Caradoc dit Caradoc Freichfras (bras fort)
Figure semi-légendaire du 5 ou 6ème siècle gallois
Ancêtre supposé des rois de Gwent [1]. Il est également évoqué dans la légende arthurienne [2] sous le nom de Caradoc Briefbras [3], l’un des chevaliers de la Table ronde [4].
Bien que le nom de Caradoc sous ses diverses formes soit courant au Pays de Galles [5] au Moyen Âge, il est probable que plusieurs des mentions qu’en font les généalogies et les hagiographies galloises désignent la même personne.
Certains auteurs font de Caradoc Freichfras un possible personnage historique, également appelé Caradoc ap Gwrgan Mawr, qui aurait régné sur le royaume d’Ergyng [6] dans le Gwent autour d’Hereford [7] vers le 6ème siècle, depuis Caerwent [8], l’ancienne cité romaine de Venta Silurum [9]. Caradoc est cité aussi dans “la vie de saint Paterne de Vannes”.
Il apparaît dans les Triades galloises [10] et y est décrit comme un des chefs âgés qui entourent Arthur à Celliwig [11] et comme l’un des trois chevaliers de l’île de Bretagne [12]. Son cheval porte le nom de Luagor [13]. Son épouse, Tegau Eurfron* [14] est aussi évoquée dans les triades comme l’une des 3 superbes jeunes filles qui évoluent à la cour d’Arthur. Le grand amour qui unit Caradoc à son épouse est considéré comme l’un des 3 liens supérieurs de Bretagne.
Selon les légendes arthuriennes, Caradoc était membre de la Table Ronde à l’époque d’Uther Pendragon, mais, lorsque Arthur s’empara du pouvoir, il se rebella en s’alliant à d’autres rois. Il finit par se réconcilier avec le jeune roi et devint un de ses plus fidèles alliés.
Caradoc apparaît fréquemment dans la littérature arthurienne et en est même parfois le personnage principal, comme dans “la Vie de Caradoc” [15] incluse dans le premier cycle de Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal. L’histoire, probablement inspirée de la tradition celtique, semble avoir pour but d’expliquer la raison pour laquelle Caradoc reçut son surnom de Bras-fort : Caradoc l’Ancien épouse la belle Ysave, mais celle-ci est promptement séduite par un enchanteur du nom d’Eliavres. Celui-ci jette un sort à Caradoc dont l’effet l’amène à confondre son épouse avec divers animaux de ferme, tandis que le sorcier s’emploie à concevoir un fils. Caradoc l’Ancien donne à l’enfant son propre nom et le garçon devient un jeune et talentueux nobliau. Caradoc le Jeune part pour la cour d’Arthur et devient chevalier de la Table-Ronde comme son père.
Notes
[1] Gwent est un ancien royaume gallois au sud-est du Pays de Galles situé sur les Marches galloises, la rivière Wye le séparant de l’Angleterre à l’est, et l’estuaire de la rivière Severn la séparant au sud du Somerset. Il serait une partie du mythique royaume gallois d’Ewyas, l’autre moitié étant le Glywysing et l’Ergyng. L’histoire de cette région est assez confuse, principalement à cause de la fluctuation des frontières et des noms à travers le temps, accentuée par les innombrables revendications claniques de l’époque. Il est intéressant de constater qu’il garda un mode de vie romanisé plusieurs générations après le départ des troupes romaines de Bretagne, dans la décennie 410.
[2] La légende arthurienne, ou cycle arthurien, est un ensemble de textes écrits au Moyen Âge autour du roi Arthur, de son entourage et de la quête du Graal. C’est un thème fort de la matière de Bretagne. Il n’existe non pas une légende arthurienne, mais plusieurs. Ceci est dû aux nombreux auteurs qui ont assemblé ces traditions au cours des siècles, depuis les premiers moines collecteurs jusqu’aux écrivains qui l’ont enrichie, comme Chrétien de Troyes ou plus récemment Xavier de Langlais. Ainsi, le nom des personnages et les circonstances de leur vie (jeunesse, hauts faits, mort) varient d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre. Il existe cependant une unité de lieu : le royaume de l’île de Bretagne, qui recouvre les territoires du centre, du sud et de l’ouest de la Grande-Bretagne actuelle ainsi qu’une partie non définie de la Bretagne continentale, et une unité de temps : la fin du 5ème siècle et le début du 6ème siècle quand les Romains viennent de quitter l’Île de Bretagne, période des grandes invasions qui précédèrent et suivirent la chute de l’empire romain d’Occident.
[3] bras court
[4] Les chevaliers de la Table ronde constituent un ordre légendaire au service du roi Arthur que ce dernier a chargé de mener la quête du Graal et d’assurer la paix du royaume. La première trace écrite de la légende des chevaliers de la Table ronde se trouve dans le Roman de Brut écrit par le poète normand Wace en 1155. Dans la littérature française, les œuvres de Chrétien de Troyes à la fin du 12ème siècle auront une influence majeure sur la diffusion de la légende arthurienne.
[5] Le pays de Galles est une nation constitutive du Royaume-Uni située dans l’Ouest de l’île de Grande-Bretagne. Il partage une frontière avec l’Angleterre à l’est et est bordé par la mer d’Irlande au nord et à l’ouest et le canal de Bristol au sud.
[6] Ergyng est un ancien petit royaume gallois situé sur la frontière du pays de Galles et de l’Angleterre dans la région d’Hereford. Il constituait le nord du Gwent.
[7] Hereford est une cité historique de l’ouest de l’Angleterre située sur la Wye, près de la frontière galloise, dans le comté d’Herefordshire et dans la région des Midlands de l’Ouest. La ville est citée dans une ancienne charte datant de 1189 sous le nom de Hereford in Wales.
[8] Caerwent est une localité du pays de Galles, en Grande-Bretagne, située dans le comté du Monmouthshire.
[9] Venta Silurum est une cité romaine de la province de Bretagne. Chef-lieu de la civitas des Silures. Ces derniers formaient un peuple opposé aux Romains pendant la conquête romaine de la Grande-Bretagne. Battus vers 75 par le général romain Frontin, ils sont intégrés, de ce fait, à l’empire romain. La communauté se voit conférer le statut de civitas dans un second temps, à l’époque antonine probablement. Le site de Venta Silurum, construit à partir de cette époque, se situe dans le village actuel de Caerwent, dans le sud-est du pays de Galles. Avec Moridunum (Carmarthen), elle est l’une des deux seules cités romaines connues sur le territoire gallois
[10] Les Triades galloises, sont un groupe de textes inclus dans des manuscrits médiévaux gallois, dans lesquels sont conservés des fragments de culture galloise ancienne concernant l’histoire aussi bien que la mythologie celtique. Il s’agit de listes de personnages groupés par trois selon une caractéristique commune (ex : Les trois beaux princes de l’île de Bretagne : Owain mab Urien, Rhun mab Maelgwn, Rhufawn mab Dewrarth Wledig, le Radieux). Parfois la triade est suivie d’un texte les détaillant ou développant leur légende. Ces triades seraient un regroupement par thème effectué par les bardes pour favoriser la mémorisation des récits.
[11] Cornouailles
[12] La Bretagne insulaire, parfois également appelée l’île de Bretagne, est le nom donné à la Grande-Bretagne par les historiens modernes jusqu’à la fin de la période médiévale britannique.
[13] fendeur d’hôte
[14] poitrine d’or
[15] ou Livre de Caradoc