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Martin 1er (pape)

vendredi 4 décembre 2015

Martin 1er (pape) (vers 600-655/656)

Pape de juillet 649 à 654

Né à Todi [1], fils d’un patricien nommé Fabrice. Avant son élévation au pontificat, Martin est apocrisiaire [2] à Constantinople. Élu pape 52 jours après la mort de son prédécesseur Théodore 1er, il est consacré dès le 5 août, sans avoir sollicité la confirmation de son élection par l’empereur, ou son représentant en Italie, l’exarque de Ravenne [3], ce qui est la règle à l’époque. Il n’est donc pas reconnu pape par les autorités byzantines.

Martin 1er réunit du 5 au 31 octobre 649, avec la collaboration du moine oriental Maxime le Confesseur, un concile d’une centaine d’Évêques dans l’Archibasilique Saint-Jean de Latran. Ce concile condamne le monothélisme [4], doctrine officielle de l’Empire depuis l’Ecthèse [5] de 638 et surtout le Typos [6] de 648. Toutefois, des doutes sont émis de nos jours sur la réalité ou au moins la dimension et la nature de cette assemblée. En tout cas, le pape Martin fait connaître en Italie, en Gaule et en Orient, la condamnation du monothélisme et du Typos par le Saint-Siège.

L’empereur Constant II charge l’exarque [7] Olympios de rétablir l’autorité impériale, d’imposer le Typos et peut-être d’arrêter le pape illégitime. Mais, confronté à une forte résistance de la population du Latium et des milices locales, Olympius se range du côté de Martin et se proclame empereur en 650. Il chasse du Palatin, les fonctionnaires fidèles à Constant II. Mais l’année suivante, en route vers la Sicile pour repousser une attaque musulmane, il meurt de la peste.

Ce n’est que le 17 juin 653 qu’un nouvel exarque, Théodore Calliopas , fait arrêter le pape en pleine basilique du Latran. Accusé de haute trahison, Martin est traité sans aucun ménagement par les soldats byzantins, qui le conduisent à Ostie [8] et l’embarquent le 19 juin pour Constantinople, où il arrive le 17 septembre. Il est fort mal traité pendant la traversée. Atteint de goutte, il se voit refuser tout soin, est très peu nourri et ne peut se laver. A l’arrivée, il est débarqué sur une civière. Une foule, certainement payée, l’attend dans le port et l’abreuve d’insultes. Enfermé dans la prison Prandaria, au milieu de détenus de droit commun, il y attend son procès.

Le procès a lieu le 20 décembre 653 devant le sénat, où Martin est encore conduit sur un brancard. L’interrogatoire est mené avec la plus grande brutalité par le patrice Boucoléon, qui exige que le pape se tienne debout, soutenu par deux soldats. Toute question de religion est écartée des débats. Martin se voit signifier qu’il n’est accusé que de trahison politique, notamment d’avoir inspiré l’usurpation d’Olympius.

Le pape est frappé par le sacellaire [9] Troïlos. ses vêtements sacerdotaux sont déchirés et il est quasiment dénudé par les soldats. Constant II assiste à cette audience depuis une tribune d’où il peut voir sans être vu.

Condamné à mort par écartèlement [10] et chargé de lourdes chaînes, il est conduit à la prison Diomède. Là, deux femmes compatissantes ayant accès à la prison, atténuent quelque peu la rigueur de sa détention. Transi de froid, il perd l’usage de la parole, mais peut faire passer un texte à ses partisans, dans lequel il fait état des avanies subies.

Le patriarche Paul II de Constantinople étant mort, son prédécesseur Pyrrhus , démis de ses fonctions au moment du renversement de l’impératrice Martine et de son fils Héraclonas, le 29 septembre 641, est rétabli le 9 janvier 654. Il meurt le 1er juin de la même année. Il est partisan du monothélisme, mais varie sur ce point. Proche de sa fin, il obtient de Constant II, la grâce du pape Martin, dont la peine est commuée en exil perpétuel en Chersonèse Taurique [11].

Le pape déchu est transporté en avril 654 à Cherson [12], capitale de la Chersonèse Taurique [13]. Il subit, en ce lieu, une détention rigoureuse qui hâte sa fin. Entre-temps, les autorités byzantines organisent l’élection d’un nouveau pape. Eugène 1er est élu le 8 septembre 654.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Encyclopédie catholique > M > pape saint Martin I

Notes

[1] Ombrie

[2] c’est-à-dire représentant du pape

[3] L’exarchat de Ravenne, aussi connu sous le nom d’exarchat d’Italie, est une circonscription administrative de l’Empire byzantin comprenant, entre les 6ème et 8ème siècles, les territoires byzantins d’Italie. Son siège était Ravenne et le mot exarchat désigne par la suite en particulier le territoire autour de sa capitale. Cette institution visait à améliorer les conditions de défense contre les attaques des Barbares qui déferlaient sur l’Occident.

[4] Le monothélisme est un courant de pensée du christianisme, développé au 7ème siècle dans le but de réunifier l’Église chalcédonienne et les Églises des trois conciles, et condamné comme hérésie au troisième concile de Constantinople en 681.

[5] L’ecthèse est le nom d’un Symbole de foi proclamé en 638 par l’empereur Héraclius et probablement rédigé par le patriarche Serge 1er de Constantinople. Il tente de susciter une réunion ecclésiale des monophysites arméniens, des sévériens d’Égypte et des jacobites de Syrie afin notamment de reconquérir l’appui des Ghassanides qui s’étaient alliés avec les musulmans et avaient pris les armes contre Byzance. Acceptée en 639 par un synode de Constantinople présidé par le patriarche Pyrrhus, cette tentative de conciliation de l’orthodoxie (dogme de Chalcédoine) et du monothélisme est par ailleurs condamnée par le pape Jean IV en 640.

[6] édit par lequel l’empereur Constant II interdit toute discussion à ce sujet

[7] L’exarchat, mot d’origine grecque, peut prendre deux sens, le premier politique et administratif est propre à l’empire romain d’Orient et l’autre ecclésiastique est propre à l’Église orthodoxe. Dans les Églises d’Orient, un exarque est un évêque qui a reçu mission de représenter un patriarche auprès d’un autre patriarche ou dans un lieu qui n’est le territoire d’aucune Église orthodoxe autocéphale.

[8] Ostie était le port de la Rome antique, situé à l’embouchure du Tibre, à 35 km au sud-ouest de Rome (du fait de l’ensablement, le site se trouve désormais à l’intérieur des terres). Le port antique importait les céréales, l’huile d’olive, le vin, le garum et les autres marchandises en provenance de tout le monde romain, qui étaient ensuite acheminés jusqu’au port fluvial de l’Emporium. La ville portuaire, abandonnée à la fin de l’Empire romain, conserve des rues et des bâtiments antiques, en particulier des entrepôts, des boutiques, des sanctuaires et des immeubles d’habitation (insulae), parfois sur une hauteur de plusieurs étages.

[9] "trésorier", agissant dans ce procès comme procureur du fisc

[10] peine des traîtres

[11] actuelle Crimée

[12] Cherson était une cité de Tauride.

[13] La Tauride, Taurique ou Chersonèse Taurique fut le nom jadis donné par les Grecs antiques à la presqu’île de Crimée. Elle fut le siège du royaume du Bosphore, royaume grec antique établi sur les rives du Bosphore Cimmérien (actuel détroit de Kertch entre la mer Noire et la mer d’Azov) et sur la Tauride proprement dite, qui perdura jusqu’au roi Sauromatès VI où il disparut, conquis par les Goths, lors des invasions barbares.