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L’histoire pour le plaisir

Richard Cantillon

dimanche 17 janvier 2021, par ljallamion

Richard Cantillon (vers 1680-1734)

Financier et économiste irlandais et français

Il fit fortune en France grâce au système de John Law. Auteur influent de la physiocratie [1], il passe la plus grande partie de sa vie à Paris, où il exerça la profession de banquier. Il a laissé une œuvre théorique, “Essai sur la nature du commerce en général”, qui le place au rang des grands précurseurs de l’économie politique classique avec l’abbé Étienne Bonnot de Condillac et William Petty . Il est l’un des auteurs les plus significatifs qui marquent la transition du mercantilisme vers l’économie classique.   Né à Ballyheigue, dans le comté de Kerry [2], au Sud-ouest de l’Irlande. Il est né dans une famille de petite noblesse catholiques qui se sont battus en faveur des Stuart [3] et furent donc dépossédés de leurs terres par Cromwell. Ses origines ont marqué sa pensée quand il fait du propriétaire terrien le seul acteur indépendant dans l’économie.   Cantillon émigre en France en 1708. De là, il part travailler comme comptable au bureau du Payeur Général des Armées Anglaises à l’étranger, James Bridges, pendant la guerre de Succession d’Espagne [4]. C’est sans doute là qu’il a appris son métier de comptable et de négociateur et acquis les rudiments de la banque et du commerce international.   En 1714, à la fin des hostilités, il rentre à Paris. La guerre en Espagne avait créé une instabilité dangereuse pour le métier de banquier. Aussi, il reprend en main l’établissement bancaire d’un cousin homonyme qui se trouvait en défaut en 1716.   Deux personnes l’ont beaucoup influencé à cette époque : Matthew Decker, un des Directeurs de la Compagnie anglaise des Indes orientales [5] et banquier important, qui l’aida à s’établir dans la banque. Le second personnage, Lord Bolingbroke Henry St John, un leader de la cause Jacobite [6] qui avait fui en France et devint l’un de ses amis.   Il l’introduisit dans les cercles de penseurs, comme Montesquieu et Voltaire . Bolingbroke, opposant majeur aux nouvelles théories financières, l’influença profondément et cimenta son conservatisme inné en matière monétaire et d’endettement. De 1717 à 1720 en spéculant d’abord pour, puis contre le système de Law, il amasse une fortune considérable. C’est certainement l’épisode clé dans la vie de Cantillon.   Opposé aux théories inflationnistes de Law, il comprenait comment les schémas fonctionnaient et où étaient les failles. Il fut ensuite capable de profiter abondamment de la bulle du Mississippi et des Mers du Sud.   Mais cet enrichissement lui vaut de multiples poursuites devant les tribunaux civils et criminels de France et de Grande-Bretagne, et d’interminables procès où, pour la plupart, il obtient gain de cause.   Il épouse en 1722, la fille d’une dynastie de militaires irlandais au service de la couronne de France, Mary Anne O’Mahony, née en 1701. Il écrit en 1730, en français, son unique ouvrage, “Essai sur la nature du commerce en général”, qui ne sera publié qu’après sa mort, en 1755. Il a inspiré les Physiocrates, mais seul Turgot l’avait véritablement compris à l’époque.   Il décrit l’un des premiers circuits économiques, en améliorant le modèle de Pierre Le Pesant de Boisguilbert. Cantillon, en affirmant que l’économie s’équilibre automatiquement, annonce les classiques. Il explique en effet que le niveau des prix dépend de l’offre et de la demande et que le taux d’intérêt dépend de l’offre et de la demande de monnaie.   Il affirme également que la balance commerciale ne peut pas être durablement excédentaire car une entrée de monnaie entraîne l’inflation, donc la hausse des prix, ce qui pénalise les exportations et favorise les importations, et il entrevoit ainsi la théorie du rééquilibrage automatique de la balance des comptes qui sera formulée par David Ricardo .   Il annonce la théorie de Thomas Malthus lorsqu’il explique que la population s’équilibre naturellement aux besoins de l’économie : lorsque la conjoncture économique est mauvaise, la nuptialité diminue et la mortalité augmente, ce qui fait baisser la population, et inversement.   Il a laissé son nom à l’effet Cantillon, selon lequel une injection de monnaie dans l’économie exerce un effet progressif et différencié sur les prix au fur et à mesure que la monnaie se propage par les échanges à partir du point où elle a été injectée.   Il reformule le quantitativisme [7] de Jean Bodin en ajoutant que les prix dépendent non seulement de l’abondance ou de la rareté de la monnaie, mais aussi de sa vitesse de circulation. Cette idée sera reprise par Mills et Fisher .   Cantillon est le premier économiste qui a mis en lumière le rôle de l’entrepreneur dans la vie économique.   En 1734, à Londres où il était revenu, sa maison est la proie d’un incendie dans la nuit du lundi au mardi 14 mai. Les journaux de l’époque relatèrent le sinistre en le présentant comme concluant le vol et l’assassinat de Cantillon néanmoins, un doute subsiste toutefois sur la réalité de la mort de Cantillon dans ces circonstances.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Anthony Brewer : Richard Cantillon. Pioneer of economic Theory. Londres et New York, 1992.

Notes

[1] La physiocratie est une école de pensée économique et politique, née en France vers 1750, qui contribue de manière décisive à forger la conception moderne de l’économie et à placer la réflexion et la pratique de la « chose économique » dans un cadre de référence plus autonome que celui offert par la Religion. Elle connaît son apogée au cours de la seconde moitié du 18ème siècle, devenant caduque face à la montée des échanges commerciaux internationaux et l’apparition du secteur secondaire.

[2] Le comté de Kerry, surnommé The Kingdom (« Le Royaume »), est un comté situé dans le Sud-Ouest de l’Irlande, entre le fleuve Shannon au nord et l’océan Atlantique à l’ouest. Il est délimité à l’est par le comté de Limerick et au sud à celui de Cork. Son nom vient de l’irlandais Chiarraí, qui signifie « gens de Ciar », en référence à une tribu celtique qui vivait dans cette région.

[3] La dynastie Stuart (à l’origine écrit Stewart) règne sur l’Écosse entre 1371 et 1714, et sur l’Angleterre, l’Irlande et le pays de Galles entre 1603 et 1714. Ils sont écartés du trône après le décès d’Anne de Grande-Bretagne et l’avènement de George de Hanovre en vertu de l’Acte d’Établissement.

[4] La guerre de Succession d’Espagne est un conflit qui a opposé plusieurs puissances européennes de 1701 à 1714, dont l’enjeu était la succession au trône d’Espagne à la suite de la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II et, à travers lui, la domination en Europe. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la France d’installer un monarque français à Madrid : Philippe V, mais avec un pouvoir réduit, et le renoncement, pour lui et pour sa descendance, au trône de France, même dans le cas où les autres princes du sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient pas une union aussi étroite que celle qui était espérée par Louis XIV. La guerre de succession donna néanmoins naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, qui règne toujours aujourd’hui.

[5] La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une entreprise coloniale française crée par Colbert en 1664 dont l’objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans. Plus que sa rivale anglaise, elle forme une véritable puissance dans l’océan indien entre 1720 et 17401, puis devient centrale dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI. Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l’Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au 17ème siècle, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Cependant, la guerre d’usure avec les Hollandais puis le choc frontal avec les Anglais en Inde conduira à sa perte, après seulement un siècle d’existence.

[6] Le « jacobitisme » historique est un mouvement politique proche des Tories entre 1688 et 1807, composé de ceux qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts et considéraient comme usurpateurs tous les rois et les reines britanniques ayant régné pendant cette période. Soutenu par les monarchies catholiques françaises et espagnoles, il était surtout implanté en Irlande et dans les Highlands d’Écosse qui furent le théâtre de plusieurs révoltes soutenues par la France. Plus marginalement, le jacobitisme disposait également d’un certain nombre de partisans dans le nord de l’Angleterre et au Pays de Galles.

[7] Economie quantitative