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Saint Guy, saint Vite ou saint Vith

lundi 4 mai 2026, par lucien jallamion

Saint Guy, saint Vite ou saint Vith

Saint auxiliateur du début du 4ème siècle

D’après le Martyrologe hiéronymien [1], Guy est confié petit par son père, un riche sicilien célibataire et résolument païen, à une gouvernante Crescence dont l’époux Modeste de Lucanie va lui servir de précepteur. Tout en prenant soin de lui, ils lui enseignent la foi chrétienne. Lorsque son père apprend qu’il a été baptisé à son insu, le juge Valérien lui demande d’infliger à son fils une sérieuse punition, ce qu’il fait en le battant à coups de verges. Voyant que cela ne fait pas infléchir sa foi, son père cherche un moyen plus radical de l’en dissuader. Bien inspiré du danger ou averti par un ange, l’enfant rejoint le couple adoptif et ils s’enfuient de la ville.

Parvenus en Lucanie, le jeune Guy commence à accomplir toutes sortes de miracles et sa renommée se popularise de plus en plus.

Lorsque l’empereur Dioclétien entend parler du garçon, il le fait venir à Rome avec Crescence et Modeste pour tenter de guérir son fils atteint d’un esprit mauvais. Bien que Guy réussisse, l’empereur exige d’eux qu’ils abandonnent leur foi pour sacrifier aux dieux païens, mais devant leur refus et leur conviction il les fait emprisonner.

Au bout d’un moment, Dioclétien décide de leur infliger le supplice de la poix brûlante, rappelant les trois jeunes Hébreux du livre de Daniel [2] dans la Bible [3], mais au lieu de céder, ils se mettent à chanter des hymnes en hommage au Seigneur.

Dans la foulée, ils sont mis devant un lion, mais celui-ci se couche devant eux et leur lèche les pieds. Ulcéré de voir le public quasiment conquis, Dioclétien les fait mettre sur le chevalet où leurs corps sont presque à se rompre. Malgré la torture, ils ne meurent pas tout de suite et sont libérés par des anges qui les guident jusqu’au fleuve Sélé [4], où ils rendent l’âme un 15 juin vers 303.

Au 7ème siècle, Guy apparaît à une respectueuse matronne convertie de Salerne nommée Florence (Fiorenza) un jour qu’elle navigue avec difficulté sur le Sélé pour cause de vent violent et qu’elle prie Dieu de lui venir en aide. Son embarcation épargnée du naufrage, elle promet au saint de lui offrir une sépulture décente ainsi qu’à ses compagnons. Dans un premier temps, elle les fait enterrer à l’endroit de leur mort.


L’église de Polignano a Mare [5], anciennement une cathédrale, porte aujourd’hui le nom de Santa Maria Assunta et comporte toujours une chapelle dédiée à saint Guy qui est célébré par un festival annuel qui se déroule sur 3 jours, du 14 au 16 juin. À 3 kilomètres, l’abbaye Saint-Guy Martyr [6] est devenue propriété privée au 19ème siècle après avoir appartenu à des moines basiliens [7], bénédictins [8] et franciscains [9]. Y sont conservés, l’os sacré d’un bras du saint dans un reliquaire et la rotule de l’un de ses genoux dans un ciboire.

En 756, d’autres reliques de saint Guy ont été transférées à la basilique Saint-Denis [10], et de là, en 836, elles ont été offertes au premier monastère bénédictin de Saxe [11], la future abbaye princière impériale de Corvey [12] fondée en 822, dont saint Guy est encore le patron aujourd’hui. Par l’intermédiaire des missionnaires bénédictins de Corvey, la vénération de Guy et de ses reliques s’étendit plus au nord et à l’est. Ainsi, en 1355, sa tête [13] fut transférée à Prague pour être conservée dans la cathédrale Saint-Guy, construite en son honneur par le roi Charles IV.

Au fil des ans, diverses légendes relatives aux translations de ses reliques dans différentes villes et monastères ont été ajoutées à l’histoire originale de sa martyrologie et plusieurs miracles lui ont été attribués. D’autre part, des légendes ont contribué à augmenter sa notoriété.

Au 4ème siècle, une épidémie de chorée de Sydenham [14] ravagea l’Allemagne et les Pays-Bas. Les malades se montraient agités à trembler de tous leurs membres et finissaient par ressembler à des danseurs pris de convulsions ou de frénésie ; certains allaient même jusqu’à épuisement total. Les populations pouvaient s’en amuser mais beaucoup de ceux qui avaient des proches atteints se mirent à prier Guy devant sa statue et dans les lieux où son culte était connu et pratiqué.

Pendant des siècles, le jeune saint martyr a nourri et exalté la foi populaire pour guérir et se protéger de la maladie entraînant cette manie dansante qui finissait par s’apparenter à de l’hystérie collective. Ce fut alors que l’expression danse de Saint-Guy lui a été associée ; et il fut mis au nombre des saints auxiliateurs avec un renom de thaumaturge qui se répandit dans une bonne partie de l’Europe. Plus tard, on prit l’habitude de l’invoquer contre toute forme d’agitation nerveuse ou d’épilepsie, d’autant plus que ce genre de maladie revint à plusieurs reprises au cours du Moyen Âge. À proximité de Saverne [15] dans le Bas-Rhin, une grotte a été aménagée en chapelle et est connue des pèlerins pour guérir de la danse de Saint-Guy.

Aujourd’hui encore, la procession dansante d’Echternach [16] au Luxembourg peut lui être rattachée sous forme de tradition et d’hommage.

Saint Guy est également invoqué contre la léthargie, la rage, les crampes, l’énurésie et les morsures de serpent.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Saint Guy/ Portail du christianisme/ Catégories  : Saint catholique et orthodoxe du 4ème siècle/ Chrétien martyr dans l’Italie antique

Notes

[1] Le Martyrologe hiéronymien est le plus ancien martyrologe de langue latine, qui a servi de base à ceux qui sont venus après (notamment le martyrologe de Bède le Vénérable, les martyrologes carolingiens de Raban Maur, d’Adon de Vienne, de Florus de Lyon, d’Usuard, et bien plus tard le Martyrologe romain). Il se présente comme un simple calendrier liturgique, avec pour chaque jour le nom des saints martyrs ou confesseurs et les lieux et dates de leur passion ou de leur inhumation, sans développements narratifs. L’ensemble regroupe environ 6 000 noms de saints. Le qualificatif d’« hiéronymien » signifie qu’il est faussement attribué à saint Jérôme, par une lettre-préface que celui-ci aurait adressée à Chromace d’Aquilée et Héliodore d’Altino, où il est présenté comme traducteur d’Eusèbe de Césarée

[2] Le Livre de Daniel, écrit en hébreu et en araméen, fait partie de la Bible hébraïque (Tanakh) (plus précisément des Ketouvim) et de la Bible chrétienne (plus précisément des Prophètes de l’Ancien Testament). Le texte de la Bible chrétienne contient une partie supplémentaire appelée partie deutérocanonique, et écrite en grec. Le livre décrit des événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. jc, jusqu’à l’époque séleucide sous Antiochos IV, entre 175 et 163 av. jc.

[3] La Bible est un ensemble de textes sacrés pour les juifs et les chrétiens. Les diverses confessions peuvent inclure des livres différents dans leurs canons, dans un ordre différent. Les textes eux-mêmes ne sont pas toujours identiques d’une religion à l’autre. La Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le 8ème siècle av. jc et le 2ème siècle av. jc pour l’Ancien Testament, et la deuxième moitié du 1er siècle, voire le début du 2ème siècle pour le Nouveau Testament.

[4] Le Sélé est un fleuve de la région Campanie en Italie, dans les deux provinces de Salerne et d’Avellino.

[5] Polignano a Mare est une commune de la ville métropolitaine de Bari, dans les Pouilles, en Italie méridionale. Ses habitants sont appelés les Polignanesi. La ville, perchée en haut de falaises calcaires, est célèbre pour la transparence bleutée de la mer qui la borde.

[6] San Vito Martire)

[7] Un Basilien est, au sens strict, un moine qui suit la règle de saint Basile. Cependant le terme désigne souvent, au sens large, tout moine d’origine byzantine. C’est la plus ancienne règle monastique après les préceptes et règlements institués par Pacôme le Grand. Elle a été élaborée par saint Basile le Grand (né à Césarée de Cappadoce vers 329 et décédé en 379) pour le monastère fondé par lui dans un lieu retiré, sur les bords de l’Iris, dans le royaume du Pont. Sa conception très équilibrée de la vie monastique a par la suite exercé une grande influence sur le monachisme tant oriental qu’occidental, notamment à travers saint Benoît, fondateur de l’ordre des Bénédictins. L’Ordre de saint Basile, auquel sont affiliés presque tous les monastères de l’Orient, se voue surtout à la prière et à la contemplation. Il eut en Italie byzantine plusieurs établissements importants dans lesquels se conserva la culture des lettres grecques. Barlaam et Jean Bessarion appartenaient à cet ordre. Le pape Grégoire XIII le réforma en 1579.

[8] L’ordre de Saint-Benoît plus connu sous le nom d’ordre des Bénédictins, est une fédération de monastères ayant, au cours de leur histoire, adopté la règle de saint Benoît. Ainsi saint Benoît de Nursie en est-il considéré comme le fondateur en 529.

[9] Moines de l’ordre mineur de frères laïcs mendiants fondé par saint François d’Assise en 1209, sur les principes rigoureux de l’humilité totale et de la pauvreté extrême. Les franciscains ont une mission de prédication itinérante. Au 13ème siècle, l’ordre se divise, malgré les tentatives de conciliation de saint Bonaventure, entre les adeptes de la règle de pauvreté originelle et les spirituels, qui jugent la mission d’enseignement incompatible avec la misère matérielle. Malgré ces dissensions, et les diverses branches qui en découlent, les franciscains poursuivent une lutte active contre les hérésies et se répandent rapidement au travers de la chrétienté. Les franciscains portent une robe brune avec une corde pour ceinture (ce qui leur a valu le nom de cordeliers), habit des pauvres de leur temps. A la fin du 13ème siècle, il existe déjà 1500 maisons de franciscains. L’ordre franciscain s’est diversifié en trois courants : les frères mineurs, les frères mineurs conventuels et les frères mineurs capucins. Il existe aussi un tiers ordre de laïcs. Les franciscains sont partis en mission dans le monde entier.

[10] La basilique Saint-Denis est une église de style gothique située au centre de la ville de Saint-Denis, à 5 kilomètres au nord de Paris dans le département de Seine-Saint-Denis. Fondée à l’origine en tant qu’abbatiale, elle a le statut de cathédrale du diocèse de Saint-Denis depuis 1966. A ses origines, l’ancienne abbaye royale de Saint-Denis est associée à l’histoire des Francs. L’église abbatiale a été dénommée « basilique » dès l’époque mérovingienne. Elle s’élève sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, lieu de sépulture de saint Denis martyrisé vers 250. Le transept de l’église abbatiale, d’une ampleur exceptionnelle, était destiné à accueillir les tombeaux royaux. Elle est ainsi la nécropole des rois de France depuis les Robertiens et Capétiens directs, même si plusieurs rois mérovingiens puis carolingiens avaient choisi d’y reposer avant eux.

[11] Le duché de Saxe était un duché médiéval couvrant la plus grande partie du nord de l’Allemagne. Il s’étendait sur les états allemands contemporains de Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphale, Schleswig-Holstein, Saxe-Anhalt et des parties de la Saxe. Le duc Henri le Lion occupa la région déserte de Mecklembourg Poméranie occidentale. Les Anglo-Saxons avaient quitté cette dernière zone pour l’Angleterre.

[12] L’abbaye de Corvey est un ancien monastère bénédictin situé sur la Weser dans le land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à 2 km au nord-est de Höxter, fondé vers 822 par l’empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne, et Adalhard, abbé de Corbie en Picardie, d’où il tire son nom. Corvey était un important monastère carolingien et possédait l’une des bibliothèques les plus précieuses du pays. L’abbaye a donné de nombreux évêques. Aux 9 et 10ème siècles, l’abbaye devient un centre culturel, intellectuel et économique de la région saxonne. Après une période de crise, Corvey devint un monastère réformé au 11ème siècle. Plus tard, sous le nom de « Abbaye impériale et princière de Corvey », un territoire lui est octroyé mais celui-ci perd de son importance à la fin du Moyen Âge. En tant qu’abbaye princière, Corvey appartenait au cercle impérial du Bas-Rhin-Westphalien au début de la période moderne. L’abbé avait son propre droit de vote dans le conseil impérial des princes.

[13] son chef

[14] La chorée de Sydenham, nommée ainsi d’après Thomas Sydenham, est une maladie inflammatoire du système nerveux central, apparaissant après une infection à streptocoques bêta-hémolytique du groupe A (SBHA) (par apparition de complexe immuns circulants composés d’IgG et antigènes SBHA), avec fièvre. Elle est caractérisée par des mouvements involontaires et contractions des muscles du tronc et des extrémités. Elle touche les enfants de 7 à 14 ans consécutivement à une contamination aux streptocoques. Les antigènes streptococciques ressemblent à ceux retrouvés au niveau des tissus nerveux, ce qui entraîne un rhumatisme articulaire aigu. Elle peut guérir naturellement ; on la traite habituellement à la pénicilline. En langage courant, elle est appelée la danse de Saint-Guy.

[15] Saverne est une commune française située dans le département du Bas-Rhin. Sous-préfecture de département. Les évêques de Strasbourg sont maîtres de la ville de 1236 jusqu’à la Révolution. En 1394, Saverne devient résidence épiscopale ce qui favorise le développement de la cité : la ville s’étend en dehors de l’enceinte romaine. La ville basse s’établit au-delà de la porte dite « Mitteltor » et est précédée de l’autre côté de la Zorn par « Kleinstadt ». Moulins et tanneries se développent le long de la Zorn. Lors de la Guerre des paysans en 1525, Saverne est investie par l’armée ducale du duc de Lorraine, la population est massacrée ainsi que les membres des bandes paysannes qui s’y étaient enfermés (environ 20 000 morts). La ville est lentement reconstruite après les sièges et les incendies dus à la guerre de Trente Ans. À partir du milieu du 17ème siècle, toutes les constructions doivent être de même hauteur et érigées dans le même alignement. Saverne, comme le reste de la province d’Alsace, est progressivement annexée par le roi de France.

[16] La procession dansante d’Echternach est un cortège religieux qui a lieu chaque année, le mardi de la Pentecôte, dans la ville luxembourgeoise d’Echternach. Elle est la dernière du genre en Europe. Au 13ème siècle, par exemple, en Espagne, les pèlerins dansaient les célèbres Cantigas de Santa Maria, attribuées au roi Alphonse le Sage. Le Livre vermeil de Montserrat, dont l’origine remonte au 14ème siècle, présente des chants et danses du même type. Le contenu de ce recueil était le fait des pèlerins se donnant rendez-vous au non moins célèbre monastère de Montserrat, en Catalogne. Actuellement, le pas de cette danse à deux temps ressemble à celui de la polka. Mais, à la différence de la polka, il ne s’agit pas d’une danse en couple, mais en rang, comme de nombreuses danses traditionnelles, dont les plus anciennes se dansent ainsi, en demi-cercle ou en cercle.