Théocrite (vers 310-vers 250 av. jc)
Poète grec
Auteur de mimes( [1], d’idylles pastorales et de contes épiques. Il était considéré comme l’un des 7 poètes de la Pléiade poétique du 3ème siècle av. jc [2].
Théocrite fut imité par Virgile, en France, il fut l’un des maîtres des poètes parnassiens [3], en particulier de Leconte de Lisle , qui a traduit plusieurs de ses idylles et s’est inspiré de lui dans ses Poèmes antiques.
De son propre aveu, il est né à Syracuse [4], en Sicile [5]. Il consacre une épigramme à son compatriote Épicharme pour une statue.
Il aurait essayé de faire des études de médecine à Cos [6], avec comme condisciple Nicias, poète et médecin originaire de Milet [7], habitant dans l’île, mais son choix se porta finalement sur la littérature, et il y suit l’enseignement du poète Philétas mort en 283 av. jc, précepteur de Ptolémée II Philadelphe et poète très respecté par les Anciens. L’œuvre de Théocrite atteste d’une grande connaissance des mythes de cette région.
Il essaye de se mettre sous la protection du tyran [8] Hiéron II de Syracuse, dont il vante les mérites dans l’Idylle 16. L’allusion au soutien à une guerre contre les Carthaginois, permet de dater ce poème de 275 av. jc.
N’obtenant pas la protection voulue, il s’attache à la cour de Ptolémée II à Alexandrie [9], où il fréquente également les cercles poétiques à la mode. Dans l’Idylle 17, il chante les louanges du roi d’Égypte et de sa sœur épouse, Arsinoé. Là, il connaît peut-être Callimaque et se lie avec le poète Aratos, à qui il dédie sa sixième Idylle. Théocrite écrit idylles et épigrammes, évoquant notamment les campagnes siciliennes et s’inspirant des chants amœbées [10] traditionnels.
Théocrite est considéré comme le créateur de la poésie bucolique grecque [11]. Son œuvre nous est parvenue essentiellement par des manuscrits.
Notes
[1] imitations comiques du langage ou des gestes
[2] La Pléiade est le nom, emprunté à un amas d’étoile], par lequel un groupe de poètes d’Alexandrie du 3ème siècle avant notre ère se fit connaître. Le Canon alexandrin y dénombre sept membres, mais dont la liste varie selon les auteurs ; on y retrouve notamment : Apollonios de Rhodes, Aratos de Soles, Philiscos de Corcyre, Homère le Jeune, Lycophron, Nicandre de Colophon, Théocrite, Sosiphane de Syracuse, Alexandre d’Etolie ou Sosithée d’Alexandrie qui vécurent tous au temps de Ptolémée II Philadelphe. Le terme fut repris par de nombreux autres groupes de poètes, dont le plus célèbre est probablement la Pléiade poétique de la Renaissance, illustrée par Ronsard et Du Bellay.
[3] Le Parnasse, ou mouvement parnassien, est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du 19ème siècle. Le mouvement tire son nom du recueil poétique Le Parnasse contemporain publié entre 1866 et 1876 par l’éditeur Alphonse Lemerre. Le terme parnasse, dans son usage commun, désigne la poésie en général et les poètes. Le mouvement parnassien apparaît en réaction au lyrisme subjectif et sentimental du romantisme. Ses principes sont la valorisation de l’art poétique par la retenue, l’impersonnalité et le rejet de l’engagement social ou politique. L’art n’aurait pas à être utile ou vertueux et le but en serait uniquement la beauté : le slogan « L’Art pour l’art » de Théophile Gautier, considéré comme précurseur, est adopté. Ce mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l’artiste en utilisant souvent la métaphore de la sculpture pour symboliser la résistance de la « matière poétique ».
[4] Syracuse fut fondée au 8ème siècle av. jc par des colons grecs venant de Corinthe. Elle est aujourd’hui la principale ville de la province de Syracuse. Cicéron la présenta comme la plus grande et la plus belle des villes grecques.
[5] La Sicile est la plus grande île méditerranéenne. Avec une superficie de 25 708 km², c’est la région la plus étendue de l’Italie et son territoire est constitué de neuf anciennes provinces à leur tour partagées en 390 municipalités. Elle est également la seule région italienne à compter 2 des 10 villes les plus peuplées du pays : Palerme et Catane. Son chef-lieu est Palerme.
[6] Kos ou Cos est une île grecque faisant partie de l’archipel du Dodécanèse, dans la mer Égée.
[7] ancienne cité grecque d’Ionie, aujourd’hui en Turquie
[8] Dans la Grèce antique, un tyran était un homme qui disposait d’un pouvoir assuré par la force ; ce pouvait être un ancien magistrat, parfois même un esclave, arrivé au pouvoir après un coup d’État, par ruse plus que par violence. Les tyrans ne prirent jamais officiellement le titre de tyran, et il n’y eut pas de titre général et officiel pour les désigner, c’est pourquoi on leur donne le nom dont leurs ennemis les stigmatisaient.
[9] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.
[10] Un chant amébée est un chant, souvent écrit en vers, fondé sur un dialogue lyrique de couplets de même longueur et de sens analogue. La réplique qui est donnée est en analogie, en contraste, ou en dépassement par rapport à la précédente. Les chants peuvent être alternés ou successifs. Cette forme de chant dont l’origine remonte à l’antiquité grecque, avait pour fonction de charmer les Muses et de rendre la poésie plus vivante. Les couplets improvisés alternativement entre deux chanteurs pouvaient faire l’objet d’un concours. Cet art millénaire est encore attesté en divers points du bassin méditerranéen.
[11] La poésie pastorale, ou poésie bucolique, est un genre poétique dont l’objet est de représenter la vie champêtre et les mœurs des bergers, soit d’après la nature, soit d’après des idées et des images de convention. Ce genre consacré à la description et à la célébration de l’univers de la campagne par rapport à celui de la ville a connu son apogée essentiellement sous l’Antiquité et vers le 16ème siècle.