Spartacus (100 av. J.-C. - 71 av. jc)
« J’écris ton nom, Liberté »
Introduction :
Spartacus est à l’origine d’une grande révolte d’esclaves qui a fait vaciller la République romaine. Pour les Européens, depuis le 18ème siècle, son nom symbolise la révolte des dominés.
L’affaire se déroule en 73 av. jc dans les derniers temps de la République romaine, à Capoue [1], en Campanie [2]. Une poignée de gladiateurs [3] s’enfuient d’une école et gagnent les pentes du Vésuve [4].
Ils se placent sous les ordres de 3 chefs charismatiques, Oenomaüs,Crixus et surtout Spartacus. Son nom vient de Sparta, une ville de Thrace [5], au nord de la Macédoine [6], où il est né vers 100 av. jc.
Berger devenu soldat dans un corps auxiliaire romain, il a tenté de déserter avant d’être repris, réduit en esclavage et vendu comme gladiateur au directeur de l’école de Capoue, un laniste [7] de grande réputation dénommé Lentulus Batiatus.
Sous sa férule, Spartacus est devenu un gladiateur d’exception. Comme tous les gladiateurs esclaves de la République romaine, il n’en est pas moins méprisé par le public des arènes [8].
Son escapade à la tête de quelques désespérés serait passée dans les oubliettes de l’Histoire si des esclaves surexploités dans les immenses propriétés agricoles des environs n’avaient rejoint les fugitifs. Bientôt, la petite troupe réunit plusieurs dizaines de milliers d’esclaves, de gladiateurs et de déshérités. Elle échappe à l’encerclement du Vésuve et prend à revers la légion du consul Gellius envoyée par Rome pour mettre fin à la rébellion.
Plusieurs centaines de prisonniers sont condamnés à s’entretuer deux à deux sous les yeux ravis des ex-gladiateurs ! Énivrés par leurs succès, les esclaves pillent l’Italie au grand dam de leur chef qui eût préféré les conduire vers les Alpes, hors d’atteinte de Rome.
Une scission se produit alors entre les partisans de Spartacus et ceux de Crixus. Le second veut poursuivre son avantage en pillant les riches campagnes du sud de la péninsule italienne. Spartacus voudrait quant à lui se diriger vers le nord et gagner des terres libres au-delà des Alpes. Les 2 troupes se séparent donc.
Crixus se dirige vers le sud où lui-même et ses hommes sont bientôt exterminés par les légions romaines. Quant à Spartacus, il prend la route du nord puis se ravise et décide de gagner le sud de la péninsule et de prendre la mer vers son pays natal...
Rome prise de frayeur
Cette révolte est la troisième guerre servile [9] qu’ait à subir la République romaine. Ce sera aussi la dernière. Les deux premières ont affecté la Sicile [10], suite à l’appropriation de ses terres à blé par les chevaliers romains [11] et leur transformation en pacages extensifs.
Aux alentours de 140 av. jc. et à nouveau aux alentours de 100 av. jc, la province fut en effet secouée par de violentes jacqueries que Rome réprima à reculons, aucun général n’éprouvant de fierté à affronter les esclaves.
Face à Spartacus et ses gladiateurs, le Sénat est à nouveau pris de frayeur. Ses meilleures légions étant en Espagne, il confie au préteur Marcus Lucinius Crassus le soin de mettre fin à la jacquerie.
Crassus est un ancien lieutenant de Sylla qui s’est outrageusement enrichi à la faveur des proscriptions [12]. Il arme 12 légions et traque les esclaves fugitifs. Évitant le combat frontal, il suit Spartacus jusqu’à la pointe de la péninsule, en face de la Sicile, et érige des fortifications de fortune sur une cinquantaine de kilomètres pour l’empêcher de se replier.
Spartacus négocie le passage en Sicile avec des pirates mais ceux-ci disparaissent sitôt qu’ils ont encaissé le prix de la traversée. Il ne lui reste plus qu’à revenir en arrière. Il arrive avec audace à franchir les fortifications romaines et, finalement, affronte les légions un peu plus au nord, en Lucanie [13].
Submergés par le nombre, les révoltés succombent. Spartacus lui-même est tué au combat. Au nombre de 6 000, les survivants sont crucifiés le long de la via Appia [14] qui mène de Capoue à Rome, dans l’agonie la plus longue et la plus douloureuse qui soit. C’est la plus grande crucifixion de masse qu’aient jamais opérée les Romains.
Là-dessus, Pompée revient en hâte d’Espagne et croise sur son passage une poignée d’esclaves qui ont échappé à la sauvage répression de Crassus. Il les extermine sans faire de détail avant de faire sa rentrée à Rome. Habilement, il va en tirer argument auprès des Romains et des sénateurs pour s’attribuer tout le mérite de la répression, au grand dépit de Crassus, son futur allié au sein du premier triumvirat [15].
Notes
[1] Capoue est une commune, située dans la province de Caserte en Campanie, dans l’Italie méridionale. Rattachée à Salerne par le traité de 849 entre Salerne et Bénévent, elle parvient à s’en affranchir vers 861.
[2] La région de Campanie, plus couramment appelée la Campanie, est une région d’Italie méridionale. Elle fut associée au Latium, une des 11 régions de l’Italie romaine créées par l’empereur Auguste au 1er siècle av.jc Érigée en province à part entière au début du 4ème siècle au temps de l’empereur Dioclétien, la Campanie fut ensuite sous domination lombarde puis byzantine. Elle fut ensuite morcelée par l’indépendance que quelques-unes de ses villes adoptèrent.
[3] Les gladiateurs (du latin gladiatores, de gladius, glaive, signifiant « combattants à l’épée », ou « épéistes ») sont des combattants qui s’affrontent généralement par paires bien définies, chacun des deux adversaires appartenant à une catégorie appelée armatura, dotée d’armes, d’une panoplie et de techniques de combat spécifiques. Il s’agit de combats d’hommes athlétiques, plus rarement de femmes (les gladiatrices) et exceptionnellement de nains ou d’enfants.
[4] Le Vésuve ou mont Vésuve est un Somma-stratovolcan italien d’une altitude de 1 281 mètres, bordant la baie de Naples, à l’est de la ville. Il s’agit du seul volcan d’Europe continentale à être entré en éruption durant les cent dernières années, sa dernière éruption datant de 1944. Il est à l’origine de la destruction des villes de Pompéi, Herculanum, Oplontis et Stabies, ensevelies en 79 sous une pluie de cendres et de boue qui, ainsi, les a conservées jusqu’à nos jours dans leur état antique. Il est entré en éruption de nombreuses autres fois au cours des derniers millénaires et c’est l’un des volcans les plus dangereux du monde en raison de sa tendance explosive et surtout de la population importante qui vit à ses abords.
[5] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.
[6] Le royaume de Macédoine est un État antique situé au nord de la Grèce correspondant aujourd’hui principalement à la Macédoine grecque. Il est centré sur la partie nord-est de la péninsule grecque, bordé par l’Épire à l’ouest, la Péonie au nord, la Thrace à l’est et la Thessalie au sud. Royaume périphérique de la Grèce aux époques archaïque et classique, il devient l’État dominant du monde grec durant l’époque hellénistique. L’existence du royaume est attestée au tout début du 7ème siècle av. jc avec à sa tête la dynastie des Argéades. Il connaît un formidable essor sous le règne de Philippe II qui étend sa domination sur la Grèce continentale en évinçant Athènes et la ligue chalcidienne pour ensuite fonder la Ligue de Corinthe. Son fils Alexandre le Grand est à l’origine de la conquête de l’immense empire perse et de l’expansion de l’hellénisme en Asie à la fin du 4ème siècle av. jc. Après sa mort, la Macédoine passe brièvement sous la tutelle des Antipatrides dans le contexte des guerres des diadoques. En 277, la royauté échoit à Antigone II Gonatas qui installe la dynastie des Antigonides qui règne jusqu’en 168, date à laquelle la Macédoine est conquise par les Romains. En 146 la Macédoine devient une province romaine.
[7] entraîneur de gladiateurs
[8] c’est seulement sous l’Empire, au début de notre ère, que les gladiateurs acquerront prestige et richesse, à l’égal de nos vedettes sportives
[9] La troisième guerre servile, aussi nommée guerre des Gladiateurs ou guerre de Spartacus, fut la dernière d’une série de rébellions d’esclaves contre la République romaine, connues collectivement sous le nom de guerres serviles. La troisième guerre servile fut la seule à menacer directement le cœur romain de l’Italie et fut doublement préoccupante pour le peuple romain entre 73 et 71 av. jc en raison des succès répétés contre l’armée romaine d’une bande d’esclaves rebelles qui augmentait rapidement. La rébellion fut finalement écrasée en 71 av. jc, après que toutes les forces militaires furent concentrées dans les mains d’un seul commandant, Marcus Licinius Crassus. Malgré cette victoire, la révolte eut des effets indirects sur la politique romaine durant les années suivantes.
[10] La Sicile est la plus grande île méditerranéenne. Avec une superficie de 25 708 km², c’est la région la plus étendue de l’Italie et son territoire est constitué de neuf anciennes provinces à leur tour partagées en 390 municipalités. Elle est également la seule région italienne à compter 2 des 10 villes les plus peuplées du pays : Palerme et Catane. Son chef-lieu est Palerme.
[11] Les chevaliers romains sont une classe de citoyens de la Rome antique organisés en ordre équestre, venant dans la hiérarchie sociale immédiatement après l’ordre sénatorial. Choisis par les censeurs, les chevaliers sont les plus fortunés et les plus honorables des citoyens en dehors des sénateurs. Bien que cette appartenance puisse théoriquement être remise en cause à chaque censure, elle est héréditaire en pratique. Le chevalier se reconnaît par ses ornamenta, dont la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique, et le port de l’anneau d’or. Sous la République, les chevaliers se voient attribuer un poids électoral privilégié et un rôle militaire, mais restent en dehors de la carrière des honneurs (cursus honorum). Sous l’Empire, les empereurs leur accordent une place croissante dans l’administration impériale, qui culmine dans la seconde moitié du 3ème siècle, entre les règnes de Gallien et Dioclétien. Au début du 4ème siècle, l’empereur Constantin inverse cette tendance en intégrant les chevaliers de rang élevé dans l’ancien Sénat, tandis le nombre de chevaliers de rang inférieur augmente et dévalue le prestige du titre, jusqu’à sa disparition au 5ème siècle.
[12] Une proscription (du latin pro scribo qui signifie « afficher ») est une condamnation arbitraire annoncée par voie d’affiches, et qui donne licence à quiconque de tuer les personnes dont les noms sont affichés. L’exécutant reçoit une récompense, en général une partie du patrimoine du proscrit.
[13] Les Lucaniens étaient un peuple italique qui habitait en Lucanie, une région de Basilicate en Italie. La langue parlée par les Lucaniens est une langue indo-européenne osque qu’ils écrivaient avec des caractères grecs. Vers le milieu du 5ème siècle av. jc, les Lucaniens ont poussé les peuples indigènes de la région de l’actuelle Basilicate vers les montagnes intérieures. Ils avaient adopté une constitution démocratique, sauf en temps de guerre, lorsqu’ils choisissent un dictateur parmi les magistrats ordinaires. En 336 av.jc, ils sont alliés de la colonie grecque de Tarente lors de son conflit avec le roi Alexandre 1er d’Épire pour le contrôle de la Grande Grèce.
[14] La voie Appienne (Via Appia) est une voie romaine de près de 500 km de longueur, partant de Rome, longeant la côte tyrrhénienne, traversant les terres de la Campanie et de la Basilicate pour terminer dans les Pouilles. Elle fut construite en 312 av. jc. Elle joignait à l’origine Rome à Capoue, puis fut prolongée jusqu’à Brindes (Brundisium). À l’issue de la Troisième Guerre servile en 71 av. jc, les esclaves sous le commandement de Spartacus furent écrasés par Crassus, les 6 000 survivants furent crucifiés le long de la voie Appienne. La voie Appienne est certainement la voie romaine la mieux conservée, et de nos jours de nombreux vestiges sont encore visibles. Son importance est confirmée par le surnom de « Reine des voies » (Regina Viarum) que lui donnaient les Romains, à l’origine de l’expression prendre « la voie royale ».
[15] Le premier triumvirat est une alliance politique privée de la fin de la République romaine rassemblant Jules César, Crassus et Pompée le Grand.