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Etablissement des cahiers de doléances

lundi 29 juillet 2013, par lucien jallamion

Etablissement des cahiers de doléances

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Le cahier du Tiers de la ville d’Angers, il comporte 28 articles. Il est daté du 7 mars 1789

Même si le peuple sait ce qu’il veut, il a du mal à l’exprimer. D’emblée, les cahiers de doléances seront confisqués par une minorité citadine et cultivée.

C’est dans la précipitation et avec une certaine ingénuité que se prépare, fin 1788, la réunion des états généraux, finalement avancés au mois de mai suivant. Aucune procédure centralisatrice et destinée à s’appliquer partout n’a été prévue, laissant chaque bailliage, au niveau duquel les opérations doivent être organisées, s’arranger à sa manière. Aux bailliages revient également de se soucier de la rédaction des cahiers de doléances, censés résumer les voeux de la nation entière et faire part des abus qu’elle souhaite réformer.

D’emblée, l’expression “cahier de doléances” souligne assez qu’il ne s’agit pas de présenter de l’état du royaume une vue d’ensemble, mais bien de s’en tenir aux problèmes, aux difficultés, aux abus, à tout ce qui fonctionne mal et demande des réformes.

Avec une incontestable innocence, le gouvernement, novice en matière d’élections et des arrangements éventuels qui accompagnent une campagne électorale, n’a pas envisagé la possibilité que s’expriment, à travers les cahiers, des demandes, des revendications, qui ne soient pas véritablement celles des Français. Or, le Français moyen ainsi consulté, s’il sait souvent ce qu’il a envie de dire, n’a pas toujours les moyens de l’exprimer, faute d’une formation adéquate. Bien que l’alphabétisation ait grandement progressé, que les deux tiers des hommes et la moitié des femmes sachent lire sinon écrire, du moins signer leur nom, cela ne les rend pas aptes pour autant à coucher sur le papier leurs desiderata. Dans cette France essentiellement rurale, l’écrit impressionne et reste peu accessible. Dans bien des régions, se dresse, entre les populations et la démarche de rédaction du cahier, un autre obstacle, celui de la langue. Il est malaisé pour un Breton, un Alsacien, un Provençal, un Occitan, d’écrire en français. Cette gêne est à peine moins forte dans les régions francophones, où les parlers locaux ont peu de points communs avec la langue standard dite “français du roi”. Ultime difficulté, sensible, les délais. Il faut faire vite, et la paysannerie n’aime pas se hâter, afin de bien peser ses actes et ses mots.

Alors, beaucoup de gens, dépassés, pressés, redoutant leur propre maladresse, renonceront à écrire ce qu’ils pensent, ce qu’ils veulent, et abandonnent la besogne à d’autres, telle la corporation des savetiers d’Arras, qui se débarrasse de la tâche en la confiant à un jeune avocat, Maximilien de Robespierre. Ce sont les notables, les lettrés, surtout bourgeois et, dans une moindre mesure, gentilshommes et prêtres, tous ceux qui ont l’habitude de la parole et de l’écrit, qui se substitueront à la masse populaire embarrassée.

Ce qui domine, de province en province, de corps social en corps social, c’est d’abord un attachement profond aux libertés et privilèges locaux, à tout ce qui fait l’identité des uns et des autres. Les Bretons rappellent “le contrat de mariage de la duchesse Anne” et les conditions de l’acte d’union de 1532, très favorables au duché, surtout dans le domaine fiscal, ce qui leur permet de payer moitié moins d’impôts que le reste de la France. Les Béarnais revendiquent les droits qu’ils tiennent d’Henri IV, et les Provençaux ne parlent du roi de France qu’en l’appelant “le comte de Provence”. Pourtant, ces gens qui veulent conserver farouchement leurs particularismes, prétendent à une unification, une simplification des lois, de l’administration, de la fiscalité...

Le déficit, dont on a tant parlé, mais dont au fond on sait peu de choses, revient fréquemment, pour en dire l’horreur, comme celle de la banqueroute. Les Français veulent des finances saines, et moins d’impôts, bien sûr, ainsi que le moyen de contrôler les dépenses, car ils affirment le droit pour celui qui paye de garder l’oeil sur l’utilisation de son argent. Tous les impôts sont détestés en bloc, cela va de soi, et l’on voudrait les supprimer tous, à commencer par les vieux droits seigneuriaux. De cette exigence découle logiquement celle d’instaurer une réunion périodique des états généraux, voire la rédaction d’une constitution ou d’un « contrat entre le souverain et la nation », preuve que des lecteurs du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau sont passés par là. Ils peuvent au demeurant appartenir à la noblesse, où beaucoup rêvent d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise, et d’une chambre haute dans laquelle l’aristocratie, écartée du pouvoir véritable, prendrait un rôle politique.

L’attachement à la propriété privée et à son respect est unanime. Au vrai, les Français restent attachés à l’ordre des choses, et s’ils se plaignent, n’attaquent aucun des fondements de la société, ni la noblesse ni le clergé.

Encore moins la royauté. La monarchie fait partout l’unanimité et apparaît comme le seul régime apte à faire leur bonheur. La supprimer, instaurer une république ? Nul n’y songe, nul n’en a envie. Au contraire. Louis XVI ressort, dans les cahiers de doléances, non seulement intouchable, mais aimé. Le pacte de Reims ne saurait être remis en cause : le roi est sacré, sa personne inviolable. Mieux encore, le monarque est vénéré, salué comme “le père de ses peuples”.

P.-S.

Source : Monique Hermite Historia mensuel - 01/01/2006 - N° 709, Hérodote, Dictionnaire le Petit mourre, encyclopédie Imago Mundi, Wikipédia, Louis XV de François Bluche, La révolution française tome 1 à 5 de Michel Vovelle Edition Messidor/livre club Diderot. H. Léonardon.....