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Jan Joosten van Lodensteijn

lundi 13 septembre 2021, par ljallamion

Jan Joosten van Lodensteijn (vers 1560-1623)

Marin

Il serait l’un des premiers Néerlandais à poser le pied au Japon [1]. Il arriva dans ce pays en tant que membre d’équipage de William Adams sur le Liefde [2], navire qui s’abîma sur les côtes de Kyūshū [3] en 1600.

Le Liefde partit de Rotterdam [4] en 1598, pour un voyage à but commercial autour du monde. Il fit cependant naufrage au Japon en 1600. Les 24 survivants furent reçus par le futur shogun [5] Ieyasu Tokugawa, qui les questionna longuement sur la politique en Europe et les nouvelles à l’étranger.

Comme Wiliam Adams, Jan Joosten fut choisi pour devenir un conseiller du shogun dans les affaires militaires et étrangères. Il contribua ainsi au développement des relations entre le Japon et les Pays-Bas [6], et à l’affaiblissement de l’influence du Portugal et de l’Espagne dans ce pays.

En récompense de ses services, Jan Joosten reçu une maison à Edo [7], dans une partie de la ville qui sera renommée "quai Yayosu" après sa mort, car les Japonais prononçaient son nom yan yôsuten et le nom se retrouve aussi dans le quartier tokyoïte de Yaesu situé à côté de la gare de Tokyo. Bien qu’il lui était interdit de rentrer aux Pays-Bas, Joosten était autorisé à épouser une Japonaise et à faire du commerce avec l’étranger.

Il eut le privilège de pouvoir porter deux épées de samouraï [8] et reçu une pension annuelle qui fit de lui tout comme William Adams un hatamoto [9]. Joosten était réputé pour boire beaucoup d’alcool et avoir un tempérament colérique, et de ce fait il n’était pas le bienvenu à la cour de Ieyasu.

Jan Joosten aurait vraisemblablement fait fortune grâce au commerce entre le Japon et l’Asie du Sud-Est [10], possédant plusieurs navires à sceau vermillon. Sa présence est rapportée par des commerçants néerlandais à Ayutthaya [11] en 1613 à bord de jonques transportant des cargaisons à grande valeur commerciale. À la suite de l’établissement d’un comptoir néerlandais à Hirado [12] près de Nagasaki [13], il devint un intermédiaire entre les marchands hollandais et le shogunat.

Il aurait aussi été vu au Siam [14] sur un de ses navires avec l’aventurier et écrivain japonais Tenjiku Tokubei . Plus tard, il tenta de retourner aux Pays-Bas, mais après avoir atteint Batavia [15], les autorités néerlandaises lui interdirent d’aller plus loin. Il se noya en mer de Chine méridionale [16] en 1623, à la suite du naufrage de son navire qui retournait au Japon.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Giles Milton, Samurai William : The Englishman Who Opened the East, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2003, 1re éd., relié (ISBN 978-0-374-25385-1, LCCN 2002072362)

Notes

[1] Pays insulaire de l’Asie de l’Est, situé entre l’océan Pacifique et la mer du Japon, à l’est de la Chine, de la Corée et de la Russie, et au nord de Taïwan. À partir de la fin du 12ème siècle, la réalité du pouvoir est prise en main par une classe guerrière étrangère à la cour impériale, celle des samouraïs. Ce gouvernement militaire s’accompagne d’importants mouvements de population, source de brassage sociétal et d’essor économique. Les shoguns s’appuient sur des réseaux efficaces d’hommes liges, les Gokenin, qui, en échange de leur soutien et de leur fidélité, obtiennent des terres et le gouvernement de provinces ou de châteaux. Se met en place alors un système féodal qui va perdurer jusqu’au 19ème siècle.

[2] "amour"

[3] Kyùshù est la plus méridionale des quatre îles principales du Japon, la troisième par sa taille. Elle est considérée comme le lieu de naissance de la civilisation japonaise. Dans l’antiquité, elle était nommée tsukushi no shima, notamment dans le Kojiki et le Nihon Shoki. Au 3ème siècle, le Gishi-Wajin-Den, explique que cette région insulaire était composée de petits pays, Itokoku, Nakoku etc.. À l’époque des neuf provinces qui donnèrent son nom actuel à l’île, celle-ci s’appelait Saikaidô. C’était l’extrémité sud-ouest du Japon, le Royaume de Ryùkyù n’ayant été annexé qu’en 1879. À l’extrémité opposée d’Honshu se situait alors Hokkaidô. Il existait également Nankaidô qui correspond aujourd’hui aux îles de Shikoku et d’Awaji ainsi que la presqu’île de Kii.

[4] Rotterdam est une commune néerlandaise, située dans la province de Hollande-Méridionale. Fondée au 12ème siècle, Rotterdam s’est organisée autour de la digue de la rivière Rotte (qui donne son nom à la ville) et les premiers ports de pêcheurs : le vieux port, Oude Haven et les quais de Haringvliet. Elle reçoit son statut de ville en 1340. Le commerce y fleurit pendant plusieurs siècles, tandis que le port s’étend et que le commerce avec les Indes occidentales et orientales s’accroît.

[5] Le terme shogun, signifie général ; c’est l’abréviation de seiitaishōgun, que l’on peut traduire par grand général pacificateur des barbares. Néanmoins, après qu’il fut attribué à Minamoto no Yoritomo, il devint un titre indiquant souvent le dirigeant de facto du Japon (dictateur militaire), alors même que l’empereur restait le dirigeant de jure (en quelque sorte le gardien des traditions). Le titre de seii taishōgun fut par la suite abandonné lors de la constitution au 19ème siècle du kazoku, c’est-à-dire de la noblesse japonaise.

[6] La Hollande actuelle)

[7] actuelle Tokyo

[8] Le samouraï est un membre de la classe guerrière qui a dirigé le Japon féodal durant près de 700 ans.

[9] garde officiel du shogun

[10] L’Asie du Sud-Est ou Sud-Est asiatique est une région d’Asie, elle se situe à l’est de l’Inde et au sud de la Chine.

[11] Ayutthaya est la capitale de la province d’Ayutthaya en Thaïlande. Fondée en 1350 par le roi U-Thong (Ramathibodi 1er), elle devint la capitale du royaume d’Ayutthaya, ou Siam. Aux 17ème et 18ème siècles, elle comptait parmi les plus grandes cités du monde. Détruite en 1767 par l’armée birmane, elle perd son rôle au profit de la nouvelle capitale, Bangkok.

[12] Hirado est une ville japonaise située dans la préfecture de Nagasaki. Elle occupe une île reliée à celle de Kyùshù par un pont. Hirado était un centre majeur du commerce international pendant la période Edo, en particulier avec la Chine des Ming et les néerlandais. Les shoguns Tokugawa déplacèrent plus tard le centre du commerce à Nagasaki.

[13] Nagasaki est une ville japonaise, capitale de la préfecture homonyme sur l’île de Kyushu. Fondée dans la seconde moitié du 16ème siècle, c’était à l’origine un village isolé. C’est l’arrivée d’explorateurs européens au milieu du 16ème siècle, quand un navire portugais s’échoua accidentellement sur les rives de la préfecture de Kagoshima en 1543, qui en provoqua la naissance et l’essor. Le missionnaire jésuite François Xavier arriva au Japon en 1549, mais bien qu’il partît pour la Chine en 1551 et y mourût peu de temps après, ses disciples restèrent au Japon et y convertirent plusieurs daimyō (chefs de guerre). Le plus important fut Ōmura Sumitada qui fit un grand profit de sa conversion, car il reçut une part du commerce des navires portugais dans un port qu’ils établirent à Nagasaki en 1571, date de fondation de la ville, avec son accord. En 1580, Ōmura Sumitada céda le port de Nagasaki et les territoires environnants à la Compagnie de Jésus.

[14] Le Siam est l’ancien nom de la Thaïlande. Le royaume de Siam a été fondé en 1350 par le roi Ramathibodi 1er. Ses capitales successives furent Ayutthaya (1350/1767), Thonburi (1767/1782), puis Bangkok (à partir de 1782). Le pays a pris le nom de Thaïlande en 1939, après la prise du pouvoir par le général Plaek Phibunsongkhram.

[15] Batavia était le nom du siège de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en Insulinde de 1619 à 1799 puis de la capitale des Indes néerlandaises de 1799 à 1942. Son nom actuel est Jakarta.

[16] La mer de Chine méridionale ou mer de Chine du Sud est une mer bordière faisant partie de l’océan Pacifique couvrant une superficie d’environ 3 500 000 km² entre la Malaisie continentale, les îles Bangka et Belitung et la Malaisie orientale au sud et le détroit de Taïwan au nord, entre le Viêt Nam à l’ouest et les Philippines à l’est. Il existe des centaines de minuscules îles, regroupées en archipels. La mer de Chine du Sud et ses îlots font l’objet de revendications de souveraineté concurrentes par les nations limitrophes. Cette concurrence se traduit par la diversité des noms utilisés pour les îlots et pour la mer elle-même.