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Jean d’Éphèse ou Jean d’Asie et Jean d’Amida

jeudi 23 février 2017

Jean d’Éphèse ou Jean d’Asie et Jean d’Amida (vers 507- après 585)

Évêque monophysite-Écrivain religieux de langue syriaque

Né dans le district d’Ingila [1], au nord d’Amida [2]. À l’âge de 3 ou 4 ans, il fut confié par ses parents à un moine stylite [3] nommé Maron, dont l’enclos se trouvait dans une localité nommée Ar’a Rabtha [4].

À quinze ans, il entra dans le monastère fondé par Jean l’Ourtéen près d’Amida ; cette communauté avait été expulsée de son siège en 521, vécut dans le monastère de Mama [5], à Hazim, jusqu’en 526, et après d’autres déplacements fut autorisée à regagner Amida en 530. En 529, le jeune homme fut ordonné diacre par l’évêque monophysite [6] Jean de Tella .

En 532, il se trouvait à Antioche [7] et en 534, en Palestine, puis en Égypte. De là, il se rendit en 535 à Constantinople, où il y fit la connaissance de Jacques Baradée , et aussi d’un certain Deutérius, qui fut ensuite pendant très longtemps son collaborateur. Il était de retour à Amida pendant l’hiver 536-537, lorsqu’une violente persécution anti-monophysite fut lancée par Éphrem, patriarche d’Antioche [8], lui-même originaire d’Amida, et par Abraham, l’évêque de la ville.

La communauté à laquelle il appartenait fut à nouveau expulsée, et après une nouvelle errance s’installa en 539 près de Claudia sur l’Euphrate. En 540, il suivit son supérieur l’archimandrite [9] Abba, qui se réfugia alors à Constantinople. En 541, il fit un nouveau voyage en Égypte, en Palestine et en Syrie, puis revint à Constantinople. Il habitait alors dans la maison du patrice [10] Probus, neveu de l’empereur Anastase.

En 542, il fut choisi par l’empereur Justinien pour la mission d’éradiquer les pratiques païennes qui subsistaient dans la province d’Asie [11], à condition que les conversions se fassent vers la foi de Chalcédoine [12]. Il affirme y avoir baptisé 70 000 païens ; il y fonda 41 églises aux frais des convertis, et l’empereur en ajouta 55 aux frais de l’État. il établit également un important monastère près de Tralles [13], sur une colline dominant la vallée du Méandre [14]. Une grande part de ces fondations se fit sur les ruines de temples païens qu’il avait fait détruire.

Son activité dans la région fut également dirigée contre des sectes chrétiennes hétérodoxes, notamment les montanistes [15]. Il dirigea une expédition contre leur grand centre religieux de Pépuza, situé en Phrygie [16], et que la secte appelait la Nouvelle Jérusalem. Le sanctuaire fut détruit, les corps des fondateurs Montanus , Priscilla et Maximilia déterrés et brûlés, et tout le reste incendié. De nouvelles persécutions sous Tibère II semblent être venues à bout de l’existence de ce groupe religieux.

Il s’intéressa aussi à une mission d’évangélisation des Nubiens [17], mais sans faire lui-même le voyage. En 546, l’empereur le chargea d’une mission d’enquête sur la persistance de pratiques païennes dans les milieux dirigeants de Constantinople. Il s’en acquitta avec un zèle fanatique, n’hésitant pas à faire torturer des suspects. Phocas, ancien préfet du prétoire [18] d’Orient, fut acculé au suicide par le poison. Jean se prévalut ensuite des titres d’Instructeur des païens et de Briseur des idoles.

En 558, Jacques Baradée le consacra archevêque d’Éphèse [19] des monophysites, et consacra six autres évêques pour la province d’Asie, ce qui semble indiquer que le missionnaire n’avait guère respecté les consignes doctrinales de Justinien.

Après la mort, en 566, de Théodose d’Alexandrie, qui vivait en résidence surveillée dans la capitale, il fut considéré comme le plus haut dignitaire de l’Église monophysite. Mais à partir de 571, l’empereur Justin II, après avoir tenté une union qui fut refusée par la majorité des monophysites, ordonna une campagne de persécution violente contre les dissidents, et Jean d’Éphèse en fut l’une des cibles en vue. Sur l’ordre du patriarche Jean III le Scholastique , il fut jeté en prison et maltraité. En 576, les monophysites étant très divisés, il exprima son désaccord avec Jacques Baradée, qui louvoyait entre Paul le Noir , signataire, puis dénonciateur de l’union avortée de 571, et les Alexandrins, qui ne voulaient plus entendre parler de lui, et devant qui Baradée sembla capituler.

Après 580, forcé de fuir et de se cacher, il consacra son collaborateur Deutérius comme évêque de Carie [20] et lui confia les communautés de la province d’Asie qu’il avait converties. Il fut détenu pendant un an à Chalcédoine. On ne sait ni où ni quand il mourut, mais ce fut sans doute peu après 585, car son Histoire s’arrête cette année-là.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Jean d’Éphèse/ Portail des chrétiens d’Orient/ Écrivain syriaque

Notes

[1] Eğil est une ville et un district de la province de Diyarbakır dans la région de l’Anatolie du sud-est en Turquie.

[2] Diyarbakır est une ville du sud-est de la Turquie. Elle était également appelée Amida sous l’Empire romain. Les Kurdes constituant la majeure partie de la population de la ville la considèrent comme la capitale du Kurdistan turc, dans le sud-est anatolien. Appelée Amida dans l’Antiquité, ce qui lui vaut son nom de Kara Amid, la « Noire Amida », elle fut la capitale du royaume araméen de Bet-Zamani à partir du 13ème siècle av. jc, puis d’un royaume arménien appelé Cordyène ou Cardyène. La région devint par la suite une province de l’Empire romain ; Amida était au 4ème siècle la principale place forte de Mésopotamie, dans la haute vallée du Tigre. Amida fut un centre religieux lié au patriarcat syriaque-orthodoxe d’Antioche. De cette époque, jusqu’au génocide arménien de 1915, la région est fortement peuplée d’Arméniens. La région comportait également une minorité chaldéenne. La ville d’Amida fut le siège du patriarcat chaldéen de 1681 à 1828.

[3] Les stylites sont des ermites des débuts du christianisme, des anachorètes qui plaçaient leur cellule au sommet d’une ruine, d’une colonnade, d’un portique ou d’une colonne pour y pratiquer une ascèse extrême.

[4] Grande Terre

[5] dans Archidioèse de Tyr et Sidon

[6] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie.

[7] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle est située au bord du fleuve Oronte. Antioche était la ville de départ de la route de la soie.

[8] Le titre de « patriarche d’Antioche » est traditionnellement porté par l’évêque d’Antioche (dans l’actuelle Turquie). L’Église d’Antioche est l’une des plus anciennes de la chrétienté, son institution remontant à l’apôtre Pierre. Aujourd’hui, pas moins de cinq chefs d’Église, dont trois catholiques, portent le titre de « patriarche d’Antioche ». Aucun d’entre eux ne réside à Antioche / Antakya depuis la présence musulmane majoritaire en Turquie.

[9] Un archimandrite est, dans les Églises de rite byzantin, un titre honorifique accordé aux higoumènes (supérieurs de monastère) ou aux recteurs (curés) de paroisses importantes.

[10] Patrice est un titre de l’empire romain, créé par Constantin 1er. Dans les années 310-320, Constantin abolit le patriciat romain, vieille distinction sociale qui avait ses racines au début de la république romaine. Le titre de patrice est désormais accordé par l’empereur à des personnes de son choix, et non plus à des familles entières. Dès son apparition, le titre de patrice permet à son titulaire d’intégrer la nobilitas, comme le faisait déjà le patriciat républicain. Le titre était décerné à des personnages puissants mais non membres de la famille impériale ; il vient dans la hiérarchie immédiatement après les titres d’Auguste et de César. Ce titre fut ensuite conféré à des généraux barbares au service de l’empire. Le titre fut encore porté par des notables gallo-romains au 6ème siècle. Sous les Mérovingiens, le titre de patrice était donné au commandant des armées burgondes. Les papes l’ont notamment décerné à plusieurs reprises pour honorer des personnages qui les avait bien servis. Le titre fut également conservé dans l’Empire byzantin, et son importance fut même accrue au 6ème siècle par Justinien 1er, qui en fit la dignité la plus haute de la hiérarchie aulique. C’était une dignité accordée par brevet. Dans les siècles suivants, elle fut progressivement dévaluée par la création de nouveaux titres. La dignité de patrice disparut à Byzance au 12ème siècle.

[11] La province romaine d’Asie comprenait la Carie, la Lydie, la Mysie, la Phrygie et la Troade.

[12] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).

[13] La ville se situe dans l’antique Lydie et s’appelle durant l’époque hellénistique Séleucie du Méandre. Sous Rome, elle prend le nom de Cæsarea puis durant la période byzantine celui de Tralles. Dans la seconde moitié du 5ème siècle, un des architectes de Sainte-Sophie de Byzance, Anthémios de Tralles, y est né. La cité d’Aydın (l’antique Tralles) est contrôlée un temps par le Beylik Menteşe et renommée Güzelhisar au 13ème siècle. Elle est ensuite transférée à leurs voisins septentrionaux les Aydınoğullari, qui la renomment d’après le fondateur de leur dynastie.

[14] La vallée du Grand Méandre est une vallée de Carie en Turquie. Il s’agit d’un immense fossé tectonique de plus de 250 km où coule le Méandre. Régions montagneuses à l’est puis les plaines à l’ouest où de nombreux vergers et jardins y sont cultivés. Ce qui en fait une région agricole. Son histoire est très riche avec de nombres sites archéologiques : Hierapolis près de Pamukkale, Aphrodisias. À l’époque ottomane, cette vallée, au sud d’İzmir, est empruntée par la route conduisant les caravanes vers le haut plateau anatolien.

[15] Le montanisme est un mouvement chrétien hétérodoxe du 2ème siècle fondé par le prophète Montanus en Phrygie, région de la Turquie actuelle. Ce mouvement spontané, tout d’abord indistinct de l’Église d’Ignace d’Antioche, fut ensuite considéré comme hérétique par celle-ci. Ce mouvement, qui se réclamait spécialement de l’Évangile selon Jean, est contemporain du marcionisme.

[16] La Phrygie est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. Ils ont occupé vers 1200 av.jc la partie centrale et occidentale de l’Asie Mineure, profitant de l’effondrement de l’Empire hittite.

[17] Dans l’Antiquité, la Nubie était un royaume indépendant dont les habitants parlaient des dialectes apparentés aux langues couchitiques. Au cours de la Troisième période intermédiaire (-1085 / -750), la Nubie recouvrait son indépendance. Se constitua alors dans le bassin du Nil moyen un « empire koushite » qui allait perdurer durant quelque mille ans. Cette période est traditionnellement divisée en deux époques : celle de Napata, qui a duré de -750 à -300, et celle de Méroé, qui a duré de -300 à 340.

[18] Le préfet du prétoire (præfectus prætorio) est l’officier commandant la garde prétorienne à Rome, sous le Haut-Empire, et un haut fonctionnaire à la tête d’un groupe de provinces, la préfecture du prétoire, dans l’Antiquité tardive.

[19] Éphèse est l’une des plus anciennes et plus importantes cités grecques d’Asie Mineure, la première de l’Ionie. Bien que ses vestiges soient situés près de 7 kilomètres à l’intérieur des terres, près des villes de Selçuk et Kuşadası dans l’Ouest de l’actuelle Turquie, Éphèse était dans l’Antiquité, et encore à l’époque byzantine, l’un des ports les plus actifs de la mer Égée ; il est situé près de l’embouchure du grand fleuve anatolien Caystre. L’Artémision, le grand sanctuaire dédié à Artémis, la déesse tutélaire de la cité, qui comptait parmi les Sept merveilles du monde et auquel Éphèse devait une grande part de sa renommée, était ainsi à l’origine situé sur le rivage.

[20] La Carie est une ancienne province du sud-ouest de l’Asie mineure, située entre la Lycie à l’Est, la Phrygie au Nord, la Lydie à l’Ouest et la mer Égée au Sud. À l’origine, c’est une colonie phénicienne, prise ensuite par les Doriens qui fondent les cités de Cnide et d’Halicarnasse. Sous la domination des Perses, elle devient une satrapie, rapidement gouvernée par des satrapes locaux qui se comportent comme des monarques autonomes, comme Mausole ou sa femme Artémise II. Sous l’Empire romain, la Carie devient une province romaine d’Asie.