François Paul de Solages, marquis de Carmaux (mort en 1741)
Militaire et industriel verrier français
Issu d’une ancienne famille du Rouergue [1], il est le créateur, avec son fils Gabriel de Solages , de la première verrerie à charbon du Sud-Ouest à Carmaux [2], dans le Tarn [3], qui deviendra ensuite la Verrerie royale à Sainte-Clotilde puis la Verrerie ouvrière d’Albi [4], lorsqu’elle sera reprise par les ouvriers en Société coopérative de production [5].
La famille devient carmausine le 23 septembre 1724, à la suite du mariage de François Paul de Solages avec Marie de Ciron, héritière de Carmaux.
Fils de Paul de Solages de Robal et de Geneviève-Catherine du Monstier, fille de Nicolas Dumonstier .
Il suit la carrière des armes et n’a que 16 ans lorsqu’il prend un étendard sur les ennemis à la bataille de Fleurus [6]. Blessé dans cette action, il a un cheval tué sous lui et est promu lieutenant de cavalerie dans le régiment de Narbonne. Il se distingue à plusieurs autres occasions, dont au siège de Barcelone [7].
En 1698, il épouse en premières noces Marie-Anne de Mostuéjouls, fille de baron François de Mostuéjouls et de Marie-Madeleine de Lévezou de Vesins, et veuve du vicomte Jacques de Bonald de La Rode. Veuf à son tour, il épouse en 1700 Isabeau Catherine de Galatrave, puis de nouveau veuf en 1713, il épouse, en 3ème noces, Marie de Ciron, dame de Carmaux, héritière de l’hôtel de Ciron [8], fille de Jacques-Philippe de Ciron, marquis de Carmaux et de Saint-Benoît [9], président à mortier [10] au parlement de Toulouse [11], et de Jeanne de Toupignon. La terre de Carmaux entra ainsi dans la famille de Solages.
Le département du Tarn jouissait, depuis le 15ème siècle, d’une longue tradition verrière, à travers ses verreries de la forêt domaniale de la Grésigne [12] et de la montagne Noire [13]. La première était utilisée au maximum par les verriers, lorsque l’édit de 1669, après la visite de Colbert, aboutit à limiter l’utilisation du bois pour les verreries.
L’un de ses 2 fils, Gabriel de Solages, désigné par la suite sous le nom de chevalier de Solages, a réussi à accroître l’importance de l’entreprise et contourner les difficultés de transport, en recourant au charbon de Carmaux et en consommant sur place la plus grande partie de ses produits : il fit construire une verrerie à bouteilles pour laquelle il sollicita une concession, accordée par arrêté du Conseil d’État du 2 mai 1752.
Pour la fabrication des bouteilles en verre noir, il fit appel à des verriers de la Grésigne et du Champenois, hautement qualifiés. La verrerie ira jusqu’à atteindre 800 ouvriers en 1882, qui constituent une corporation ouvrière privilégiée, bénéficiant de salaires élevés.
Un règlement paru en 1744 avait déjà mis un peu d’ordre dans les exploitations minières, soumises à une autorisation préalable fixant diverses mesures de sécurité. C’est en vertu de ce règlement que le 12 septembre 1752, 4 mois après le feu vert à la verrerie, le roi Louis XV accorda au chevalier de Solages, pour 20 ans, le monopole de l’exploitation du gisement de Carmaux, prolongé à différentes reprises.
Gabriel de Solages fait travailler des ouvriers des mines de Flandres guidés par des chefs d’ateliers, ainsi que par des charpentiers, des boiseurs et un directeur venus dans le bassin vers 1750. En 1782, il faisait valoir que les charbons, extraits à 324 mètres de profondeur, étaient d’une qualité supérieure aux meilleurs charbons d’Angleterre.
Le château de la famille fut construit en 1755 par Gabriel de Solages, fondateur des mines de Carmaux, et transformé en un imposant château par son arrière-petit-fils Achille, pendant la Restauration.
Notes
[1] Le Rouergue est une ancienne province du Midi de la France correspondant approximativement à l’actuel département de l’Aveyron. Après avoir fait partie du comté de Toulouse, il fut rattaché à la Guyenne avant d’en être détaché lors de la formation de la province de Haute-Guyenne en 1779.
[2] Carmaux est une commune française située dans le département du Tarn. Sur le plan historique et culturel, la ville de Carmaux est dans le Ségala, un territoire s’étendant sur les départements du Tarn et de l’Aveyron, constitué de longs plateaux schisteux, morcelés d’étroites vallées. La ville de Carmaux est connue pour ses activités industrielles passées, en particulier sa verrerie et l’exploitation du charbon. Carmaux est aussi connue pour avoir été le cadre d’une étape décisive dans la carrière politique de Jean Jaurès, il a été Député de la circonscription de Carmaux de 1893 à 1898 puis à nouveau de 1902 à sa mort en 1914. Il fut un homme d’État qui a fortement marqué la politique française des 19 et 20ème siècles, notamment fondateur du Parti socialiste (SFIO) et du journal L’Humanité.
[3] Le Tarn est un département français de la région Occitanie, traversé par la rivière Tarn qui lui a donné son nom. La préfecture est Albi, et l’unique sous-préfecture est Castres.
[4] Albi est une commune française, préfecture du département du Tarn. Albi est surnommée la « ville rouge » du fait des briques ocre apparentes de sa cathédrale fortifiée et de son centre historique. Albi est ainsi remarquable par cette impressionnante cathédrale Sainte-Cécile, construite entre 1282 et 1480, et son palais de la Berbie, ancien palais des archevêques d’Albi, qui dominent le centre-ville historique et les rives du Tarn.
[5] Une société coopérative et participative ou société coopérative de production (SCOP), anciennement société coopérative ouvrière de production ou société coopérative de travailleurs, est en droit français, une société commerciale qui se distingue des sociétés classiques par une détention majoritaire du capital et du pouvoir de décision par les salariés et par des règles de fonctionnement basées sur les principes coopératifs. Les scops sont soumises à la loi portant statut de la coopération du 10 septembre 1947, mais leur spécificité par rapport aux autres entreprises coopératives leur est conférée par la loi portant statut des sociétés coopératives de production du 19 juillet 1978. En 2014, la loi relative à l’économie sociale et solidaire instaure plusieurs dispositions spécifiques aux SCOP, SCIC et CAE, soutenues de longue date par la CG Scop : groupe coopératif, Scop d’amorçage, droit d’information aux salariés pour la reprise d’entreprises saines, reconnaissance du statut de salarié-entrepreneur en CAE.
[6] La bataille de Fleurus a eu lieu le 1er juillet 1690 à Fleurus (en Belgique actuelle). C’est une victoire pour l’armée française commandée par le maréchal de Luxembourg contre les armées d’une coalition rassemblant les Provinces-Unies, les Impériaux, l’Espagne et l’Angleterre dirigée par le général allemand Waldeck. La France perd 3 600 hommes, alors que les coalisés en perdent plus de 20 000.
[7] Épisode de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, le siège de Barcelone de 1697 se termine par une victoire française sur les Espagnols.
[8] L’hôtel de Ciron-Fumel, aujourd’hui Palais consulaire de Toulouse, est un ancien hôtel particulier qui se situe au no 2 rue d’Alsace-Lorraine et au no 6 rue Croix-Baragnon, au nord de la place Rouaix, dans le centre historique de Toulouse. Le palais actuel résulte de la réunion, au cours du 18ème siècle, de deux hôtels particuliers construits au 17ème siècle dont l’un appartenait à la famille Ciron. Au milieu du 18ème siècle, l’hôtel est réaménagé par le comte Joseph de Fumel, avant d’être racheté par la municipalité pour devenir en 1770 la résidence des premiers présidents du parlement de la ville. À la Révolution, il accueille l’administration départementale, avant de devenir l’hôtel de l’Archevêché. Enfin, après la loi de séparation de 1905, l’hôtel trouve son affectation actuelle et est vendu à la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse.
[9] Saint-Benoît-de-Carmaux, connu sous la Révolution sous le nom de La Montagne, est une commune française du sud-ouest du pays, située dans le département du Tarn. Elle fait partie de l’unité urbaine de Carmaux. Sur le plan historique et culturel, la commune est dans le Ségala, un territoire s’étendant sur les départements du Tarn et de l’Aveyron, constitué de longs plateaux schisteux, morcelés d’étroites vallées.
[10] Sous l’Ancien Régime français, les présidents à mortier sont, au sein des parlements, des présidents de chambre. Chaque parlement était présidé par un « premier président » nommé par le roi et était divisé en plusieurs chambres (chambre civile, chambre pénale, chambre commerciale, chambre du commerce maritime, etc.). La plus prestigieuse de ces chambres est appelée la « Grand’Chambre ».Le président qui la préside est le Président à mortier, du nom du « mortier » (une toque de velours noir bordée d’or).
[11] Le parlement de Toulouse est une institution française de l’Ancien Régime. Ce parlement est une cour de justice souveraine, sur le modèle de celui de Paris, pour juger en appel, au nom du roi, des affaires civiles, criminelles et ecclésiastiques. Le parlement de Toulouse doit beaucoup à l’action menée par les États de Languedoc, qui le réclament au nom de l’éloignement de Paris et de la spécificité du droit méridional. Il est donc le premier du genre créé en province. Après plusieurs tentatives, il est définitivement mis en place en 1443 par le roi Charles VII. Son ressort évolue entre les15 et 18ème siècles. À l’origine, il est le parlement des terres où s’exerce le droit romain, soit la moitié méridionale du royaume, la patria occitana ou « Languedoc » – du Rhône à l’Atlantique, des Pyrénées au Massif central. Rapidement cependant, son étendue est réduite par la création de nouveaux parlements, parmi lesquels celui de Bordeaux en 1462.
[12] La forêt de la Grésigne, entre les vallées de l’Aveyron, de la Vère et du Cérou, est ceinturée au nord par les plateaux calcaires et au sud-est par le causse de Cordes. Le sentier de la baronne dans la forêt de Grésigne. La prépondérance des chênes (60 % du peuplement en chêne rouvre, 15 % en chêne pédonculé) fait de la Grésigne la plus vaste chênaie rouvre du midi de la France. Après avoir appartenu au territoire de Puycelsi, elle dépend de la commune de Castelnau-de-Montmiral depuis le 21 février 1814.
[13] La montagne Noire est un massif montagneux situé à l’extrémité sud du Massif central, en France. Il sépare les départements du Tarn, de l’Hérault, de l’Aude et de la Haute-Garonne. Il abrite à son pied la ville de Mazamet dans le Tarn.