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Michel de L’Hospital ou L’Hôpital

mardi 6 novembre 2012

Michel de l’Hospital (vers 1506-1573)

Conseiller au parlement de Paris en 1537-Ambassadeur au concile de Trente-Maître des requêtes-Surintendant des finances en 1554-Chancelier de France en 1560

Michel de l'Hospital Conseiller au parlement de Paris en 1537-Ambassadeur au concile de Trente-Maître des requêtes-Surintendant des finances en 1554-Chancelier de France en 1560

Né au château de la Roche à Aigueperse* dans le Puy-de-Dôme, son nom reste associé aux tentatives royales de pacification civile durant les guerres de religion.

Fils de Jean de l’Hospital, premier médecin et conseiller de Charles duc de Bourbon connétable de France*, bailli* de Montpensier* et auditeur des comptes*.

Avocat sans le sou, il ne peut prétendre à une place de conseiller au parlement. Un ami, Pierre Le Filleul, archevêque d’Aix* et gouverneur de Paris, ancien président de la Cour des comptes, lui conseille de se marier. C’est ainsi, qu’en 1537, il épouse, Marie Morin, fille de Jean, lieutenant criminel du Châtelet, ayant obtenu en reconnaissance de services rendus au roi un office de conseiller clerc au parlement de Paris pour la dot de sa fille. De leur union naquirent trois filles, dont seule la fille aînée Madeleine accédera à l’âge adulte, et sera éduquée en protestante, sa mère s’étant nouvellement convertie au culte réformé.

Michel de l’Hospital est avant tout un juriste. Humaniste de son temps, l’Italie est pour lui un passage obligé. Il y fait ses études et y voyage beaucoup. Il débute sa formation en Italie à l’université de Padoue*, où il deviendra professeur de droit civil. Cette formation peut en partie expliquer l’ampleur des réformes judiciaires voulues par Michel de l’Hôspital. Il s’est également rendu à Rome, lieu de pèlerinage traditionnel où il a été, entre autres, auditeur de la Rote*, ce qui lui vaut une grande réputation de savant.

Sa carrière de juriste se poursuit lorsqu’il est nommé délégué aux Grands Jours de justice de Moulins* en 1540, de Riom en 1542 et de Tours en 1546, et plus particulièrement quand il devient premier président de la Chambre des comptes de Paris.

Il est nommé Chancelier de France* le 1er mai 1560 par le roi François II, principal collaborateur de la régente Catherine de Médicis. Il convoque les représentants des religions catholiques et réformées au Colloque de Poissy en 1561 et essaie d’harmoniser les points de vue des uns et des autres. Confronté au fanatisme des deux camps, il échoue totalement.

Le 17 mai 1563, Michel de l’Hospital rend compte de la situation financière du royaume devant le parlement de Paris pour le pousser à accepter un édit : La France, en la personne du jeune roi Charles IX, a 50 millions de livres de dettes, dont 5 sont nécessaires pour payer les troupes et expulser les Anglais hors du Havre. Les recettes de l’année précédente sont de 850 000 livres environ et les dépenses de 18 millions. L’édit du 13 mai 1563 prévoit de vendre les biens du clergé pour créer des rentes de 100 000 écus par an. Le Parlement d’abord hostile finit par accepter.

Michel de l’Hospital œuvra pour la simplification du droit français. La tradition attribue une grande partie des édits promulgués entre 1563 et 1567 au chancelier dont la généralisation en 1565 des tribunaux des juges et des consuls, les actuels tribunaux de commerce, le premier ayant été créé à Paris en 1563. Il aurait joué un rôle décisif dans l’assemblée du Conseil élargi* (où siègent les princes de sang, grands officiers, présidents des parlements) qui s’ouvre à Moulins en 1566 et qui débouche sur l’ordonnance de Moulins*. (Selon cette ordonnance, les parlements ne pourront refuser d’enregistrer les édits ou ordonnances ni de les faire appliquer, même si les remontrances qu’ils pourront présenter sur ses lois seront rejetées.) L’édit de Moulins quant à lui affirme l’inaliénabilité du domaine royal (sauf les apanages).

C’est le promoteur des édits de Fontainebleau* sur l’arbitrage et la transaction. Après la mort de François II en 1560, il a pour projet de diminuer le nombre d’officiers.

La minorité de Charles IX de France est un handicap sérieux, l’autorité d’un roi mineur n’a pas le même poids que celle d’un roi adulte. La référence en matière de majorité est l’ordonnance de Charles V de 1374 qui fixe la majorité des rois de France à 13 ans révolus.

La première des innovations du 17 août 1563 consiste à déclarer la majorité du jeune souverain lors d’un lit de justice non au Parlement de Paris mais dans un parlement de province, celui de Rouen. La seconde est l’interprétation que le chancelier fait de l’ordonnance de Charles V : la quatorzième année doit être commencée et non accomplie. Cette déclaration de majorité est aussi l’occasion pour le chancelier de rappeler deux principes qui lui sont chers, le principe de la continuité monarchique et celui du roi législateur* (la souveraineté réside dans le pouvoir de faire les lois et seul le roi a ce pouvoir).

Huguenot dissimulé aux yeux des catholiques de son temps, il est partisan de l’unité et de la tolérance. Bien qu’il doive sa première carrière à une protectrice de la Réforme, Marguerite de Berry, sœur d’Henri II, et bien que sa femme et sa fille se soient converties, c’est grâce à l’influence du cardinal de Lorraine, un catholique, qu’il est promu chancelier en 1560.

Influencé au départ par les idées de concorde religieuse de ce dernier, après l’échec du colloque de Poissy*, son évolution le conduit à accepter une tolérance civile, solution politique qui correspond à son profond respect des libertés de conscience. Son gallicanisme le pousse à tenir des positions fermes concernant l’indépendance temporelle de l’Église et de la couronne vis-à-vis du pape, et explique sa rupture en 1564 avec le cardinal de Lorraine qui, revenu du concile de Trente*, voulait en faire accepter les décrets en France. Sa volonté de maintenir l’équilibre instauré par l’édit d’Amboise le pousse à une certaine violence. En 1566, on lui reproche même de n’être pas passé par le Conseil pour envoyer des lettres patentes autorisant les protestants à appeler des pasteurs à leur chevet. Il aurait voulu supprimer la vénalité des offices.

Cependant, il échoue dans ses tentatives d’apaisement du conflit. Rêvant d’un concile national impossible, il se heurte rapidement aux Guise qui ont arraché aux États généraux de Fontainebleau la condamnation des Rohan*, qu’il refuse de signer, à la difficulté d’application de l’édit d’Amboise et au manque de tolérance de ses compatriotes.

La paix de Longjumeau* apparaît comme une ultime tentative pour sauver sa politique de tolérance civile. Elle suscite une flambée de la colère catholique. Michel de l’Hospital tente alors l’impossible pour s’opposer aux intransigeances. Il refuse ainsi le sceau à la publication d’une bulle papale autorisant une deuxième aliénation des biens du clergé parce que la condition en est l’engagement du roi de France à extirper l’hérésie. Les sceaux lui seront retirés peu après alors que la troisième guerre a déjà commencé.

Le nouveau garde des sceaux, Jean de Morvillier, est un modéré proche du chancelier, mais le départ de Michel de l’Hospital marque l’échec de la politique de tolérance civile.

Michel de L’Hospital est avant tout, le symbole de la politique de tolérance. Malgré l’appui de Ronsard et le voyage de présentation du nouveau roi à son peuple, sa politique de réconciliation échoue totalement.

Dès 1560, le pouvoir bascule définitivement du côté ultra-catholique, rendant ainsi un affrontement sanglant inévitable. On en rendit Michel de L’Hospital responsable. Il se retire en 1568 pour s’établir dans sa propriété de Vignay*, sur la paroisse de Champmotteux*.

Lors de la Saint-Barthélemy, il aurait fait ouvrir les portes de son château à une foule fanatique, qui lui laissa la vie sauve.

Michel de l’Hospital fut considéré comme un écrivain talentueux. Ses Épîtres furent comparées à celles d’Horace. Il écrit des poésies, mais la majorité de ses œuvres sont cependant en rapport avec son rôle politique.

Il habitait sa terre du Vignay, commune de Gironville* (canton de Milly). Au début de l’année 1573, il se rend à 10 km, au château de Belesbat*, demeure depuis 1556, de sa fille Madeleine et de son gendre Hurault de Belesbat, maître des requêtes, avec leurs 9 enfants. Il expédie deux lettres à Charles IX, avec l’acte de démission de sa fonction de chancelier, et fait rédiger son testament par son petit-fils Michel Hurault. Il meurt peu après, le 13 mars, à l’âge d’environ 70 ans, en pleine guerres de Religion, il est enterré en pleine nuit dans l’église Sainte-Madeleine de Champmotteux* (à une vingtaine de kilomètres d’Étampes) où l’on peut encore voir son tombeau.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Denis Crouzet, La sagesse et le malheur : Michel de l’Hospital, Chancelier de France, Seyssel, Champ Vallon, collection « Époques », 1998.