribe ou secrétaire dans le monde arabophone, persan, et d’autres pays islamiques comme l’Inde.

[10] Kerman est une ville iranienne. C’est le chef-lieu de la province du même nom. La ville a probablement été fondée par le roi sassanide Ardachîr 1er au 3ème siècle. Kerman est un centre de production de tapis persans.