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Jean VI de Constantinople

jeudi 3 mars 2016

Jean VI de Constantinople (mort en 715)

Patriarche de Constantinople de début 712 à sa mort

Après avoir renversé et fait décapiter l’empereur Justinien II fin 711, Philippicos déposa le patriarche Cyrus de Constantinople , nommé par son prédécesseur, surtout parce qu’il voulait modifier l’orientation de l’Église. Il voulait annuler le concile œcuménique de 680 [1] et rétablir le monothélisme [2] comme doctrine officielle.

Le nouvel empereur choisit donc Jean, qui acceptait d’entrer dans ses vues, et qui présida un concile purement byzantin de rétablissement du monothélisme. La majorité de l’épiscopat souscrivit d’ailleurs à ce tournant, y compris le futur patriarche Germain 1er, à l’époque métropolite [3] de Cyzique [4], et aussi André de Crète . En revanche, la nouvelle suscita une levée de boucliers à Rome, où on avait rejeté le monothélisme pendant tout le siècle précédent. Les représentants de l’empereur furent expulsés de la ville, et on refusa d’y reconnaître tant Philippicos que son patriarche Jean.

Philippicos fut renversé par un complot d’officiers le 3 juin 713. Son successeur, Anastase II, qui était auparavant le protasekretis [5], annula le concile de l’année précédente et revint à l’orthodoxie du concile de 680. Mais il ne déposa pas Jean VI, ni aucun des évêques qui avaient souscrit au rétablissement du monothélisme. Le patriarche fut simplement contraint de changer totalement de position et d’écrire au pape Constantin pour l’assurer de son adhésion à la doctrine orthodoxe des deux volontés du Christ.

Jean VI mourut pendant l’été 715, alors que faisait rage la guerre civile entre Anastase II et Théodose III, et fut remplacé par Germain 1er, intronisé le 11 août, auquel ne fut pas non plus reproché son ralliement à Philippicos.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Venance Grumel, Traité d’études byzantines, vol. I : La chronologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Bibliothèque byzantine »,‎ 1958.

Notes

[1] Le troisième concile de Constantinople, compté comme sixième concile œcuménique, se tint du 7 novembre 680 au 16 septembre 681. Il fut convoqué par l’empereur Constantin IV, souhaitant régler la question du monothélisme, qui empoisonnait les relations entre les Églises de Constantinople et de Rome. Cette doctrine, inventée pour réconcilier les monophysites avec l’Église byzantine, n’était plus d’actualité, car l’Empire n’espérait plus recouvrer ni l’Égypte, ni la Syrie.

[2] Le monothélisme est un courant de pensée du christianisme, développé au 7ème siècle dans le but de réunifier l’Église chalcédonienne et les Églises des trois conciles, et condamné comme hérésie au troisième concile de Constantinople en 681.

[3] Métropolite est un titre religieux porté par certains évêques des Églises d’Orient. À l’origine, le métropolite est l’évêque d’une capitale de province (métropole) romaine investi de la charge de présidence des conciles ou synodes provinciaux. Dans l’Église d’Occident, on prit l’habitude de dire « métropolitain » pour désigner un archevêque assurant un rôle de coordination entre les évêques titulaires des sièges qui composent la province ecclésiastique. En Orient on utilise le terme de métropolite qui, au cours de l’histoire, est souvent synonyme d’archevêque. Dans l’Église orthodoxe d’aujourd’hui, les deux termes ont des usages distincts. Mais il faut distinguer l’usage grec, l’usage russe et l’usage roumain.

[4] Cyzique était une cité grecque de Mysie, sur la Propontide (l’actuelle mer de Marmara). Elle fut fondée par les Grecs d’Ionie de la cité de Milet en 756 avant notre ère. Longtemps rivale de Byzance elle fit partie de la ligue de Délos. Alcibiade y remporta une victoire sur la flotte spartiate avec l’aide de Thrasybule et de Théramène. Elle appartint ensuite au royaume de Pergame avant de passer sous administration romaine lorsque ce royaume hellénistique fut légué à Rome. Elle devint une cité commerciale maritime importante.

[5] Le protasekretis, ou protoasekretis est un haut fonctionnaire byzantin, le chef du collège des asekretis, la principale classe de notaires impériaux. Le poste évolue progressivement avec le temps. Les premiers asekretai sont attestés au 6ème siècle et plusieurs patriarches de Constantinople ainsi que l’empereur Anastase II sont issus de leurs rangs. En plus d’une possible référence anachronique à Maxime le Confesseur comme protasekretis sous Héraclius, la première preuve de l’existence de cette fonction (sous le nom de protos a secretis) vient du Liber Pontificalis de 756