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L’histoire pour le plaisir

Aubry de La Mottraye

dimanche 29 novembre 2020, par ljallamion

Aubry de La Mottraye (vers 1674-1743)

Diplomate-Collectionneur et explorateur français

Huguenot réfugié à Londres en raison de sa foi protestante, Aubry de La Mottraye commence ses voyages en 1696, après avoir reçu une excellente éducation, qui le mène de Paris à Rome, puis de Lisbonne à Londres.

Son deuxième voyage, en 1698, le conduit par bateau de Gravesend [1] à Smyrne [2], en passant par Gibraltar [3], pour atteindre les îles de la mer Égée [4]. Il explore Patmos [5] et récolte de nombreux spécimens archéologiques. Vers la fin de 1698, il s’établit à Constantinople [6], où il est possible qu’il agisse là en tant qu’agent de renseignements ou missionné comme intermédiaire dans le cadre d’accords diplomatiques. De Tékéli [7] à Constantinople il parcourt l’Anatolie [8] jusqu’à la mer Noire [9] jusqu’en 1703. En juillet, il est témoin des tentatives de réformes amorcées par le sultan Moustafa II .

De passage en Angleterre, il rendra visite au comte de Tallard Camille d’Hostun, durant son emprisonnement de 1704 à 1711. Il est également possible que La Mottraye, en contact avec Mary Wortley Montagu , épouse de l’ambasadeur britannique auprès de la Sublime Porte  [10], ait contribué à lancer la mode d’offrir des fleurs pour marquer certains événements, ayant étudié le langage des fleurs propre à la tradition persane. Cette mode fut également introduite à la cour de Suède en 1727, où La Mottraye séjourna quelques années plus tôt.

Fin 1707, il explore de nouveau les îles de la mer Égée. Entre 1708 et 1710, il voyage entre Constantinople, Malte [11] et Barcelone [12]. Il vend durant ses escales ses nombreuses trouvailles, dont des lots importants de monnaies anciennes.

La Mottraye se lie vers 1711 avec Otto Wilhelm Klinckowström, secrétaire du roi Charles XII de Suède, et le suit à Bender [13], où durant 5 ans, le souverain et un bataillon trouvèrent refuge après leur cuisante défaite face aux Russes lors de la bataille de Poltava en 1709 [14]. Des courses continuelles entre Constantinople et Demotica occupèrent La Mottraye jusqu’en 1714. Il partit à l’automne 1715 pour la Suède avec Klinckowström et explora à partir de 1718 la Laponie [15], et découvre les traces de Jean-François Regnard , dont le récit d’exploration fut amendé par La Mottraye.

En 1720, il retourne en Angleterre, où il travaille pendant quelques années à rédiger un manuscrit sur ses voyages. L’ouvrage est d’abord publié en anglais en 1723 sous le titre “A. de la Mottraye’s Travels through Europe, Asia and into parts of Africa”, illustré de gravures de William Hogarth , lequel ouvrage est présenté au roi George 1er par l’auteur. En 1727, une version française a été publiée, avec un contenu remanié, et dont l’auteur se plaindra, ce qui conduit à une troisième édition en 1732 chez A. Moetjens à La Haye [16] en anglais et en français. Cette année-là, il publie également à Londres un ouvrage qui examine de manière critique et complémentaire la biographie de Charles XII écrite par Voltaire , lequel lui répondra.

Il serait ensuite revenu vivre à Paris où il meurt en 1743.

Le 15 novembre 1758, à Paris, La Condamine précise dans son rapport à l’Académie des sciences [17] que la pratique d’inoculer la variole afin d’en prévenir la contagion avait été observée par La Mottraye à Constantinople et rappelle que cet usage serait fort ancien dans tout l’Empire ottoman.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Aubry de La Mottraye/ Vincent Fournier, Le Voyage en Scandinavie : anthologie de voyageurs, 1627-1914, « Bouquins », Paris, Robert Laffont, 2001, 792 p. (ISBN 978-2-221-07867-9)

Notes

[1] Kent

[2] aujourd’hui Izmir, en Turquie

[3] Gibraltar est un territoire britannique d’outre-mer, situé au sud de la péninsule Ibérique, en bordure du détroit de Gibraltar qui relie la Méditerranée à l’océan Atlantique. Il correspond au rocher de Gibraltar et à ses environs immédiats et est séparé de l’Espagne par une frontière de 1,2 kilomètre. Gibraltar est possession du Royaume-Uni depuis 1704. Au début du 8ème siècle, dans le cadre de la conquête musulmane de l’Espagne wisigothique, le chef Tariq ibn Ziyad y établit une tête de pont en Europe, donnant son nom au rocher. Le site est conquis, en 1309, par le royaume de Castille, puis repris par le général mérinide Abd-el-Melek en 1333 expulsant les Castillans. En 1374, les Mérinides cèdent le rocher au royaume de Grenade. Gibraltar est définitivement reconquis par Ferdinand V en 1492.

[4] La mer Égée est une mer intérieure du bassin méditerranéen, située entre l’Europe et la Grèce à l’ouest, et l’Asie et la Turquie à l’est. Elle s’étend de la côte thrace et du détroit des Dardanelles au nord jusqu’à la Crète au sud.

[5] Patmos est une île grecque faisant partie de l’archipel du Dodécanèse, dans la mer Égée

[6] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[7] Tekeli est une ville de l’oblys d’Almaty, au sud-est du Kazakhstan. La ville est située au confluent de trois rivières, Kora, Shizhe et Tekeli, pour former la rivière Karatal, la deuxième plus importante se déversant dans le lac Balkhach.

[8] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[9] La mer Noire est une mer située entre l’Europe et l’Anatolie. Large d’environ 1 150 km d’ouest en est et de 600 km du nord au sud, elle s’étend sur une superficie de 413 000 km². Elle communique au nord avec la mer d’Azov par le détroit de Kertch, et au sud-ouest avec la Méditerranée par le Bosphore, la mer de Marmara et le détroit des Dardanelles. Dans l’Antiquité, les Grecs la désignèrent d’abord par Skythikos Pontos. Les Scythes, peuple de langue iranienne, la désignèrent comme Axaïna, c’est-à-dire « indigo ». Les Grecs quand ses courants et ses vents leur devinrent familiers, la désignèrente comme Pontos Euxeinos, traduit en français par Pont-Euxin.Les Romains l’appelèrent Mare Caecili, terme qui fut traduit par la suite par les bulgares en « mer Cécile ».Au 13ème siècle, elle apparaît sur les portulans génois, dans les chroniques de Wavrin et de Villehardouin sous les noms de mer Majoure c’est-à-dire « grande mer ». Le terme de Noire apparu dans les textes et les cartes à partir du 15ème siècle.

[10] empire Ottoman

[11] Après la conquête de Malte par Roger de Hauteville en 1091, l’archipel devient un territoire de la couronne de Sicile en entre dans sa période féodale. En 1192 Malte est élevée en comté puis en marquisat en 1393. Jusqu’à l’arrivée des chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1530, Malte sera tantôt sous l’autorité d’un comte, tantôt intégrée au domaine royal et directement administré par des fonctionnaires nommés par la cour de Palerme. Malte est souvent offerte en cadeau à des membres de la famille royale à des nobles pour services rendus à la couronne. Pour cette raison, la chronologie est complexe est parfois peu sûre.

[12] Barcelone est la capitale administrative et économique de la Catalogne, de la province de Barcelone, de la comarque du Barcelonès. À partir du 14ème siècle, la ville entre dans une période de déclin à la suite de l’extinction de la dynastie catalane et la succession par la famille castillane des Trastamara, qui culmine avec le mariage de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle de Castille (les « Rois catholiques »). Dès lors, la tradition pactiste des institutions catalanes se heurtera au modèle absolutiste de la monarchie castillane. Barcelone est une première fois dévastée à la suite de la proclamation de la république de Catalogne sous protection française de 1640 à 1652, année où les Français sont assiégés dans la ville.

[13] Bender ou Bendery sont les noms turc et russe de la ville moldave de Tighina. Tighina et Bender ont été officiels à tour de rôle ou simultanément. En 1538, le sultan ottoman Soliman le Magnifique conquiert la forteresse. Au 18ème siècle, celle-ci est agrandie, et le port est aménagé et approfondi par le prince de Moldavie Antioch Cantemir, vassal des Ottomans. En 1713, la forteresse accueille Charles XII, roi de Suède réfugié après l’échec de son attaque contre la Russie.

[14] La bataille de Poltava (ou Pultawa) eut lieu le 8 juillet 1709 entre l’armée de Pierre 1er de Russie et les troupes de Charles XII de Suède avec l’appui des cosaques d’Ukraine du hetman Ivan Mazepa dans le cadre de la Grande guerre du Nord. La victoire russe décisive a fait perdre à la Suède son rang de grande puissance militaire.

[15] La Laponie est une région transnationale située dans le nord de la Fennoscandie, à cheval sur les territoires norvégien, suédois, finlandais et russe, dont le peuple autochtone sont les Samis. Administrativement, la Laponie désigne aussi une province historique de la Suède dans laquelle se trouve aujourd’hui la région de Laponie ainsi qu’une région historique de Finlande.

[16] La Haye a été fondée en 1248 par Guillaume II, comte de Hollande et roi d’Allemagne, puis du Saint Empire romain germanique. À cette date il a ordonné la construction d’un château dans une forêt près de la mer en Hollande, dans lequel il avait l’intention de s’installer après son couronnement. Guillaume II mourut dans une bataille avant celui-ci, stoppant ainsi la construction avant la fin. Aujourd’hui le château est appelé le « Ridderzaal » (littéralement : « salle des Chevaliers ») et est encore utilisé pour des événements politiques. Par la suite, La Haye a été le centre administratif des comtes de Hollande. De puissantes villes hollandaises comme Leyde, Delft et Dordrecht s’accordèrent pour choisir la petite et peu importante ville de La Haye comme leur centre administratif. Cette situation n’a jamais été remise en cause, ce qui fait aujourd’hui de La Haye le siège du gouvernement, mais pas la capitale officielle des Pays-Bas qui est Amsterdam.

[17] L’Académie des sciences, nommée l’Académie royale des sciences lors de sa création en 1666, est l’une des cinq académies regroupées au sein de l’Institut de France et composée de 262 membres dont 28 femmes en mars 2016. Elle encourage et protège l’esprit de recherche, et contribue aux progrès des sciences et de leurs applications.