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Marie-Anne de Bourbon dite la première Mademoiselle de Blois

mercredi 18 mars 2015

Marie-Anne de Bourbon dite la première Mademoiselle de Blois (1666-1739)

Princesse de Conti en 1680

Née à Vincennes, fille naturelle de Louis XIV et de Louise de La Vallière, confiée à l’épouse du ministre Jean-Baptiste Colbert, légitimée par lettres patentes dès le mois de mai 1667 et dès lors nommée Mademoiselle de Blois.

En 1674, elle est présentée à la cour, qui loue déjà sa grâce et sa beauté. Pour Marie-Anne, cette présentation est un succès. Pour le roi et sa nouvelle favorite la marquise de Montespan, elle n’est pas sans arrière-pensée. Les deux amants pensent alors faire revenir la duchesse de La Vallière sur ses projets d’entrer aux carmélites de la rue Saint-Jacques [1] à Paris.

La duchesse de La Vallière, dégoûtée de la cour et tout à son repentir, prend le voile sous le mon de Sœur Louise de la Miséricorde après avoir confié ses enfants à la duchesse d’Orléans , belle-sœur du roi.

Marie-Anne devient duchesse de la Vallière et de Vaujours en 1675 mais continue à être connue sous le nom de Mademoiselle de Blois.

La princesse sera la fille préférée du roi. Toute sa vie, elle sera également très proche de sa mère qu’elle visitera fréquemment en son couvent et de son frère le comte de Vermandois qui, débauché à l’âge de 14 ans par le Chevalier de Lorraine, amant de son oncle Monsieur, frère unique du roi, sera disgracié par Louis XIV.

Sur les instances de sa belle-sœur, la duchesse d’Orléans , le roi permettra au jeune prince de se racheter en participant au siège de Courtrai. Le jeune garçon y trouvera la mort à l’âge de 16 ans en 1683. Son corps sera inhumé en la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast d’Arras. Marie-Anne pleura amèrement ce frère cadet qu’elle chérissait sincèrement.

Entre-temps, le roi aime suffisamment sa fille légitimée pour la vouloir marier à un prince souverain et songe ouvertement à son cousin Victor-Amédée II , duc de Savoie alors mineur. Mais la Maison de Savoie, malgré sa faiblesse politique et sa proche parenté avec le roi, refuse de s’allier à une princesse légitimée, fût-elle de sang royal.

Le Grand Condé, soucieux de rentrer en grâce, ne se retient pas de proposer au roi l’aîné de ses neveux, princes du sang, orphelins dont il a la charge.

Marie-Anne épouse à 13 ans et trois mois, le 16 janvier 1680 à Saint-Germain-en-Laye, Louis-Armand de Bourbon , prince de Conti, 18 ans. C’est le premier mariage entre un prince du sang et un enfant naturel du Roi. À cette occasion, le Roi consent à sa fille une dot d’un million de livres. Il sait également qu’en mariant sa fille légitimée à un prince du sang, il déshonore pour longtemps les membres des branches cadettes de la famille royale qui s’étaient révoltées pendant sa minorité...

La jeune princesse de Conti détient néanmoins un avantage sur ses demi-sœurs nées de la marquise de Montespan. Sa mère, étant célibataire, a pu être nommée officiellement sur son acte de baptême [2]. La marquise de Montespan, étant mariée, n’a pas été mentionnée sur les actes de baptême de ses enfants pour éviter d’une part le scandale du double adultère royal et d’autre part, que le marquis de Montespan , pour nuire, ne puisse faire reconnaître les enfants du roi comme étant les siens.

Pour cacher cette honte, les filles de la marquise signeront toujours de leur seul prénom comme les princesses légitimes sans pour autant faire illusion. Marie-Anne ajoutera après son paraphe les mots légitimée de France pour bien marquer sa différence et son avantage.

Après une nuit de noces catastrophique, le mariage reste stérile. D’aucuns prétendent même que la princesse a été déflorée par son beau-frère le galant François Louis de Bourbon comte de la Roche-sur-Yon. En tout cas, le mariage entre cette jeune fille pleine de charme et un prince renfermé et pieux est un cuisant échec.

Le prince de Conti, amoureux éconduit par sa propre épouse, est la risée de la cour. Il quitte alors la dévotion et se réfugie dans la débauche puis part combattre les Turcs en Hongrie. La jeune princesse, dont la beauté et la grâce font les beaux jours de la cour, mène une vie joyeuse et galante.

En 1685, la princesse de Conti est atteinte d’une violente attaque de petite vérole. Son mari rentre de Hongrie au triple galop et soigne lui-même sa femme. Le couple se réconcilie. La princesse réchappe de la maladie mais son mari la contracte et meurt en quelques jours.

Veuve à vingt ans et très riche, la désormais princesse douairière de Conti est une femme libre mais convoitée tant par les hommes que par les femmes. La duchesse d’Orléans, belle-sœur du roi, l’en taquine ouvertement, ce qui lui vaut les foudres royales par marquise de Maintenon interposée.

La beauté de la princesse est si renommée que le sultan du Maroc, Moulay Ismail , en tombe amoureux sur la simple description de son ambassadeur et la fait demander en mariage, ce que Louis XIV refuse poliment.

La princesse est proche de son demi-frère le Grand Dauphin, qui réside au château de Meudon. Là, la compagnie parle ouvertement de la succession de Louis XIV et du règne à venir

Marie-Anne de Bourbon-Conti, duchesse de Bourbon, avait l’âme poète dans une cour aux mœurs fort relâchées et ne craignait pas une certaine gauloiserie

À Meudon, la frivole princesse s’éprend d’un capitaine des gardes, le chevalier de Clermont-Chaste, qui veut profiter de la situation et devenir un courtisan influent. Il est dans le même temps l’amant d’une suivante de la princesse, qui elle-même est la maîtresse du dauphin. Les deux amants s’imaginent qu’en contrôlant ainsi le frère et la sœur, ils pourraient jouer un rôle important et lucratif lorsque le dauphin montera sur le trône. Cependant, la supercherie est découverte par le roi et l’idylle brisée. La dame d’honneur, Marie-Émilie de Joly de Choin , est renvoyée discrètement pour ne pas indisposer le dauphin, qui finira par l’épouser secrètement en 1695.

En 1697, le duc de Bourgogne , fils aîné du dauphin, épouse Marie-Adélaïde de Savoie . La jeune fille fait rapidement la conquête d’un Louis XIV vieillissant et de son épouse secrète, suscitant la jalousie de Marie-Anne et de ses sœurs.

En 1698, elle transmet le duché de la Vallière à son cousin. Elle prétend un moment, mais en vain, épouser son petit neveu, le duc d’Anjou devenu le roi Philippe V d’Espagne en 1700.

Devenue princesse de Conti première douairière en 1709, elle perd l’année suivante sa mère et en porte le deuil au grand dam des filles de la marquise de Montespan qui, n’étant pas officiellement les enfants de leur mère, n’avaient pu en faire autant lors du décès de la marquise trois ans auparavant.

En 1711, le dauphin meurt, ruinant les espoirs de ses partisans. Les partisans du duc de Bourgogne, fils du dauphin devenu dauphin à son tour, jubilent mais déchantent très vite puisque, quelques mois plus tard, le jeune homme décède à son tour, ne laissant qu’un fils de deux ans, le futur Louis XV .

En 1713, la princesse douairière de Conti achète l’hôtel de Lorge, rue Saint-Augustin à Paris, où elle s’installe en 1715 après la mort de son père.

En 1716, elle fait l’acquisition du château de Choisy [3]. Elle conserve ses deux propriétés jusqu’à sa mort.

En 1718, elle achète le château de Champs-sur-Marne [4] et en cède aussitôt la nue-propriété à son cousin, Charles François de la Baume Le Blanc, marquis de La Vallière.

Connue pour sa droiture et son élégance, elle est chargée par son cousin et beau-frère, le régent, de l’éducation de l’infante d’Espagne Marie-Anne Victoire d’Espagne , fiancée de Louis XV en 1721. Lorsque les fiançailles du petit roi sont rompues, quatre ans plus tard, elle se retire dans ses châteaux, où elle mène une vie de plus en plus recluse.

Morte en 1739, elle est enterrée à Paris dans la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Roch [5].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de histoire de Marie-Anne, fille du Roi, Anne-Marie Desplat-Duc, une série de romans qui content des aventures inspirées de la jeunesse de Marie-Anne.

Notes

[1] L’ancien Carmel du faubourg Saint- Jacques a été pour la France le berceau de la réforme thérésienne. Il fut fondé, au début du 17ème siècle, par six carmélites espagnoles, dont les deux principales, Anne de Jésus et Anne de saint Barthélémy, avaient vécu dans l’intimité de sainte Thérèse et il donna naissance aux soixante-deux autres carmels qui, de 1605 à 1668, s’élevèrent sur notre sol. L’installation du nouveau couvent rencontra tout d’abord de nombreux obstacles. Henri IV parut se montrer peu favorable à l’établissement de religieuses espagnoles à Paris et, en Espagne même, il fallut faire intervenir le pape pour vaincre la résistance du général des Carmes, le P. François de la Mère de Dieu, qui s’opposait catégoriquement au départ des religieuses demandées. Mais, à Paris, on tenait à avoir des Carmélites. Mme Acarie mit son intelligence supérieure et sa volonté tenace à trouver des âmes d’élite qui s’intéressèrent à l’œuvre et vinrent à bout de tout. Pour l’emplacement du nouveau monastère, on obtint des Bénédictins le prieuré de Notre-Dame des Champs qui était situé sur le versant méridional de la montagne Sainte-Geneviève, à l’extrémité du faubourg Saint-Jacques. Bientôt de vastes constructions s’élevèrent, dont il ne subsiste aujourd’hui que de rares vestiges.

[2] il n’y a pas alors d’état civil

[3] Le château de Choisy était un château royal situé à Choisy-le-Roi. Entre 1678 et 1686, mademoiselle de Montpensier, cousine de Louis XIV, dite « la Grande Mademoiselle », fait l’acquisition pour 40 000 livres d’une « maison de plaisance » située à Choisy et fait construire à la place un château sur des plans de Jacques V Gabriel. Mademoiselle le lègue à sa mort en 1693 au Grand Dauphin Louis de France, qui l’échange contre le château de Meudon à Anne de Souvré, veuve de Louvois : le roi préférait que son fils ne s’éloignât pas de Versailles. En 1716, il est vendu à Marie Anne de Bourbon

[4] Le château de Champs-sur-Marne1 est situé en France dans la commune de Champs-sur-Marne, dans le département de Seine-et-Marne. Il a été construit près d’une boucle de la Marne entre 1703 et 1706 par les architectes Pierre Bullet et son fils Jean-Baptiste Bullet de Chamblain pour deux financiers de Louis XIV : Charles Renouard de La Touanne puis Paul Poisson de Bourvallais. Pendant plus de vingt ans, de 1718 à 1739, la princesse de Conti, fille légitimée de Louis XIV et de Louise de La Vallière, possède le château en usufruit. À l’été 1757 le duc de La Vallière loue le château à la marquise de Pompadour qui y résidera pendant un an et demi. En 1895 il est acheté par le banquier Louis Cahen d’Anvers, puissante famille de la haute finance parisienne

[5] L’église Saint-Roch est une église du 1er arrondissement de Paris, située au 284 rue Saint-Honoré, bâtie entre 1653 et 1722 sur les plans initiaux de Jacques Le Mercier.