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Maynard 1er ou Mainard

jeudi 12 mars 2015

Maynard 1er ou Mainard (mort en 991)

Bénédictin-Premier abbé du Mont Saint-Michel vers 965-991

Moine de Saint-Pierre au Mont-Blandin [1] de Gand, Maynard est le disciple de Gérard de Brogne.

Devenu abbé de Saint-Wandrille de Fontenelle [2] en 959/960, il obtient l’autorisation du duc Richard de réformer l’abbaye. Il rétablit une église, un dortoir et un réfectoire. Il apporte de Gand des livres, des chartes et des ornements. Il commence la restitution du temporel.

Il acquiert en 964 les reliques de Maxime et Vénérand. La tradition le dit partir pour le Mont-Saint-Michel suivant “l’Inventio”, indiquant l’obligation du duc de partir pour le Mont.

Au milieu du 10ème siècle, les ducs de Normandie avaient enrichi la collégiale Saint-Michel de nombreuses possessions, qui avaient fini par devenir un écueil pour la vertu des chanoines, qui dépensaient leurs richesses dans les plaisirs.

Les prébendes attachées à la collégiale la fit rechercher par la noblesse du pays et, dès lors, leur vie se partagea entre les plaisirs de la table, du monde et de la chasse. Le 4ème duc de Normandie Richard II avait eu, pour s’y être rendu à plusieurs reprises en pèlerinage, l’occasion de constater la gravité des désordres, que lui avait déjà signalés la clameur publique, et qui devinrent un sujet de scandale pour la contrée.

Faisant comparaître les chanoines devant lui, le duc leur reprocha l’oubli de leur caractère et s’efforça de les ramener à la régularité de la vie religieuse, mais remontrances, prières, menaces, tout fut inutile. Les chanoines allèrent même jusqu’à vendre plusieurs vases sacrés, et de précieux parements d’autels pour subvenir aux dépenses exagérées causées par leurs dérèglements.

Richard II résolut donc, sur les conseils de l’archevêque de Rouen et de l’évêque de Bayeux, de les remplacer par un monastère de bénédictins, dont la règle sévère, la vie dévote et studieuse, répondaient parfaitement à la sainteté de ses intentions. Il requit et obtint aussitôt l’approbation du souverain pontife Jean XIII et du roi Lothaire.

Richard se rendit à Avranches, suivi d’un nombreux cortège de prélats et de seigneurs : trente religieux, sortis des abbayes normandes environnantes de monastère de Saint-Wandrille, de Saint Taurin d’Évreux [3] et de Jumièges [4], s’y étaient réunis par ses ordres.

Le duc fit notifier ses desseins aux chanoines du Mont Saint-Michel par un des officiers de sa cour avec plusieurs soldats. Ce seigneur se fit remettre les clés de la trésorerie et de l’église et fit savoir aux chanoines qu’ils devaient prendre l’habit de saint Benoît ou quitter le Mont. Tous, sauf deux, quittèrent les lieux.

Un nommé Durand, animé d’une dévotion fervente envers l’Archange, préféra se soumettre au vœu du prince que de quitter le lieu où l’avait conduit une foi sincère. L’autre, nommé Berneher ou Bernier, ne sollicita la permission de rester dans sa cellule, que pour se procurer le moyen d’enlever le corps de saint Aubert, qu’il y avait provisoirement caché. En vain allégua-t-il de sa vieillesse et ses infirmités pour obtenir du commissaire la permission de passer dans cet étroit logis le peu de jours que Dieu lui laisserait à vivre mais ses insistances d’abord, puis ses emportements et ses menaces, ne purent lui obtenir cette faveur, et il fut contraint par l’officier du duc de se retirer dans une maison bâtie sur le penchant de la montagne.

À la nouvelle de l’accomplissement des ordres qu’il avait donnés à son envoyé, le duc Richard quitta la ville d’Avranches avec toute sa cour, et se dirigea vers le Mont Tombe [5], suivis des nouveaux moines chantant des hymnes et des cantiques en l’honneur de saint Michel. Un brillant cortège d’évêques, d’abbés et de seigneurs se pressait autour du jeune duc. Un diplôme du roi Lothaire du 7 février 966 approuve l’introduction des moines.

Le duc établit lui-même, sur ce rocher vénérable, la colonie religieuse à la piété de laquelle il remit le soin d’en honorer le patron. Ces religieux résolurent aussitôt de procéder, selon la règle de saint Benoît, à l’élection de leur abbé et, par un accord spontané, portèrent leurs suffrages sur le vertueux Maynard qui avait quitté la stalle abbatiale du Saint-Wandrille.

Le duc Richard, voulant signaler sa magnificence envers cette institution nouvelle, remplaça les vases et les ornements précieux destinés au service de l’autel, et que les anciens titulaires avaient enlevés ou vendus pour satisfaire leurs penchants désordonnés et déclara l’abbé électif par ses religieux, se réservant seulement le droit de lui présenter le bâton pastoral. Il investit ce dignitaire de la pleine juridiction temporelle sur les habitants du rocher et, pour donner une consécration solennelle à cette charte, qu’il fit ratifier plus tard par le roi Lothaire, alors en résidence à Laon, et par une bulle du pape Jean XIII, qu’il la déposa lui-même, après l’avoir signée, sur l’autel de l’archange saint Michel.

Les vingt-cinq années durant lesquelles Maynard 1er fut à la tête du mont Saint-Michel furent une période de régularité, de concorde et de paix. Il su conquérir le respect et l’affection de tous ceux, religieux ou séculiers, sur lesquels s’étendait sa puissance.

Sous son gouvernement, les religieux, livrés à l’étude des sciences divines et humaines, se rendirent célèbres par la culture des lettres.

Outre la charte royale et la bulle confirmative des donations et privilèges octroyés ou reconnus par Richard II, une histoire manuscrite que tous les caractères paléographiques font remonter à cette époque, fut rédigée pour suppléer à la perte des Chroniques et des autres documents enlevés par les précédents clercs.

Mayanrd assiste en 989 à la translation des reliques de Saint Ouen, en compagnie de l’archevêque Hugues et des abbés Hildebert de Saint-Ouen et Fromont de Saint-Taurin.

Maynard meurt le 16 avril 991.

Son souverain Richard lui portait une telle affection qu’à la nouvelle de sa mort, il s’empressa de se rendre au Mont Saint-Michel pour honorer ses obsèques de sa présence. L’abbé Maynard 1er fut enterré dans un petit jardin, près du chœur de l’église de l’abbaye. C’est son neveu Maynard II qui lui succède à la tête de l’abbaye.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Véronique Gazeau (préf. David Bates et Michel Parisse), Normannia monastica (Xe-XIIe siècle) : II-Prosopographie des abbés bénédictins, Caen, Publications du CRAHM,‎ 2007

Notes

[1] L’abbaye Saint-pierre, de son nom canonique Abbaye Saint Pierre au Mont Blandin, fut fondée à Gand par saint Amand, sur une colline au bord de l’Escaut (le Mont Blandin ou Blandijnberg) dans la seconde moitié du 7ème siècle. L’abbaye bénédictine eut son heure de gloire durant les 11ème et 12ème siècles.

[2] L’abbaye Saint-Wandrille, anciennement abbaye de Fontenelle, est une abbaye bénédictine de la congrégation de Solesmes située dans le département de la Seine-Maritime, en Haute-Normandie. Fondée en 649, l’abbaye a connu une longue histoire marquée par trois grandes périodes de saccages et de destructions : celles liées aux incursions des Vikings, puis celles engendrées par les guerres de religion, et enfin celles consécutives à la Révolution française. C’est encore aujourd’hui une abbaye de moines bénédictins.

[3] L’abbaye Saint-Taurin fut fondée par Richard Ier de Normandie dit « Richard sans peur ». C’est Robert le Magnifique père de Guillaume le Conquérant qui plaça l’abbaye sous la dépendance des moines de Fécamp. Elle fut l’objet de nombreuses destructions durant le conflit opposant les Ducs de Normandie (devenus rois d’Angleterre) et les rois de France, et menaçait ruine. En 1195, lors de prise de la ville par Philippe Auguste, l’abbaye fut incendiée en même temps que la ville d’Evreux, et dut être presque entièrement reconstruite. Au 13ème siècle, Gilbert de Saint-Martin fut élu comme abbé, c’est sous son gouvernement que l’abbaye devint indépendante.

[4] L’abbaye Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime) fut fondée par saint Philibert, fils d’un comte franc de Vasconie vers 654 sur un domaine du fisc royal à Jumièges.

[5] Le Mont Tombe est l’ancien nom du Mont-Saint-Michel, avant que Charlemagne ne choisisse saint Michel pour protecteur de son empire au 9ème siècle. Le nouveau nom complet était Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer. Ce choix viendrait d’un petit oratoire en forme de grotte construit en 708 ou 710 par saint Aubert, évêque d’Avranches, dédié à l’archange Saint Michel. Les restes de cet oratoire ont été retrouvés et sont encore visibles dans la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre, c’est-à-dire sous la nef de l’abbatiale.