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L’histoire pour le plaisir

Prospero Lambertini dit Benoît XIV

samedi 21 octobre 2017 (Date de rédaction antérieure : 18 juillet 2013).

Prospero Lambertini dit Benoît XIV (1675-1758)

Évêque d’Ancône-Cardinal en 1728-Archevêque de Bologne en 1731-Pape de 1740 à 1758

Né à Bologne dans une illustre famille, fils de Marcello Lambertini et de Lucrezia Bulgarini.

Canoniste réputé, tout jeune il se passionne pour la littérature : Dante, le Tasse et l’ Arioste sont ses livres de chevet.

Après des études de droit et de théologie, pourvu d’une solide formation théologique et canonique, il mena de front une vie de fonctionnaire ecclésiastique, exerçant diverses charges au sein de l’administration pontificale, et une vie de recherche scientifique, qui le maintint en liaison avec les grands érudits de son temps.

Chanoine de Saint-Pierre en 1712, archevêque de Théodosie in partibus [1] en 1726. Il est promoteur de la Foi de la Congrégation des Rites [2] de 1712 à 1728, année où il est nommé évêque d’Ancône [3], puis archevêque de Bologne [4] en 1731, il fut élu pape le 17 août 1740 sous le nom de Benoît XIV comme successeur de Clément XII , après 6 mois de conclave et 254 scrutins.

Sévère sur les mœurs du clergé. Il a marqué le 18ème siècle par son long pontificat et par son ouverture d’esprit au siècle des Lumières. Pape, Benoît XIV reste homme de science, participant personnellement aux travaux de sociétés savantes qu’il suscite ou encourage, prenant diverses mesures pour assurer une meilleure formation intellectuelle et spirituelle du clergé.

Judicieux dans le choix de ses collaborateurs, il mène une politique d’équilibre et de conciliation, dont on peut suivre en détail certaines péripéties à travers son abondante correspondance avec le cardinal Pierre de Tencin, archevêque de Lyon. En littérature, il favorise la traduction en italien des principaux ouvrages anglais et français.

Il fonda à Rome des chaires de physique, de chimie et de mathématiques et rétablit l’académie de Bologne [5]. Il encourage le commerce, dont il protège la liberté, et l’agriculture, mais reste cependant très conservateur pour ce qui concerne les réformes liturgiques.

Il laissa un traité, devenu classique, sur la canonisation des saints. Il fut fidèle à la tradition et condamna les rites chinois et malabares par les bulles “Ex quo singularï” en 1742 et “Omnium sollicitudinum”en 1744.

En 1741, devant la preuve optique de la trajectoire orbitale de la Terre, il fit donner l’imprimatur à la première édition des œuvres complètes de Galilée par le Saint-Office. Ce geste constitua une révision implicite des sentences de 1616 et 1633.

En 1757, les ouvrages favorables à l’héliocentrisme [6] furent à nouveau autorisés, par un décret de la Congrégation de l’Index [7], qui retira ces ouvrages du catalogue des livres interdits.

Pontife, il écrivit de nombreux ouvrages de droit canonique et développa l’enseignement des sciences à Rome. L’encyclique Vix pervenit, adressée le 1er novembre 1745 par Benoît XIV aux évêques d’Italie est la dernière prise de position doctrinale du Magistère catholique au sujet du prêt à intérêt, une condamnation sans appel, qui n’a jamais été révoquée. À partir de 1746, il continua la réforme des comptes pontificaux lancée par son prédécesseur.

Au début de son règne, il ne se montra pas opposé aux Lumières et entretint des relations avec Frédéric II de Prusse par l’intermédiaire du savant Pierre Louis Moreau de Maupertuis . Voltaire lui dédia en 1745 sa “tragédie Mahomet”, qu’il accepta sur le conseil de son entourage.

Il tacha de calmer les querelles religieuses, de ramener l’église grecque et l’Église arménienne dans le giron de l’Église, et, tout en confirmant la bulle Unigenitus, adoucit les rigueurs que l’on exerçait sur les jansénistes [8]. Il publia le 20 décembre 1741, la lettre apostolique Immensa Pastorum, dans laquelle il déplore les mauvais traitements infligés aux Amérindiens [9]. Il réforma les Jésuites du Portugal. Il entame plusieurs réformes, particulièrement celle del’Inquisition. Il abolit l’inquisition en Toscane et réforme la congrégation de l’index en la rendant plus circonspecte dans ses condamnations, mais se heurte à la résistance de la Congrégation de la Sainte Inquisition qui le contredit et même intrigue contre lui.

Dans la seconde moitié de son règne, il se montra plus conservateur, en renouvelant les réserves pontificales à l’égard de la franc-maçonnerie, qu’il condamne en 1751 dans sa bulle Providas romanorum, et en encourageant la prédication de saint Léonard de Port-Maurice .

Il protégea les arts et l’industrie, ainsi que les lettres qu’il cultiva lui-même.

Il crée à Rome une faculté de chirurgie et un musée d’anatomie, encourageant la dissection.

D’esprit ouvert, il témoigne d’un intérêt pour les relations inter-religieuses en adressant une lettre au 7e dalaï-lama [10], Kelzang Gyatso qu’il remet au père capucin italien Francesco della Penna . Il admet notamment la validité du mariage entre catholiques et protestants.

Il a laissé un grand nombre d’ouvrages qui ont été publiées à Bassano en 1788, 15 volumes in-folio. Les principaux sont les traités de la Béatification, du Sacrifice de la Messe, des Synodes.

Il s’attacha à embellir Rome qui lui doit la superbe façade de la Basilique Sainte-Marie-Majeure et déclara le Colisée sanctuaire des martyrs, car il voulait mettre un terme à son démantèlement. Il fit également reconstruire l’église Saint-Apollinaire.

Il mourut le 3 mai 1758 à l’âge de 83 ans et Clément XIII lui succéda. Les Romains regrettèrent « il papa Lambertini » qui parcourait à pied les rues de Rome se mêlant à la foule comme le plus humble des pasteurs.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Imago Mundi/ Benoît XIV/ Lambertini et petit mourre dictionnaire d’histoire universelle édition Bordas 2004 p 150/151

Notes

[1] Dans l’Église catholique romaine, ceux auxquels ce titre est accordé, autrefois appelés évêques in partibus, pour in partibus infidelium (« en pays des infidèles »), par référence à d’anciens diocèses disparus au cours de l’histoire, sont depuis Léon XIII (1882) dénommés « évêques titulaires ».

[2] La Congrégation des rites, ou Sacrée Congrégation des rites, était une institution de la curie romaine créée par le pape Sixte-Quint avec la constitution apostolique Immensa Aeterni Dei (11 février 1588). Son secrétaire, second personnage de la congrégation après le préfet, servait de sacristain au pape. Elle a été dissoute par Paul VI le 8 mai 1969. À l’origine ses compétences étaient beaucoup plus vastes puisqu’elles allaient du culte divin (liturgie, administration des sacrements), au culte des saints (procès de canonisation) et aux questions de cérémonial (préséance entre ecclésiastiques et dignitaires laïques) : elle commença vite à perdre un grand nombre de ses attributions en faveur d’autres offices et congrégations (d’abord ses attributions relatives au cérémonial, ensuite celles qui concernaient la liturgie des Églises catholiques orientales, et celles qui regardaient la discipline des sacrements), ne conservant que celles qui touchaient à la liturgie de l’Église latine et au culte des saints.

[3] Ancône est une capitale des Marches et chef-lieu de la province d’Ancône en Italie. Ancienne ville fortifiée d’Italie centrale au riche passé gréco-romain et religieux médiéval, Ancône est une ville d’art et une station balnéaire et possède un port très actif sur la mer Adriatique.

[4] L’archidiocèse de Bologne est un archidiocèse catholique situé dans le Nord d’Italie. Le diocèse de Bologne a été fondé au 3ème siècle et promu archidiocèse le 10 décembre 1582. Un évêque et trois archevêques de Bologne ont été élus papes (Jules II, Grégoire XV, Benoît XIV et Benoît XV).

[5] L’Académie des sciences de l’institut de Bologne

[6] L’héliocentrisme est une théorie physique qui s’oppose au géocentrisme en plaçant le Soleil (plutôt que la Terre) au centre de l’Univers. D’après les variantes plus modernes, le Soleil n’est plus le centre de l’Univers, mais un point relatif autour duquel s’organise notre propre système solaire. Même si le sens de cette affirmation a varié depuis les premières théories héliocentriques, ce modèle reste globalement accepté pour décrire le système solaire.

[7] L’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits), aussi appelé Index expurgatorius, Index librorum prohibitorum juxta exemplar romanum jussu sanctissimi domini nostri, est un catalogue instauré à l’issue du Concile de Trente (1545-1563). Il s’agit d’une liste d’ouvrages que les catholiques romains n’étaient pas autorisés à lire, des « livres pernicieux », accompagnée des règles de l’Église au sujet des livres. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture de livres jugés immoraux ou contraires à la foi. Depuis la « Notification de la suppression de l’index des livres interdits », émise par le Vatican en 1966, cet index perd son caractère obligatoire et n’a plus valeur de censure, même s’il reste un guide moral.

[8] Le jansénisme est un mouvement religieux, puis politique, qui se développe aux 17ème et 18ème siècles, principalement en France, en réaction à certaines évolutions de l’Église catholique, et à l’absolutisme royal. Les jansénistes se distinguent aussi par leur rigorisme spirituel et leur hostilité envers la compagnie de Jésus et sa casuistique, comme envers un pouvoir trop puissant du Saint-Siège. Dès la fin du 17ème siècle, ce courant spirituel se double d’un aspect politique, les opposants à l’absolutisme royal étant largement identifiés aux jansénistes. Le jansénisme naît au cœur de la réforme catholique. Il doit son nom à l’évêque d’Ypres, Cornélius Jansen, auteur de son texte fondateur l’Augustinus, publié en 1640. Cette œuvre est l’aboutissement de débats sur la grâce remontants à plusieurs dizaines d’années, coïncidant avec l’hostilité grandissante d’une partie du clergé catholique envers la compagnie de Jésus ; il prétend établir la position réelle de Saint Augustin sur le sujet, qui serait opposée à celle des jésuites, ceux-ci donnant une importance trop grande à la liberté humaine.

[9] Les Amérindiens, Indiens d’Amérique, Indiens, aborigènes ou encore Américains natifs, comme revendiqué par certaines peuplades, sont les premiers et seuls habitants de l’Amérique avant la colonisation européenne. On les trouve en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Leur origine ne remonte évidemment pas à leur découverte par les premiers explorateurs espagnols arrivés en 1492, mais est beaucoup plus ancienne, d’après les découvertes récentes effectuées en divers endroits du continent.

[10] La lignée des dalaï-lamas (ou du Dalaï-Lama) est la plus importante lignée de réincarnation (tulkou) postulée dans le bouddhisme tibétain et dans l’histoire du Tibet. Reconnu par ses fidèles comme une émanation du bodhisattva de la compassion, le dalaï-lama, outre son autorité spirituelle, a exercé le pouvoir temporel à la tête du gouvernement tibétain de la période Ganden Phodrang (1642-1959) mis en place par le 5ème dalaï-lama entre le 17ème siècle et le milieu du 20ème siècle au sein d’une théocratie.