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L’histoire pour le plaisir

Guillaume le Gros

mercredi 27 février 2019, par ljallamion

Guillaume le Gros (vers 1110-1179)

Lord d’Holderness-Comte d’Aumale-1er comte d’York

Aumale sur une carte de la Normandie historiqueIl fut un important baron anglo-normand du règne tumultueux d’Étienne d’Angleterre. Fils d’Étienne d’Aumale comte d’Aumale [1], et de Hawise de Mortimer [2], fille de Ralph de Mortimer ou Raoul de Mortimer, lord de Wigmore [3].

Vers 1130, il épouse Cécile Fitzduncan, dame de Skipton [4] et Copeland, fille de William Fitzduncan et petite-fille de Guillaume le Meschin.

Il entre en possession de son héritage avant 1129, et utilise peut-être déjà le titre de comte d’Aumale. Il hérite des possessions normandes de son père dans l’est du duché, et des vastes possessions anglaises des comtes d’Aumale, qui comprennent entre autres la péninsule d’Holderness [5] dans le Yorkshire de l’Est [6].

Il est un enthousiaste et précoce adhérent à la cause d’Étienne d’Angleterre avec lequel il a un ancêtre commun, le comte Eudes II de Blois. Il le sert lors de ses campagnes dans le nord contre les troupes écossaises du roi David 1er , et le roi lui confie la ville d’York [7]. Le 22 août 1138, il est l’un des capitaines victorieux à la bataille de l’Étendard [8], durant laquelle l’armée de l’envahisseur écossais est mise en déroute. En récompense, en décembre 1138, Étienne le crée comte d’York. Peu après, il semble que le roi le considère comme l’administrateur suprême du Yorkshire.

Il est alors l’un des principaux barons du royaume. Il utilise sa position pour mettre la main sur la plupart des domaines royaux du comté. À Scarborough [9], il fait bâtir un port ainsi qu’une motte castrale sur les hauteurs rocheuses dominant la ville. Ceci lui permet de sécuriser quelques ports sur la côte est, et ainsi de pouvoir développer un réseau commercial maritime.

Pour consolider son pouvoir dans le comté, il utilise ses ressources terriennes pour attirer des barons mineurs tels que Eustache FitzJohn, Robert de Stuteville [10], et Guillaume Fossard [11], dans les ridings [12] Nord et Est du Yorkshire [13].

Vers 1140, il entre en conflit avec son voisin Alain le Noir, le comte de Richmond [14], entre autres pour le contrôle des possessions de Gilbert de Gand durant sa minorité. Le comte de Richmond le déloge du château de Galclint [15]. Toujours en 1140, Guillaume le Gros essaye d’obtenir le siège épiscopal vacant d’York pour son petit-neveu Waltheof de Melrose , le prieur de Kirkham, mais Étienne refuse probablement car il est le beau-fils de son adversaire David 1er d’Écosse.

Guillaume soutient alors Guillaume FitzHerbert , le candidat du roi. Il sera d’ailleurs plus tard accusé d’avoir ordonné au chapitre d’York d’élire FitzHerbert au nom du roi.

Le 2 février 1141, il participe à la bataille de Lincoln [16] du côté des forces royales d’Étienne. Au cours de cet événement important de la guerre civile pour le trône d’Angleterre, il s’enfuit en catastrophe du champ de bataille, et laisse le roi se faire capturer. Durant l’emprisonnement d’Étienne, il reste dans son camp, et après sa libération en novembre 1141, il passe Noël avec lui à Cantorbéry [17].

Son conflit avec le comte de Richmond reprend en 1142, et Étienne doit venir dans le Yorkshire pour empêcher une guerre ouverte entre les deux barons, tous deux ses soutiens. En 1143, il est alors harcelé par Gilbert de Gand et Ranulph de Gernon , le 4ème comte de Chester [18].

Gilbert de Gand s’empare de ses terres dans le Lincolnshire [19], du château de Castle Bytham, et tue son frère. En représailles, Guillaume le Gros détruit le château principal de Gilbert de Gand à Hunmanby avec l’aide d’Eustache FitzJohn. Il s’empare du prieuré de Bridlington [20], fondé par Gilbert de Gand, et le fortifie après en avoir chassé les moines.

Plus tard il fait pénitence pour cet acte en faisant don de terres au prieuré. Vers 1145, sa sœur Agnès épouse le fils de Guillaume de Roumare comte de Lincoln et demi-frère du comte de Chester.

Il est excommunié par Henri Murdac , le nouvel archevêque d’York [21] après la déposition de Guillaume FitzHerbert, pour lui avoir empêché l’entrée dans York. Il semble réconcilié avec lui début 1151.

Vers 1149, Gilbert de Gand est nommé comte de Lincoln en concurrence de Guillaume de Roumare.

Guillaume le Gros soutient probablement ses deux nouveaux parents, les comtes de Chester et Lincoln, dans le conflit qui les oppose à Gilbert de Gand. En décembre 1153, il est témoin du traité de Wallingford [22] entre Étienne d’Angleterre et Henri Plantagenêt, le duc de Normandie, qui met fin à la guerre civile dans le royaume.

À la mort d’Étienne en 1154, Henri Plantagenêt monte sur le trône anglais sous le nom d’Henri II. Il passe beaucoup de temps à réduire le pouvoir des barons du royaume, et remettre en ordre son territoire et son administration après la période d’anarchie du règne d’Étienne.

En 1155, il vient dans le Yorkshire et somme Guillaume le Gros de rendre les domaines royaux dont il a pris le contrôle, ainsi que le château de Scarborough. Guillaume s’exécute avec réticence, et le château est détruit. Il cesse même d’utiliser le titre de comte d’York. Il est toutefois apparemment en bons termes avec le nouveau roi.

Durant la révolte de 1173-1174 d’Henri le Jeune, le successeur désigné d’Henri II, il est assiégé dans son château d’Aumale [23] est du duché de Normandie par des forces rebelles. Il est capturé et rançonné. Il meurt le 20 août 1179, et est inhumé dans l’abbaye de Thornton. Sa fille Hawise d’Aumale lui succède.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Paul Dalton, « William le Gros, count of Aumale and earl of York (c.1110–1179) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

Notes

[1] Aumale est une actuelle commune du département français de la Seine-Maritime. Son histoire est marquée par le long usage des titulaires de son nom. Vers 1055 ou peu après, Aumale est définitivement rattaché à la Normandie. En 1194, Philippe II Auguste, roi de France, confisque Aumale à Guillaume des Forts. Il confie le comté en 1204 à Renaud de Dammartin, ancien comte de Boulogne. Le système de pairie d’Angleterre continuera à attribuer des titres de comte et duc liés à Aumale, mais en utilisant sa forme latine : Albemarle. Les « honneurs d’Aumale », un ensemble de terres dans le Yorkshire anciennement associé au titre normand, constituera le fief des comtes et ducs anglais

[2] La famille Mortimer est une importante famille du baronnage anglo-normand, issue de la noblesse du duché de Normandie. Elle tient son patronyme du village éponyme de Mortemer (Seine-Maritime) qui, plus tard, s’anglicise en Mortimer en Grande-Bretagne.

[3] Wigmore est un village anglais situé dans le comté d’Herefordshire dans les marches galloises, à 13 km à l’ouest de Ludlow. Il y a sur le village un château construit par William Fitzosbern datant du 11ème siècle.

[4] Skipton est une ville du district de Craven, dans le comté de Yorkshire du Nord en Angleterre.

[5] L’Holderness est une zone de l’ East Riding du Yorkshire, sur la côte est de l’Angleterre. Une région riche en terres agricoles, Holderness était un marais jusqu’à ce qu’il fut drainé au Moyen Age.

[6] Le Yorkshire de l’Est est une Autorité unitaire située dans le nord-est de l’Angleterre. Sa capitale est Beverley.

[7] York est une ville du nord de l’Angleterre. Située à la confluence de deux rivières, l’Ouse et la Foss, elle donne son nom au comté du Yorkshire. Fondée par les Romains sous le nom d’Eboracum, elle est l’une des villes majeures du royaume anglo-saxon de Northumbrie, puis la capitale du royaume viking de Jórvík. Elle est également le siège d’un archevêché de l’Église d’Angleterre. Après l’arrivée des Anglo-Saxons, York devint l’une des principales villes du royaume de Northumbrie sous le nom vieil anglais Eoforwic. Le roi Edwin y fut baptisé en 627. Elle devint le siège d’un évêché, puis d’un archevêché en 735. Tombée aux mains de la Grande Armée en 866, elle fut la capitale d’un royaume viking de 876 à 954 sous le nom de Jórvík, date de sa conquête définitive par le royaume d’Angleterre. Le 20 septembre 1066, Harald Hardrada s’empara de la ville, mais fut tué cinq jours plus tard par le roi Harold Godwinson à la bataille de Stamford Bridge, vainqueur qui devait périr à son tour à la bataille de Hastings peu de temps après. En 1190, Richard de Malbis et d’autres nobles d’York qui envisageaient de se joindre à Richard dans la troisième croisade profitèrent d’un incendie qui avait éclaté en ville pour faire courir une rumeur contre les Juifs. Les maisons de Benoît et Joce furent attaquées et ce dernier obtint la permission du gardien du château d’York d’y évacuer sa famille et l’ensemble des Juifs, probablement dans la tour de Clifford. Assaillis par la foule, les Juifs prirent peur et ne laissèrent pas rentrer le gardien qui avait quitté la tour. Il en appela au shérif, qui fit venir la milice du Comté. La tour de Clifford fut assiégée plusieurs jours. Un moine fit la cérémonie de sacrement chaque matin autour des murs comme pour sacraliser la lutte. Il fut écrasé d’une pierre jetée par les Juifs assiégés ; la colère de la foule devint alors une folie forcenée. Quand les Juifs de la tour de Clifford virent qu’ils n’avaient aucune alternative autre que de se soumettre au baptême ou périr aux mains de la foule, Yom-Tob ben Isaac de Joigny, tossafiste français et nouveau chef de la communauté, les exhorta à se tuer eux-mêmes plutôt que de succomber à la cruauté de leurs ennemis. Ceux qui étaient en désaccord furent autorisés à se retirer. Les autres se donnèrent la mort, après avoir mis le feu à leurs vêtements et marchandises pour éviter que ceux-ci ne tombent dans les mains de la foule.

[8] Elle opposa l’armée de David 1er d’Écosse à celles du roi Étienne d’Angleterre commandées par l’archevêque Thurstan d’York et Walter Espec, lord de Helmsley. Robert de Bruce, lord d’Annadale, l’un des leaders de l’armée anglaise, normand proche du roi écossais, fut envoyé pour le persuader de se retirer sans combattre contre ses anciens alliés. Il échoua à le convaincre, et dut briser son vœu de fidélité au roi écossais. La bataille se conclut par une défaite des Écossais qui mit fin à leur volonté de conquête du comté de Northumbrie, et aboutit au traité de Durham en 1139 qui pacifia la frontière anglo-écossaise. Le nom de cette bataille vient des bannières de Saint-Pierre de York, de Saint-Jean de Beverley et de Saint-Wilfrid de Ripon qu’arboraient les Anglais durant celle-ci.

[9] Scarborough est une ville sur la mer du Nord dans le comté du Yorkshire du Nord en Angleterre, Royaume-Uni.

[10] La famille d’Estouteville est une ancienne famille de la noblesse normande. Elle prend racine en Angleterre après la conquête normande de 1066, ses membres anglo-normands devenant les Stuteville. Une branche de la famille s’installera également en Italie méridionale où elle s’enracinera, donnant naissance à la famille Tuttavilla, dans la région de Naples.

[11] La famille Fossard est un lignage mineur de tenants-en-chef dans le comté du Yorkshire en Angleterre sous la vassalité du seigneur Robert de Mortain durant la période qui suivit la conquête normande de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant après sa victoire lors de la bataille d’Hastings. Les Fossard firent édifier le château de Mulgrave qui devint leur fief jusqu’à l’extinction de la baronnie féodale des Mulgrave en 1415 avec la mort sans héritiers de Pierre VIII de Mauley.

[12] Un riding, dérivé du vieux norrois thriding « tiers », désigne une ancienne division territoriale des Îles Britanniques, les plus connues étant les anciennes divisions territoriales du Yorkshire

[13] Le Yorkshire est un comté traditionnel d’Angleterre. Ce comté, le plus vaste du Royaume-Uni, est administrativement divisé entre quatre comtés cérémoniaux : le Yorkshire du Nord, le Yorkshire de l’Ouest, le Yorkshire du Sud et le Yorkshire de l’Est. Malgré cela, le Yorkshire est toujours considéré comme une entité culturelle et géographique unique.

[14] Le titre de comte de Richmond également écrit Richemont a été créé de nombreuses fois dans la pairie d’Angleterre. Le titre ne doit pas être confondu avec l’« honneur de Richmond », qui consiste en la possession effective des terres du comté de Richmond.

[15] Yorkshire

[16] La bataille de Lincoln ou première bataille de Lincoln se déroule le 2 février 1141. Cet événement est un épisode important d’une période sombre de l’Histoire de l’Angleterre, la guerre civile entre Étienne d’Angleterre et Mathilde l’Emperesse. À l’issue de cette bataille, le roi Étienne est capturé, puis emprisonné et déposé.

[17] C’est l’une des villes les plus anciennes du pays. C’est l’ancienne capitale du royaume de Kent. Saint Augustin de Cantorbéry convertit la ville, ainsi que le roi Æthelbert et en fait pour lui un siège épiscopal en 597. La ville devient rapidement le siège de l’archevêque primat d’Angleterre.

[18] Le comté de Chester fut l’un des plus puissants comtés de l’Angleterre médiévale. Le Cheshire appartenait aux comtes de Chester, ainsi que l’honneur de Chester, formé de terres et de places dans toute l’Angleterre. En 1237, après la mort de John le Scot, le titre est racheté aux sœurs de Ranulf de Blondeville, gendre de Conan IV de Bretagne, par le roi Henri III, qui le donna à son fils Édouard. Depuis 1301, le titre est généralement donné à l’héritier désigné du trône d’Angleterre. Depuis 1399, il est donné conjointement avec le titre de prince de Galles.

[19] Le Lincolnshire est un comté d’Angleterre situé sur le littoral de la mer du Nord. Il a pour voisins, du nord au sud, les comtés du Yorkshire de l’Est, du Yorkshire du Sud, du Nottinghamshire, du Leicestershire, du Rutland, du Cambridgeshire et du Norfolk. Son chef-lieu est la ville de Lincoln.

[20] Bridlington est une ville côtière et station balnéaire du Yorkshire de l’Est, dans le nord de l’Angleterre.

[21] L’archevêque d’York est le troisième personnage de l’Église d’Angleterre, après le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque) et l’archevêque de Cantorbéry (le primus inter pares de tous les primats anglicans).

[22] Le traité de Wallingford est un accord conclu le 6 novembre 1153 entre le roi Étienne d’Angleterre et Henri Plantagenêt, duc de Normandie, comte d’Anjou et du Maine, fils de Mathilde l’Emperesse et futur Henri II d’Angleterre. Le traité mit fin à la guerre civile créée par la dispute pour la couronne d’Angleterre qui durait depuis 1135. Il est parfois aussi appelé traité de Winchester ou traité de Westminster, car bien qu’initié à Wallingford, il a été formellement écrit à Winchester (Angleterre) et finalisé à l’abbaye de Westminster.

[23] En 996, le premier seigneur d’Aumale, Guérinfroy, bâtit un château fort et fonde une collégiale que desservent six chanoines. Elle devient par la suite l’abbaye Saint-Martin-d’Auchy. En 1089, le château d’Aumale est assiégé et emporté par Robert Courteheuse, duc de Normandie, en lutte contre son frère Guillaume le Roux, roi d’Angleterre, qui convoitait le duché. En 1106, Guillaume le Roux s’empare à son tour de la forteresse. En 1108, Baudouin le Sévère, comte de Flandre, en conflit avec le duc-roi Henri 1er Beauclerc attaque le château d’Aumale. En 1172, le comte de Flandre Philippe d’Alsace qui soutient Henri le Jeune révolté contre son père Henri II Plantagenêt assiège le château. En 1180, Jean de Ponthieu attaque le château. En 1184, c’est Guillaume de Ponthieu qui attaque à son tour la forteresse. En 1189, Philippe, évêque de Beauvais, prend et pille le château d’Aumale alors que Guillaume de Mandeville est comte d’Aumale. En 1193, Richard Coeur de Lion s’empare du château d’Aumale. En 1196, Philippe Auguste, dans le conflit qui l’oppose à Richard Cœur de Lion après 2 mois de siège, s’empare du château et le rase.