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Eudon II de Porhoët ou Eudes de Porhoët

lundi 27 avril 2015

Eudon II de Porhoët ou Eudes de Porhoët (mort vers 1175)

Fils de Geoffroy , vicomte de Porhoët [1] et de son épouse Hadvise.

Il succède à son père Geoffroy vers 1130 lorsque ce dernier prend l’habit monastique et donne aux moines de Saint-Martin de Josselin [2] sa part de dîmes de la paroisse de Guillac [3].

Vers 1147 il épouse Berthe de Bretagne veuve de Alain le Noir Comte de Richmond [4] et donc gendre du duc de Bretagne Conan III qui a déshérité son fils unique Hoël , il reçoit de celui-ci le tutorat de son petit-fils, Conan IV.

Un conflit de plusieurs années l’oppose à partir de 1148/1149 à Hoël III de Bretagne qui vaincu le 16 décembre 1154 près de Rezé [5] doit se cantonner dans le comté de Nantes [6] qu’il contrôlait. Pendant six années Eudon, maître du Porhoët [7] une des plus vastes seigneuries de Bretagne qu’il a reçu de Conan III, à titre viager, des domaines dans le Vannetais en en Cornouaille, administre aussi les biens laissés par Alain le Noir et étend l’autorité ducale jusque dans le nord de la péninsule. Il ne veut pas restituer le trône ducal à Conan son titulaire désigné qui est devenu majeur ce qui rend un conflit inévitable.

En 1154, Conan IV s’allie à son oncle Hoël, mais il est battu par son tuteur, le jeune duc doit se réfugier en Angleterre auprès de Henri II qui lui confirme la possession de l’Honneur de Richmond [8] dont il a hérité de son père. Conan reçoit aussi une aide militaire anglaise qui lui permet de revenir en Bretagne et de rallier plusieurs féodaux et d’enlever à son adversaire ses principales positions. Après avoir été brièvement prisonnier Eudon renonce à la lutte et se réfugie hors de Bretagne et se met au service de Louis VII de France.

Conan IV est proclamé duc en 1156, mais cette même année, les Nantais chassent son oncle Hoël et choisissent pour comte le frère cadet d’Henri II, Geoffroy Plantagenêt, déjà comte du Maine et d’Anjou depuis 1156. Le comté de Nantes sort du duché. À la mort de Geoffroy, en 1158, Conan IV croit pouvoir reprendre le Nantais, mais doit se soumettre à Henri II et le lui restituer.

L’occupation par Henri II d’Angleterre du donjon de Dol-de-Bretagne [9] après la mort de Jean II de Dol seigneur de Combourg [10] en 1162 est l’occasion en 1163 d’une vaste révolte féodale menée par Raoul II de Fougères, Eudon de Porhoët revenu en Bretagne, Henri 1er d’Avaugour et Hervé II de Léon . Les barons commencent les hostilités au début de l’année 1164 et malgré la prise de Combourg par Richard du Hommet connétable [11] de Normandie pour le compte d’Henri II, ils lui interdisent de progresser en Bretagne.

Henri II arrive alors sur le continent Raoul II de Fougères vaincu voit le donjon de son château rasé en 1166. Conan IV abdique la même année et Henri II est reconnu gardien du duché par les barons en attendant que son fils Geoffroy II Plantagenêt, fiancé à Constance de Bretagne , là fille de Conan IV, atteigne la majorité.

Au mois d’août 1167 après avoir négocié une trêve avec le roi de France, Henri II d’Angleterre attaque Guyomarch IV de Léon , devenu le nouveau beau-père d’Eudon. La campagne est rapide et brutale Guyomarch IV de Léon se soumet, Eudon cesse aussi le combat et donne Alix de Porhoët, une fille née de la duchesse Berthe de Bretagne comme otage au roi Anglais

Eudon qui conservait sans doute à titre viager l’autorité sur des domaines situés dans le comté de Vannes et en Cornouaille, s’allie à Rolland seigneur de Dinan [12] et à plusieurs autres féodaux du centre de la Bretagne pour reprendre la lutte. Dans les premier mois de 1168 Henri II mène une grande chevauché et s’attaque au domaine patrimonial d’Eudon, le Château de Josselin est pris et détruit avant qu’il ne s’empare de Vannes et du château d’Auray et qu’il lui enlève également la moitié de la Cornouaille qu’il contrôlait.

En 1171 après la mort de Conan IV, Henri II intègre la totalité de la Bretagne le comté d’Ipswich [13] et l’Honneur de Richmond dans son domaine. Henri II pénètre une nouvelle fois en Bretagne et Eudon de Porhoët qui tente de résister est battu par les mercenaires brabançons du roi d’Angleterre et sa cité de Josselin de nouveau brûlée, Combourg et Dol-de-Bretagne prises Eudon de Porhoët est une nouvelle fois chassé de Bretagne.

En 1173 une nouvelle révolte éclate menée par Raoul II de Fougères, Eudon s’y associe prend la cité ducale de Ploërmel [14] et recouvre son patrimoine du Broërec [15] et de Cornouaille [16]. Réfugié de nouveau en France après la prise de Dol par Henri II en août 1173 et la soumission de Raoul II de Fougères, il met à profit la révolte de 1173-1174 de Henri le Jeune contre son père pour revenir en Bretagne et reprendre ses domaines.

En 1175 Geoffroy II de Bretagne entreprend de soumettre le duché à son autorité et Eudon fut sans doute encore privé de son apanage mais il disparaît des sources à cette époque.

Eudon de Porhoët est comme ses contemporains un bienfaiteur de l’église. Il est à l’origine de la fondation de l’Abbaye Notre-dame de Lanthénac [17] dans le diocèse de Saint-Brieuc [18] en 1150.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Étienne Gasche, Petite histoire des Rois et Ducs de Bretagne, éditions Yoran Embanner, 2006,

Notes

[1] L’ancienne vicomté du Porhoët est situé au centre de la Bretagne dans la région de Pontivy-Josselin-Ploërmel et de La Trinité-Porhoët.

[2] L’église Saint-Martin, construite au premier quart du 12ème siècle. Elle fut avant tout l’église prieurale du monastère, le prieuré Saint-Martin de Josselin, avant de devenir église paroissiale vers 1400. Elle sert de lieu de sépulture aux comtes de Porhoët du 12ème siècle au 13ème siècle

[3] Guillac est une commune française, située dans le département du Morbihan

[4] Le titre de comte de Richmond également écrit Richemont a été créé de nombreuses fois dans la pairie d’Angleterre. Le titre ne doit pas être confondu avec l’« honneur de Richmond », qui consiste en la possession effective des terres du comté de Richmond.

[5] À l’origine de cette bataille, le décès du duc Conan III en 1148. Avant de mourir, ce dernier renie son fils Hoël, destiné à lui succéder, prétextant qu’il est bâtard. Avec l’appui des seigneurs de la région de Nantes, dont le vicomte de Rezé, Roland de Rezay, et de Quimper, Hoël se fait proclamer comte de Nantes. Soutenu par les seigneurs du pays de Rennes et du nord de la Bretagne, Eudon de Porhoët, époux de la sœur de Hoël, Berthe, revendique le titre de duc pour son propre compte et celui de son fils Geoffroy. Berthe, elle, prend parti pour son fils Conan, né d’un premier lit. Deux à trois clans se disputent tour à tour le pouvoir en Bretagne. L’alliance de Hoël avec Berthe est à l’origine de la bataille de Rezé de 1154, dont Eudon sort vainqueur sans toutefois écraser les Nantais.

[6] Le comté de Nantes faisait partie de la marche établie par les rois Francs à la frontière de la Bretagne indépendante. Durant la première moitié du 8ème siècle, les évêques de Nantes cumulèrent avec le titre de « Comte de Nantes ». Il fut conquis par Nominoë en 851 avec le traité d’Angers. Salomon de Bretagne, par ses conquêtes agrandi les limites territoriales de la Bretagne jusqu’à son expansion maximale. Mais fragilisé par cet immense territoire, ainsi que par les attaques vikings et franques, la Bretagne se replie sur ses fiefs bretons. Dès le début du 10ème siècle, Nantes est mise sous protection de l’Anjou face aux menaces vikings et bretonnes. Malgré cela, Nantes fut occupé par les Vikings de 919 à 937 avant d’être reconquise par Alain II de Bretagne. Le Pays Nantais constitua ensuite un comté dont les titulaires disputèrent le titre de duc de Bretagne aux comtes de Rennes. Dans cette lutte du pouvoir, Nantes et Rennes reçurent le soutien de leurs alliés respectifs, la maison de Blois pour Rennes et l’Anjou pour Nantes. Par mariage, Nantes passa successivement de la famille comtale de Cornouaille à la dynastie angevine des Plantagenêts avant d’être définitivement incorporée au domaine des Ducs de Bretagne au 13ème siècle.

[7] Le Porhoët est une région historique au centre de la Bretagne de part et d’autre de l’Oust, affluent droit de la Vilaine.

[8] Cet honneur consistait en un ensemble de terres et de revenus dans le Yorkshire

[9] En 1173, le donjon de Dol est assiégé et pris par les troupes du roi d’Angleterre. Le siècle se termine par la perte définitive du titre de métropolitain pour l’évêque de Dol en 1199. Au 12ème siècle, on mentionne à Dol un corps constitué de Dolois, nommé plus tard « les bourgeois et habitants de Dol », précurseur de la municipalité de Dol.

[10] La seigneurie de Combourg fut créée par Junguené archevêque de Dol mort vers 1040 qui détacha du régaire, c’est-à-dire du domaine temporel de l’archevêché de Dol, une quinzaine de paroisses au profit de son frère Riwallon de Dol. Ce dernier reçut le fief avec le titre de « signifer Sancti Samsonis » (porte-enseigne de Saint Samson) c’est-à-dire de chef militaire du régaire de Dol. Il avait la garde de la place de Dol et le commandement de son château dit la Tour de Dol.

[11] Connétable était une haute dignité de nombreux royaumes médiévaux. Selon les pays son rôle était généralement de commander l’armée et de régler les problèmes entre chevaliers ou nobles, via un tribunal spécial, comme la Court of Chivalry anglaise ou la juridiction du point d’honneur française. Parfois, il avait aussi un pouvoir de police. Le connétable était secondé par un ou plusieurs maréchaux. La fonction de connétable n’est pas une tenure, mais une fonction de ministérial.

[12] La seigneurie de Dinan dans les Côtes-d’Armor fut constituée au milieu du 11ème siècle au profit de Gauzlin (Joscelin), un fils du vicomte Hamon 1er d’Aleth. et frère de Jungonoë l’archevêque de Dol. À la suite d’un partage entre deux héritiers en 1123 elle se trouva scindée entre Dinan Nord (paroisse de Saint-Malo de Dinan) et Dinan Sud (paroisse de Saint-Sauveur de Dinan) plus Bécherel. L’unité fut reconstituée lors du mariage des héritiers des deux parties de la seigneurie : Alain II d’Avaugour et Clémence de Beaufort. Alain II céda l’ensemble de ses biens au duc Jean 1er de Bretagne en 1264. Après un long procès ses ayants droit récupérèrent seulement une partie de leurs droits sur la seigneurie de Dinan Sud en 1287.

[13] Borough britannique (forme de municipalité locale dans certains pays anglophones), Ipswich est la capitale administrative de la région du Suffolk en Angleterre. La ville est située à l’est du pays à une centaine de kilomètres de Londres.

[14] Ploërmel est une commune française, située dans le département du Morbihan. Les réunions des états de Bretagne n’avaient pas de lieu fixe et ont été tenues à plusieurs reprises à Ploërmel, qui apparaît donc comme une ville importante du duché de Bretagne.

[15] Broërec ou Bro Waroch est le nom d’un royaume, ou comté, créé au 6ème siècle par les Bretons cornouaillais aux dépens de l’ancienne cité gallo-romaine des Vénètes, et situé dans l’Armorique au Haut Moyen Âge. Son extension géographique approche l’actuel pays du Vannetais (correspondant approximativement au département du Morbihan).

[16] La Cornouaille est une ancienne division politique et religieuse de la Bretagne (à ne pas confondre avec la Cornouailles britannique. Connue sous ce nom à partir du haut Moyen Âge, elle a été un comté et un évêché, tous deux disparus comme tels à la Révolution.

[17] L’abbaye Notre-dame de Lanthénac, fondée au 12ème siècle, était située sur l’actuelle commune de La Ferrière, département des Côtes-d’Armor. L’abbaye Bénédictine de Lanthénac est fondée en 1149 dans le diocèse de Saint-Brieuc, à une lieue trois quart au Sud-est de Loudéac, entre les villages de La Chèze et de La Ferrière sur la gauche du Lié, par Eudon II de Porhoët, vicomte de Porhoët et vicomte de Rennes se disant comte ou duc de Bretagne du fait de son épouse Berthe, fille du Duc Conan III et qui lui donne une partie du village de Lanthénac et de la Ferrière. La chartre de donation est approuvée par Jean de Chatillon évêque de Saint-Malo et Godefroi évêque de Saint-Brieuc ainsi que Josse et Alain, frères du comte, Alain vicomte de Montfort, Judicaël de Malestroit et son chapelain Alain.

[18] Selon la légende, le diocèse de Saint-Brieuc aurait été érigé au 5ème siècle par saint Brieuc l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne. Il constitue jusqu’à la Révolution française, l’un des neuf évêchés de la Bretagne historique, dont le territoire était principalement constitué par le Pays de Saint-Brieuc.Il comportait deux archidiaconés : celui de Goëlo et celui de Penthièvre.