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Nasir le Kurde dit Nasr ou Théophobos ou Théophobus

mercredi 28 octobre 2020, par ljallamion

Nasir le Kurde dit Nasr ou Théophobos ou Théophobus (mort en 840 ou 842)

Général kurde

Rentré au service de l’Empire byzantin [1] lors du règne de l’empereur Théophile.   À l’origine, Théophobos est un membre de la secte Khurramite [2] à l’ouest de l’Iran, persécutée par les califes abbassides [3]. En 833, ils sont vaincus par le calife Al-Mu’tasim . Ainsi, en 834, Nasr et 14 000 autres Khurramites traversent l’Arménie et fuient vers l’Empire byzantin. Là, ils se convertissent au christianisme, obtiennent des veuves militaires comme femmes et s’engagent dans l’armée byzantine au sein de la turme persane [4]. Nasr est alors baptisé Théophobos est placé à la tête de cette turme, est nommé patrice [5] et obtient la main d’une sœur de Théophile ou d’une de ses belles-sœurs.   Théophobos et le nouveau corps khurramite participe à la campagne victorieuse de Théophile de 837, dans la région du haut Euphrate [6] où ils pillent la ville de Zapetra [7]. La même année, 16 000 autres Khurramites rejoignent l’Empire byzantin après la suppression définitive de leur religion en Azerbaïdjan [8].   Théophobos participe aussi à la campagne de 838 contre l’invasion d’Al-Mu’tasim. Il est présent lors de la défaite byzantine de la bataille d’Anzen [9] où il aurait sauvé la vie de l’empereur à plusieurs occasions. Après la bataille, les troupes perses se rassemblent à Sinope [10] et déclarent Théophobo empereur, probablement contre sa volonté. Toutefois, après la défaite d’Anzen, la rumeur se répand à Constantinople [11] que Théophile a été tué et il apparaît que Théophobos, qui est peut-être un iconodoule [12] par opposition au fervent iconoclaste [13] qu’est Théophile est mis en avant l’élite byzantine pour devenir le nouvel empereur.   Quoi qu’il en soit, Théophobos engage rapidement des négociations secrètes avec l’empereur, qui dirige une armée contre les rebelles en 839. Théophobos accepte de se rendre et est rétabli dans ses dignités tandis que ses hommes, au nombre de 30 000, sont divisés en régiments de 2 000 hommes et répartis dans les différents thèmes.   Cependant, alors que la santé de Théophile décline et dans le but de garantir la sécurité de son fils et héritier Michel III face à toute tentative d’usurpation, Théophile fait secrètement exécuter Théophobos par décapitation par son beau-frère Petronas en 840 ou 842

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Warren Treadgold, A History of Byzantine State and Society, Stanford University Press, 1997 (ISBN 0-8047-2630-2)

Notes

[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[2] Le mouvement khurramite aussi appelé la Khurramiya (La religion joyeuse) était un mouvement religieux et politique iranien qui est apparu en Azerbaïdjan au début du 9ème siècle. Ce mouvement, aussi appelé Surkh jāmgān (aux habits rouges) à cause de leur couvre-chef rouge, était une réaction iranienne, contre le pouvoir arabe et contre l’islam, qui a contribué à affaiblir le califat. Sous la direction de Bâbak, les Khurammites ont commencé à attaquer en Iran et en Irak à partir de 816, sous le règne d’Al-Mamun. Bâbak fut exécuté en janvier 838 à Samarra.

[3] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.

[4] Une turme ou tourme (du mot latin turma qui signifie « escadron ») est un escadron de cavalerie dans l’armée romaine durant la période de la République et de l’Empire. Sous l’Empire byzantin, il s’applique à la plus large division administrative et militaire d’un thème.

[5] Patrice est un titre de l’empire romain, créé par Constantin 1er. Dans les années 310-320, Constantin abolit le patriciat romain, vieille distinction sociale qui avait ses racines au début de la république romaine. Le titre de patrice est désormais accordé par l’empereur à des personnes de son choix, et non plus à des familles entières. Dès son apparition, le titre de patrice permet à son titulaire d’intégrer la nobilitas, comme le faisait déjà le patriciat républicain. Le titre était décerné à des personnages puissants mais non membres de la famille impériale ; il vient dans la hiérarchie immédiatement après les titres d’Auguste et de César. Ce titre fut ensuite conféré à des généraux barbares au service de l’empire. Le titre fut encore porté par des notables gallo-romains au 6ème siècle. Sous les Mérovingiens, le titre de patrice était donné au commandant des armées burgondes. Les papes l’ont notamment décerné à plusieurs reprises pour honorer des personnages qui les avait bien servis. Le titre fut également conservé dans l’Empire byzantin, et son importance fut même accrue au 6ème siècle par Justinien 1er, qui en fit la dignité la plus haute de la hiérarchie aulique. C’était une dignité accordée par brevet. Dans les siècles suivants, elle fut progressivement dévaluée par la création de nouveaux titres. La dignité de patrice disparut à Byzance au 12ème siècle.

[6] L’Euphrate est un fleuve d’Asie de 2 780 km de long. Il forme avec le Tigre dans sa partie basse la Mésopotamie. Son débit est particulièrement irrégulier puisque plus de la moitié de son flux s’écoule de mars à mai et que le débit peut tomber à 300 m3/s contre un débit moyen de 830 m3/s à l’entrée en Syrie. En période de crue, il peut atteindre 5 200 m3/s pouvant provoquer de graves inondations. Les deux branches mères de l’Euphrate naissent sur le haut-plateau anatolien : celle de l’ouest, ou Karasu, naît près d’Erzurum, dont elle traverse la plaine ; celle de l’est, le Murat, se forme au Nord du lac de Van, sur les flancs d’un contrefort occidental de l’Ararat. Il traverse ensuite la zone de piémont, zone aride partagée entre la Syrie et l’Irak. Arrivé aux environs de Ramadi en Irak, il entre dans la plaine fertile de Mésopotamie, passant par Fallujah à proximité de Bagdad, et puis à environ 1 km à l’ouest des ruines de Babylone. Il rejoint le Tigre dans le sud-est du pays à Qurna à environ 100 km au nord-ouest de Bassorah pour former le Chatt-el-Arab et se jeter dans le golfe Persique.

[7] ville natale du calife Al-Mu’tasim

[8] Pays du Caucase situé sur la ligne de division entre l’Europe et l’Asie. Sa capitale est Bakou, sa langue officielle est l’azéri et sa monnaie est le manat. Du 7ème au 10ème siècles, la région connaît un essor politique, sous les Sajides, les Chirvanchahs, les Salarides, les Ravvadides et les Cheddadides. Au 12ème siècle, après l’effondrement de l’Empire seldjoukide, les Atabegs d’Azerbaïdjan règnent depuis leur capitale de Nakhitchevan, puis d’Ardabil, et enfin de Tabriz, sur l’Azerbaïdjan iranien actuel et sur l’Arran (l’Azerbaïdjan moderne). Leur territoire est ensuite conquis par le Khwarezmchahs Jalal ad-Din au 13ème siècle, dont l’État succombe ensuite aux Mongols. Au 13ème siècle, l’Empire mongol des Khulaguides est fondé, avec sa capitale à Tabriz.

[9] La bataille d’Anzen ou bataille de Dazimon se déroule le 22 juillet 838 à Anzen ou Dazimon (aujourd’hui Dazman en Turquie). Elle oppose l’Empire byzantin aux forces du califat abbasside. Les Abbassides viennent de lancer une expédition massive composée de deux armées, en représailles aux succès de l’empereur Théophile l’année précédente. Le but de l’expédition est de mettre à sac la cité d’Amorium, l’une des plus grandes cités byzantines. Théophile et son armée affronte la plus petite armée arabe, dirigée par le général Afchin Khaydar ben Kawus à Dazimon. L’armée byzantine supérieure en nombre est d’abord dans une situation favorable mais quand Théophile décide de diriger l’attaque en personne, son absence à son poste habituel crée la panique chez les Byzantins, qui craignent qu’il ait été tué. Cet événement combiné à la vigoureuse contre-attaque des archers à cheval turcs entraînent la fuite de l’armée byzantine. Théophile et sa garde sont encerclés sur une colline avant qu’ils ne parviennent à s’échapper. La défaite ouvre la voie du sac brutal d’Amorium quelques semaines plus tard. Ce sac est l’une des plus sérieuses déroutes des Byzantins lors des longues guerres arabo-byzantines.

[10] Sinop (anciennement Sinope) est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom, située au bord de la mer Noire. Dans l’Antiquité, elle était considérée comme une des plus importantes villes de la région de la mer Noire. La ville est située sur une presqu’île.

[11] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[12] L’iconodulie ou iconodoulie, est un courant de pensée qui est en faveur des images religieuses ou icônes et de leur vénération, en opposition au courant iconoclaste.

[13] L’iconoclasme est, au sens strict, la destruction délibérée de symboles ou représentations religieuses appartenant à sa propre culture, généralement pour des motifs religieux ou politiques. Ce courant de pensée rejette l’adoration vouée aux représentations du divin, dans les icônes en particulier. L’iconoclasme est opposé à l’iconodulie. L’iconoclasme ou Querelle des Images est un mouvement hostile au culte des icônes, les images saintes, adorées dans l’Empire romain d’Orient. Il se manifesta aux 8ème et 9ème siècles par des destructions massives d’iconostases et la persécution de leurs adorateurs, les iconophiles ou iconodules. Il caractérise également la Réforme protestante.