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Wulfila, Ulfila ou Ulfilas

lundi 6 juin 2016

Wulfila, Ulfila ou Ulfilas (vers 311-383)

Évêque de Gothie

Il est un tenant de l’homéisme [1], puis d’un subordinationisme [2] trinitaire. On lui attribue l’évangélisation des Goths [3] et la traduction de la Bible dans leur langue à l’aide d’un alphabet conçu par ses soins, un événement aux répercussions religieuses et culturelles importantes.

Wulfila naît en territoire goth, sur les rives de la mer Noire. Si l’on en croit les sources chrétiennes, il appartient à une famille chrétienne hellénisée de Cappadoce [4], capturée par des Goths lors d’une de leurs incursions en Asie mineure à la fin du 3ème siècle. Il est cependant possible que cette tradition témoigne simplement d’une volonté de constituer un passé orthodoxe à celui qui propagera le christianisme chez les Goths.

Son nom est d’origine gotique et témoigne peut-être du degré d’intégration de ces familles de prisonniers chrétiennes chez les Goths, que semblent attester plusieurs auteurs anciens. En tout état de cause, il est vraisemblable que les captifs chrétiens furent les premiers vecteurs de la pénétration du christianisme chez les Goths et les Alamans [5]. Outre la langue des Goths, Ulfila maîtrise le grec et le latin qu’il a appris à écrire ; il se destine probablement à une carrière de clerc.

Selon les auteurs anciens, ses talents lui valent d’être ambassadeur pour son peuple d’adoption auprès de l’Empire romain d’Orient. Cependant, l’historiographie actuelle suggère également la possibilité d’une persécution en territoire des Goths Tervinges dès 340, qui oblige les chrétiens à une migration dans l’Empire.

En effet, il semble qu’une certaine christianisation des Goths avait commencé auparavant par des contacts avec le monde romain, peut-être par les prisonniers ou des marchands. La mention parmi d’autres de Nicétas le Goth , disciple d’un évêque du nom de Théophile présent au concile de Nicée, atteste d’une évangélisation d’un christianisme nicéen dont il reste quelques traces après Ulfila.

À Antioche [6], où l’empereur Constance II est présent pour un concile connu sous le nom “de synode de la Dédicace”, Wulfila entre en contact avec l’évêque arien Eusèbe de Nicomédie, qui le consacre évêque du pays goth en 341, dans un contexte ou l’arianisme [7] est favorisé par les empereurs Constance II puis Valens.

Suivant les récits anciens, pendant plusieurs années encore, Wulfila se consacre au prosélytisme dans les terres au-delà du Danube, mais le succès de la propagande chrétienne effraie le roi des Goths et une persécution a lieu entre 347 et 350, faisant se réfugier Wulfila dans l’Empire où l’accueille Constance II.

En tout état de cause, c’est ce dernier qui installe Wulfila et ses ouailles à Nicopolis [8], dans la province frontalière de Mésie Seconde [9]. Après son immigration dans l’empire, ce dernier n’est plus l’évêque de la Gothie, mais l’évêque de ce groupe ethnique que l’on appelle par la suite les Goths mineurs, établis durablement dans la région.

De plus, à la suite de la guerre civile entre tribus goths et des invasions des Huns, les Tervinges qui se sont convertis à la suite de leur chef Fritigern se réfugient à leur tour en 376 en Mésie, rejoignant et grossissant l’Église arienne des Goths mineurs. Ces migrants, sous la juridiction de l’évêque arien de Constantinople Démophile , forment le noyau à partir duquel se reconstituera le peuple gothique de l’Ouest [10] en terre romaine qui, resté attaché à l’arianisme, constituera l’Église wisigothique qui s’autonomisera avec la migration des Wisigoths vers l’Occident.

Wulfila meurt à Constantinople, à la veille du synode convoqué au printemps 383 par l’empereur Théodose qui marquera la fin de la domination des théologies arianisantes. Mis à part le nom de son successeur, Selena, on ne sait plus grand-chose de l’arianisme chez les Goths dans la partie orientale de l’Empire.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du dictionnaire d’histoire universelle le petit mourre édition Bordas 2004 p 1355 et du livre de Bruno Luiselli, « Le défi barbare », dans Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin et Michel-Yves Perrin, Histoire générale du christianisme, vol. I, PUF / Quadrige,‎ 2010

Notes

[1] L’homéisme est un courant du christianisme ancien qui se développe à partir du 4ème siècle dans le cadre de la crise arienne. Les homéens sont parfois appelés acaciens, du nom d’un de leurs chefs de file Acace de Césarée.

[2] Le subordinatianisme est la tendance théologique répandue dès les tout premiers temps du christianisme ancien et d’après laquelle, selon le principe du Dieu Un de la Septante, le Fils, Jésus, est subordonné au Père car il a été créé par le Père alors que le Père est, lui, inengendré et absolument transcendant, au contraire du Fils. Le développement de cette théologie avait initialement pour objet de lutter contre le polythéisme larvé des nouvelles théologies, notamment le dithéisme émergent. Le subordinatianisme se retrouve ainsi tant chez des pères de l’Église comme Origène que dans des courants qui refuseront d’adhérer à l’orthodoxie trinitaire en voie de constitution - et qui ne fera référence qu’à partir du ive siècle -, comme l’arianisme ou le modalisme.

[3] Les Goths sont un peuple germanique dont les deux branches, les Ostrogoths et les Wisigoths, engagées à maintes reprises dans des guerres contre et avec Rome pendant la période des grandes invasions de la fin de l’Antiquité, constituent au 5ème siècle, leurs propres royaumes avant de s’effondrer, respectivement en 553 et 711.

[4] La région historique de Cappadoce se trouve au centre de l’Anatolie, en Turquie.

[5] Les Alamans ou Alémans étaient une confédération de tribus germaniques principalement suèves établis d’abord sur le cours moyen et inférieur de l’Elbe puis le long du Main. Apparaissant pour la première fois dans les textes romains en 213, ils conquirent les Champs Décumates en 260 pour se répandre ensuite sur un territoire couvrant une partie de l’Helvétie (la Suisse), la Décumanie (le pays de Bade) et une partie de la Séquanaise (l’Alsace) où ils contribuèrent à la germanisation de ces régions précédemment romanisées. En 496, les Alamans furent vaincus par le Franc Clovis, qui annexa leur territoire à son royaume. Après le traité de Verdun, ces territoires firent partie de la Francie orientale avant de constituer le duché de Souabe du 10ème au 13ème siècle.

[6] Antioche est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle est située au bord du fleuve Oronte. Antioche était la ville de départ de la route de la soie.

[7] L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, due à Arius, théologien alexandrin au début du 4ème siècle. La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Il fut dès lors qualifié d’hérésie par les chrétiens trinitaires, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle. Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertirent la plupart des peuples germaniques qui rejoignirent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du 6ème siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du 7ème siècle.

[8] Nicopolis était une colonie romaine fondée par Pompée en 63 av. jc en Arménie Mineure (dans le Nord-est de la Turquie actuelle) à la fin de la 3ème guerre de Mithridate. Aujourd’hui, le site est identifié à la ville de Koyulhisar.

[9] La Mésie ou Moésie est une ancienne région géographique et historique située au sud du cours inférieur du Danube, dans les actuelles Serbie, Bulgarie (nord) et Roumanie (extrémité sud-est).

[10] les Wisigoths