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Robert II de Vitré dit le Vieux

dimanche 8 mars 2020, par ljallamion

Robert II de Vitré dit le Vieux (1095-vers 1154)

Baron de Vitré et comte de Mortain

Carte de la Normandie historique, avec villes principales du 12ème siècle.A peine devenu seigneur à la mort de son père, il est chassé de Vitré [1] par Conan III, avant d’y revenir définitivement 9 ans plus tard.

Fils d’ André 1er de Vitré et de sa femme, Agnès de Mortain. Le mariage est conclu vers 1091, après que Robert de Mortain, père d’Agnès, ait été capturé par le seigneur vitréen. Celui-ci, qui défendait le Nord du Vendelais [2] des raids du comte normand, accepta, en effet, de libérer le captif, sous plusieurs conditions, incluant notamment son mariage avec Emma de Mortain. Cette dernière épousant finalement Guillaume IV de Toulouse , c’est bien Agnès de Mortain qui fut mariée à André de Vitré.

En 1106, le comte Guillaume de Mortain , fils de Robert, est destitué, en raison de son opposition à Henri 1er Beauclerc. Parallèlement à cela, André 1er était un compagnon d’armes et vassal du souverain anglais en tant que seigneur du Triggshire, et son mariage avec la fille du précédent comte de Mortain lui donnait une légitimité sur le comté normand. Celui-ci fut donc finalement accordé au fils d’André, Robert de Vitré, alors à peine âgé de 11 ans.

Le règne de Robert II de Mortain est néanmoins de courte duré, puisque Henri 1er cède le comté dès 1112 à son neveu et futur roi d’Angleterre, Étienne de Blois. On ne sait presque rien sur les six années de règne de Robert à Mortain, son nom n’apparaissant que dans quelques chartes de Savigny [3].

En 1135, meurt le baron André 1er, Robert II héritant alors de son fief. Dans les semaines qui suivirent, aidé de quelques Vitréens, Conan III vint prendre Vitré par surprise. Le souverain breton s’était déjà rendu maître de Vitré 3 ans plus tôt, avant de rendre rapidement la ville à son possesseur mais, cette fois-ci l’occupation se voulait pérenne. Un proche du duc, un certain Goranton, est alors placé à la tête de la baronnie.

Réfugié chez son parent Henri de Fougères en 1137, Robert de Vitré faisait de fréquentes et désastreuses incursions sur son ancienne baronnie. De nouveau chassé, il quitte Laval pour se réfugier chez son beau-frère Guillaume de Châteaubriant, seigneur de La Guerche [4] et premier fils d’Emme de La Guerche, qu’elle avait eu d’un premier mariage avec Juhel de Châteaubriant.

Conan de Bretagne profite de cette occasion pour assiéger La Guerche, positionnant son ost [5] près du pont de Visseiche [6]. Cousin et allié du duc, le comte Geoffroy V d’Anjou lui vient en aide et est parvenu entre La Selle [7] et Moutiers [8], à seulement quelques lieues des assiégeants. Voyant l’étau se resserrer, Guillaume de Châteaubriant et Robert de Vitré, appuyés par Thibault de Mathefelon [9] et par le seigneur de Candé, embusqués dans la forêt de La Guerche, attaquent par surprise les forces ducales, avant que celles-ci n’aient pu recevoir le recours des Angevins. La victoire des coalisés fut, totale, Conan se repliant précipitamment à Châteaugiron [10] et les seigneurs de Raix [11] et de Malestroit [12] étant capturés. De plus, Geoffroy d’Anjou, apprenant la défaite de son cousin, se replie à Angers.

Selon Pierre-Hyacinthe Morice de Beaubois dit Dom Morice et Pierre Le Baud, Robert récupère sa baronnie, grâce à quelques Vitréens lui donnant l’empreinte en cire des clefs de la Ville. Ceux-ci faisaient, en effet, partis de ceux qui avait offert Vitré à Conan et avaient alors des remords. D’après Louis Du Bois , ils s’en allèrent chercher l’absolution auprès du Pape Lucius II , ce qui permet de dater le retour du baron à Vitré. On sait, en effet, grâce à Pierre Le Baud, que Robert de Vitré récupéra son fief un 4 décembre, donc certainement en 1144, puisque Lucius II est mort en février 1145.

Le baron aurait recommencé à guerroyer dès l’année suivante, s’attaquant à Juhel II de Mayenne, dont la trahison quelques années plus tôt avait amputé la baronnie de quelques paroisses.

Durant l’absence de Robert le Vieux à Vitré entre 1135 et 1144, se succèdent deux barons de la lignée concurrente des Goranton-Hervé [13].

Exilé, Robert II meurt à Marmoutier [14].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Arthur de la Borderie Histoire de Bretagne Joseph Floch, imprimeur éditeur à Mayenne 1975, Tome troisième

Notes

[1] Vitré est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine. Vitré est au Moyen Âge le siège d’une baronnie. Au 13ème siècle, le château est agrandi et le « Vieil Bourg » avec l’église Notre-Dame se sont développés sur le plateau est. La place du Château qui était considérée comme une avant-cour, était urbanisée en réalité. La ville s’est vue encerclée par des remparts et des fossés extérieurs. C’est donc à cette époque que la ville close prend sa forme actuelle. En même temps, des « bourgs privilégiés », c’est-à-dire des faubourgs nés à la demande du baron, se sont développés autour de la ville close. Dès le 13ème siècle, Vitré réunit tous les éléments de la ville.

[2] Le Vendelais est un pays traditionnel de Bretagne. Ce pays est situé à l’est du département d’Ille-et-Vilaine et dans la région des Marches de Bretagne, entre Fougères et Vitré

[3] Savigny est une commune française, située dans le département de la Manche

[4] La Guerche-de-Bretagne est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine

[5] Le terme ost ou host désignait l’armée en campagne à l’époque féodale et le service militaire que les vassaux devaient à leur suzerain au Moyen Âge. Dès le haut Moyen Âge, le service d’ost ou ost s’imposait à tous les hommes libres (« homines liberi »), appelés plus tard vavasseurs.

[6] La bataille du pont de Visseiche est un affrontement qui a opposé les forces ducales, menées par Conan III de Bretagne, à celles de seigneurs révoltés, dirigées par Robert II de Vitré et Guillaume II de La Guerche, en 1144.

[7] La Selle-Guerchaise est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine

[8] Moutiers est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine

[9] La famille de Mathefelon est une famille de noblesse féodale originaire d’Anjou et du Maine. Elle tire son nom du château fort de Mathefelon / Matheflon, situé à Seiches-sur-le-Loir, à proximité de Durtal, entre Angers, La Flèche et Sablé. La première famille de Mathefelon s’est éteinte au début du 12ème siècle dans la famille de Champagne-Parcé, qui en a relevé le nom et les armes. Cette seconde famille de Mathefelon s’éteignit en ligne masculine en 1396.

[10] Châteaugiron est une commune française située dans le département d’Ille-et-Vilaine

[11] Raix est une commune du sud-ouest de la France, située dans le département de la Charente. Raix était une seigneurie qui dépendait du marquisat de Ruffec, et qui, aux 17ème et 18ème siècles, faisait partie des biens de la famille Le Musnier. En 1696, la terre de Raix fut saisie à défaut d’hommage par Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, marquis de Ruffec.

[12] Malestroit est une commune française, située dans le département du Morbihan. On date traditionnellement la fondation de Malestroit à 987 par des moines qui s’installèrent sur les rives de l’Oust. Le premier seigneur de Malestroit connu est Juhaël, qui vivait au début du 11ème siècle. Sa lignée se termine avec : vers 1237 : Eudes, fils de Pierre de Malestroit et de Constance de Léon ; en 1292 : Payen III, son fils ; Geoffroy II seigneur de Malestroit et de Largoët et Payen seigneur de Beaumont attesté en 1313, ses fils ; Péan ou Payen IV seigneur de Malestroit et de Largoët fils de Geoffroy II. Une Trêve de Malestroit est signée 19 janvier 1343, au cours de la première guerre de Succession de Bretagne. Payen IV est tué en 1347 lors de la bataille de La Roche-Derrien, il ne laisse comme héritier que sa sœur Jeanne de Malestroit épouse de Hervé de Châteaugiron.

[13] La famille de Vitré, dite des Goranton-Hervé par opposition à celle des Robert-André, est une famille noble bretonne du Vendelais, possédant épisodiquement la baronnie de Vitré. À ce titre, ses membres se considéraient comme légitimes barons (ou miles, à minima), jusqu’au milieu du 12ème siècle.

[14] L’abbaye de Marmoutier est une ancienne abbaye bénédictine située sur la rive droite de la Loire, un peu en amont de Tours. Fondée par Martin de Tours, peut-être dès 372, l’abbaye connut son apogée au Moyen Âge et ses dépendances s’étendaient dans une bonne partie de la France médiévale et jusqu’en Angleterre. Elle fut démembrée sous le Révolution française.