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Une église en quête de son indépendance

samedi 25 août 2012, par ljallamion

Une église en quête de son indépendance

St Bernad de Comminges. Photo de lucien Jallamion 1987

Au début du 14ème siècle survient la forfaiture de Bernard Saisset, évêque de Pamiers. Dans un Midi encore mal remis de la Croisade des Albigeois, celui-ci conteste haut et fort la légitimité du roi de France. Le 12 Juillet 1301 il accuse Philippe IV d’être un faux-monnayeur. Il suggère même au comte de Foix, Roger Bernard, de libérer le Languedoc de la tutelle capétienne. Il agit de même avec le comte de Comminges pour le comté de Toulouse. Le comte de Foix révèle l’affaire à l’évêque de Toulouse et celui-ci en parle à son tour à Philippe le Bel. Le roi lance une enquête et met les biens de l’évêque sous séquestre. Bernard Saisset décide de s’en plaindre auprès de Boniface VIII, à Rome.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet 1301, le vidame d’Amiens, Jean de Picquigny, réveille l’évêque. Il le fait conduire sous bonne escorte devant le roi, qui se trouve être à Senlis. L’acte d’accusation est lu en première audience par le conseiller Pierre Flotte. Le roi décide de déférer Bernard Saisset devant un tribunal laïque, contre l’usage qui réserve aux prélats le droit d’être jugés par un tribunal ecclésiastique. Il confie l’évêque félon à la garde de son supérieur hiérarchique, l’archevêque de Narbonne, Gilles Aycelin, qui accepte, contraint et forcé.

Mais le problème se pose de savoir où emprisonner Bernard Saisset. L’archevêque de Reims, Robert de Courtenay, dont dépend l’évêché de Senlis, exige qu’il soit emprisonné à Narbonne comme il se doit. Philippe le Bel refuse cette perspective car il craint avec raison une sédition. Robert de Courtenay n’hésite pas à convoquer un concile provincial à Compiègne. Le 22 novembre 1301 celui-ci menace d’interdit* les terres de Senlis si l’on persiste à y maintenir l’évêque en prison.

Finalement, les légistes du Conseil du roi proposent astucieusement de faire de la prison laïque de l’évêque une enclave de l’archevêché de Narbonne. Le pape Boniface VIII s’irrite quant à lui de ces infractions au droit canonique. Par la bulle "Ausculta, fili" du 5 décembre 1301 il affirme la supériorité du spirituel sur le temporel, il s’adresse au roi comme à un inférieur, attaque le gouvernement temporel de Philippe IV et le convie à venir se défendre lors d’un concile à Rome. Entraîné par un tempérament coléreux et excessif, le pape en arrive à menacer le roi de France d’une excommunication*. Philippe le Bel se défend en présentant une version tronquée et hautaine de la bulle et en faisant appel à l’opinion publique.

Des représentants des prélats, des nobles et des villes sont réunis à Paris en avril 1302. C’est la première réunion des États généraux. Le roi et ses ministres défendent la thèse gallicane. Les 3 ordres, le clergé avec un peu plus d’hésitation, acceptent de ne pas se rendre à la convocation du pape. Le pape est très impressionné quand il reçoit la relation de la réunion d’avril 1302. Il recule, mais en juillet il bat les Flamands et le pape maintient donc le concile prévu en novembre ou 39 prélats du royaume s’y rendent.

Désireux de maintenir l’indépendance de l’Église et la prééminence du Saint-siège, il publie le 18 novembre 1302 une bulle, "Unam sanctam", où il réaffirme la primauté du Saint Siège sur les souverains temporels. Philippe IV la réfute en janvier 1303. Sous l’influence de Guillaume de Nogaret, il penche pour la fermeté et des mesures extrêmes. Celui-ci suggère au roi de faire accuser Boniface d’hérésie et de le faire condamner par un concile. Des fonctionnaires parcourent la France pour recueillir les adhésions des chapitres, des couvents, des bourgeois. L’université de Paris se déclare favorable à la réunion d’un concile, le pape suspend son enseignement.

Guillaume de Nogaret, en fidèle serviteur du roi de France, se rend en Italie le 8 septembre 1303 en vue de se saisir de Boniface VIII. Son intention est de faire traduire le pape devant un concile général en vue de sa destitution. Le projet a l’assentiment d’une bonne partie de l’Église et de bonnes chances d’aboutir tant le pape s’est fait d’ennemis. La rencontre entre le pape et le représentant du roi de France tourne mal. On parle d’un "attentat" contre la personne du pape.

Dans le palais pontifical d’Anagni, Guillaume de Nogaret ne réussit pas à se saisir de la personne du pape. Malgré l’appui des hommes de main de la famille romaine des Colonna, il doit s’enfuir, chassé par les paysans des environs. Le pape, cependant, ne survit qu’un mois à cette humiliante rencontre. Il décèdera le 11 octobre 1303. Après le court pontificat de Benoît XI mort à la veille du jour où il se préparait à excommunier Nogaret, l’élection du français Bertrand de Got sur le trône de Saint-pierre consacre la victoire par KO du roi de France. Cet événement marque une rupture avec le 13ème siècle, siècle chrétien par excellence. En effet, sous le pontificat d’Innocent III puis, en France, sous le règne de Saint Louis, les gouvernements se soumettaient bon gré mal gré aux exigences du pape.

Tout change avec Philippe IV le Bel, petit-fils de Saint Louis, qui se pose en précurseur du gallicanisme et de la laïcité, autrement dit de la séparation de l’Église et de l’État.

En 1311, le pape Clément V, lève toutes les condamnations portées durant le conflit contre le roi et ses conseillers. De son côté, Philippe IV le Bel oublie le procès contre Boniface VIII.

Au terme de son pontificat, en 1314, Clément V a sans doute évité la condamnation explicite et solennelle d’un homme qui pendant 9 ans a occupé la chaire de Pierre ce qui aurait été le pire pour l’Église romaine. Néanmoins le prix à payer a été lourd de conséquences pour l’image du Saint-Siège. Il mourra dans la nuit du 19 au 20 Avril au château de Roquemaure dont les ruines dominent encore la vallée du Rhône. Il faudra au conclave 27 mois de délibération pour choisir un nouveau pape en la personne de Jean XXII, candidat du roi de France. Jamais la vacance du siège pontifical n’aura été aussi longue.

En 1328, en l’absence du pape la situation à Rome se dégrade dans la guerre que se livrent Gibelins, Guelfes et grandes familles. Devant cette montée de la violence les papes préfèrent rester en exil, tandis que beaucoup de romains abandonnent la ville sainte pour manque de sécurité. Cette année Sciarra Colonna usurpe l’autorité pontificale et sacre de ses mains l’empereur Louis IV de Bavière.

Les papes quitte Rome pour Avignon

Benoît XII s’était établi à Pérouse pour échapper à la guérilla des familles romaines. Nombre de ses prédécesseurs avaient ainsi transporté leur résidence dans une des provinces des États de l’Église. Le conclave qui doit élire son successeur est partagé entre bonifaciens et antibonifaciens, et pendant de longs mois ne parvient pas à se mettre d’accord, au milieu des intrigues et des pressions des princes, spécialement celles de Philippe IV le Bel. C’est Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux et canoniste réputé, qui est finalement élu le 5 juin 1305, sous le nom de Clément V. Né en Aquitaine, il s’est fait connaître comme archevêque de Bordeaux. Il est resté neutre dans le conflit qui a opposé le roi de France Philippe le Bel à son prédécesseur.

Après son élection, il renonce à se rendre à Rome par crainte des intrigues locales. Il s’établit à Lyon puis à Avignon, sur des terres d’Empire qui lui sont cédées par le comte de Provence. Cette situation aux limites du puissant royaume de France traduit l’abaissement de la papauté médiévale. Le temps n’est plus où les papes prétendaient soumettre les rois à leur autorité. Clément V témoigne de sa faiblesse en abandonnant les Templiers aux bourreaux de Philippe le Bel.

Attaché à ses racines, il rénove la cathédrale romane de Saint-Bertrand-de-Comminges, au pied des Pyrénées. C’est un homme habile, qui préfère en toutes situations le compromis et les arrangements. Il est sacré à Lyon, en présence de Philippe le Bel. Diverses raisons le retiennent dans le sud de la France de 1305 à 1309. Il convoque en 1308 un concile à Vienne pour 1310, finalement retardé jusqu’en 1311, pour résoudre la question des Templiers.

Il s’établit donc à proximité de la ville où doit se tenir le concile, dans le Comtat Venaissin, terre d’Église depuis 1274 en 1307. Il y est d’autre part proche de l’Allemagne, de la France et de l’Italie. Il s’installe à Avignon, siège d’une jeune université. Ce séjour à Avignon, s’il témoigne de la faiblesse de la papauté, a cependant l’avantage de soustraire pour un temps le pape aux pressions de l’aristocratie romaine.

Après Clément V, 6 papes tous français, résideront à Avignon. Jean XXII s’installera dans le palais épiscopal. Dans son esprit cependant, c’est une installation provisoire. Mais ni lui ni Clément V ne mettront jamais le pied en Italie, où Jean XXII mènera plusieurs guerres.

Contre l’ influence grandissante du roi de France sur la Papauté qui séjournera à Avignon de 1309 à 1377, le Saint Empire Germanique et l’Angleterre susciteront un pape rival. Ce sera le Grand Schisme d’Occident, qui verra s’opposer deux papes de 1378 à 1417. Cet affaiblissement de l’Église catholique permettra à Charles VII de s’imposer comme le chef naturel de l’Église de France, qui entrera ainsi dans l’ère du gallicanisme.

En 1377 le pape français Grégoire XI réinstalle la papauté à Rome, malgré l’opposition du roi de France Charles V, il rentra dans Rome le 17 janvier 1377 et fixa sa résidence au Vatican. A peine 4 mois plus tard le pape consterné par l’état dans lequel se trouvait la ville éternelle, préféra s’installer en mai dans la résidence d’Agnani. Il reviendra à Rome en mars 1378 pour y mourir à l’âge de 47 ans.

6 cardinaux refuseront de suivre le pape en Italie puisque dans Rome se succédaient sans interruption meurtres, mutilations et prises d’otages dans un climat de complète anarchie.

Comme il fallait élire un nouveau pape, les prélats d’Avignon trouvèrent des prétextes pour ne pas faire le voyage. à Rome. Le conclave romain ne comprenait plus que 16 cardinaux à Rome qui furent chargés d’élire le nouveau pape. Mais cette élection étant obtenue sous la menace elle sera contestée. En effet des soldats romains en armes avaient pris position sous les appartements du Vatican, pour forcer les cardinaux électeurs à voter pour un pape italien.

Ce fut l’archevêque de Bari qui fut élu et qui assuma sa charge jusqu’en 1389 sous le nom d’ Urbain VI. Mais une confusion dans la proclamation des résultats déclencha une émeute populaire, si bien que plusieurs cardinaux durent se réfugier dans la grande forteresse du château Saint-Ange tandis que d’autres quittèrent Rome avec précipitation. Quant au nouveau pape, il préféra s’installer à Tivoli avec de nombreux fonctionnaires de la Curie qui n’osaient même plus traverser les rues sans risquer de se faire agresser. Il fit preuve de peu d’autorité et s’installa dans le palais à côté de l’Église Ste Marie du Trastevere, seuls l’Angleterre, la Flandre, la Bohême et la Hongrie reconnurent la validité de son élection. Il restaura Rome et surtout au château St Ange où il ajouta un passage fortifié permettant de passer en toute sécurité de la forteresse au palais du Vatican. Il fit reconstruire la flotte pontificale.

13 cardinaux français regroupés à Agnani décidèrent le 20 avril d’annuler ce vote acquis sous la contrainte et d’élire librement le cardinal français Robert de Genève qui prit le nom de Clément VII. Le "Grand schisme d’Occident " était né et il allait durer jusqu’au 24 mai 1415.

Il commença par s’installer d’abord à Agnani pendant que ses partisans se rendirent maîtres du Château pontificale St Ange afin d’occuper le Vatican. Étant un pape français, la France, la Savoie, la Castille, le Portugal, l’Écosse et le royaume de Naples reconnurent son élection. En avril 1379 les italiens opposés à Clément VII prirent d’assaut le Château pontifical Saint Ange du Vatican et massacrèrent toute la garnison de français et de partisans italiens. Clément VII s’affola et partit immédiatement se réinstaller en Avignon.

3 autres anti-pape furent élus, Pietro de Luna qui deviendra Benoît XIII, Pietro Filargos qui deviendra Alexandre V et Baldassare Cossa qui deviendra Jean XXIII et sera déposé par le concile de Constance. C’est d’ailleurs à ce même concile que fut condamné les réformes prêchées en 1382 par l’anglais Wycliffe, qui avec ses disciples, les lollards prêchèrent une réforme profonde de l’Église et un retour à la Bible comme source de foi. Cette doctrine avait fait des adeptes en Bohême. C’est à la même période que Jean Huss entame ses réformes à Prague. Ce dernier sera condamné à être brûlé le 6 juillet 1415 malgré le sauf-conduit de l’empereur Sigismond du Luxembourg. Ils seront tous 2 considérés comme des précurseurs de la Réforme.

A la fin du Moyen Age, au cours de ces 2 siècles de guerre, de famine et de peste, les croyants découvrent une Église parfois incapable de répondre à leurs angoisses. C’est l’époque où "la comptabilité de la mort" prend des proportions incompréhensibles pour qui ignore la terreur des hommes de cette époque pour l’enfer. Les plus riches achètent des centaines de messes pour le salut de leur âme. Riches et pauvres participent en foule à des processions pénitentielles, aux "passions" théâtrales sur le parvis des églises, tandis que le "couronnement de la Vierge", la figure protectrice de la mère de Jésus, devient un thème majeur de l’art.

De plus en plus de fidèles, de réformateurs chrétiens exigent aussi un accès direct à la source du Salut, à la lecture de la Bible en langue vernaculaire*, en un temps où seuls les clercs ont le droit de lire et de commenter l’Écriture. Là se trouve une origine de la Réforme protestante, un autre élément de modernité de la fin du Moyen Age, avec l’ascension des classes bourgeoises.