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Vers une déchristianisation de la société

vendredi 6 mai 2016

Vers une déchristianisation de la société

Le 24 novembre 1793, la Convention publie le calendrier républicain, aussi appelé calendrier des Français.

Un an plus tôt, le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la royauté, les députés avaient décidé que les actes du gouvernement seraient désormais datés de l’An 1 de la République. Cette déclaration furtive de la République, selon le mot de Robespierre, ne remettait pas en cause la succession des mois du calendrier grégorien, hérité de Jules César et modifié par le pape Grégoire XIII le 24 février 1582. C’est seulement le 5 octobre 1793 que les députés votent le principe de l’abolition de ce calendrier. L’Assemblée révolutionnaire prétend ainsi déraciner à jamais les rites chrétiens, en particulier le repos dominical et les fêtes religieuses. Terreur oblige, la Convention prévoit que quiconque s’exprimerait selon l’ancien calendrier grégorien serait passible de la peine de mort.

Des prêtres s’exilent. Beaucoup se cachent et continuent à pratiquer les sacrements en dehors des églises. D’autres montent à la guillotine, ainsi que des religieux et des religieuses.

Sous la Convention, la ferveur antireligieuse et antimonarchiste des députés ne connaît plus de bornes. Un décret du conventionnel Barrère mandate des ouvriers pour démonter les tombeaux de la nécropole royale de Saint Denis. Le conventionnel Joseph Fouché, un ancien prêtre oratorien en mission dans l’Allier et la Nièvre, signe le 9 octobre 1793 un arrêté sans équivoque, La mort est un repos éternel ! Il ordonne de placer cette inscription à l’entrée des cimetières.

Le 1er frimaire An II* (21 novembre 1793), le Conseil général de la Commune de Paris impose en tête des convois funéraires l’inscription : L’homme juste ne meurt jamais, il vit dans la mémoire de ses concitoyens. 3 jours plus tard, la Convention adopte le nouveau calendrier.

Décidé à mener la déchristianisation à son terme, Maximilien de Robespierre ne veut pas toutefois priver le peuple de références religieuses et morales. À son instigation, l’assemblée révolutionnaire introduit en mai 1794 le culte de l’Être suprême.

Robespierre, élu président de la Convention a l’honneur de conduire le 20 prairial An II* (8 juin 1794) la première fête en l’honneur de l’Être suprême. Il marche en tête d’un cortège magnifique ordonné par le peintre David, un bouquet de fleurs et d’épis à la main, des Tuileries au Champ de Mars. Plus chanceux que l’Être suprême, le calendrier révolutionnaire va survivre à la Terreur et à la chute de Robespierre, le 9 thermidor de l’An II* (27 juillet 1794).

Mais trop peu pratique, le calendrier des Français n’aura guère d’emprise sur les esprits. Il sera abrogé le 1er janvier 1806 sous le Premier Empire. Les semaines du nouveau calendrier sont portées à 10 jours. Elles prennent le nom de décades. Les jours cessent d’être consacrés à des saints et prennent des noms caractéristiques des produits de la France métropolitaine. Châtaigne, tourbe, chien, radis, chèvre, abeille, sarcloir,...

Aux noms des jours de la semaine (lundi, mardi,...) se substituent primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi. Le premier jour de la nouvelle ère révolutionnaire s’ouvre le 22 septembre 1792, avec la naissance de la République. Ce jour-là correspond donc au primidi vendémiaire de l’An I de la République.

Dans le calendrier révolutionnaire, les mois ont chacun 30 jours. Ils portent les noms de vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor et fructidor.

Pour s’aligner sur un cycle solaire, les 12 mois de l’année sont complétés par 5 jours consacrés à des fêtes patriotiques.

Ce principe n’est pas à proprement parler nouveau. Il est identique à celui des pharaons ! A noter aussi que l’empereur Charlemagne, mille ans plus tôt, avait tenté mais en vain de substituer aux noms de mois issus de la tradition romaine des noms inspirés de la vie rurale et plus proches du quotidien de ses sujets.

Le calendrier révolutionnaire et ses mots aux sonorités musicales furent l’œuvre du poète François Fabre d’Églantine. Celui-ci est député à la Convention et assure le secrétariat de Danton. Il manifeste une vénalité au-dessus de la moyenne, ce qui n’est pas peu dire en ces temps où la corruption est monnaie courante parmi les conventionnels. Il sera guillotiné à l’instigation de Robespierre le 5 avril 1794 aux côtés de Danton et de Camille Desmoulins. Bien avant de se pencher sur le calendrier révolutionnaire, il se fait connaître en composant : “Il pleut, il pleut, bergère”. Il ajouta “d’Églantine” à son nom en souvenir d’une églantine d’argent qu’il a remporté dans sa jeunesse à l’occasion d’un concours de poésie organisé par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.