Samouraï [1] japonais, vassal du daimyō [2] de Sendai [3], Date Masamune , il dirigea une ambassade vers la Nouvelle-Espagne [4] puis l’Europe entre 1613 et 1620.
Il fut le tout premier officiel japonais envoyé aux Amériques, et lorsqu’il se rendit en France, permit le premier contact direct entre Français et Japonais.
Bien que l’ambassade de Hasekura ait fait une forte impression en Europe, elle est arrivée à une époque où le Japon tentait de supprimer le christianisme de son sol, si bien que les monarques européens, tels le roi d’Espagne, ont finalement refusé les arrangements commerciaux que Hasekura tentait d’établir.
Hasekura est rentré au Japon en 1620 et mort de maladie environ un an après, son ambassade n’ayant débouché sur aucun résultat dans un Japon en plein isolationnisme.
On ne sait que peu de choses de la jeunesse de Hasekura Tsunenaga. C’est un noble samouraï de rang moyen du fief d’Ōshū [5], au nord du Japon, qui sert directement le daimyō Masamune Date. Ils ont tous les deux approximativement le même âge, et les archives montrent que Date lui confie le rôle de le représenter au cours de plusieurs missions importantes.
Durant 6 mois en 1597, il se bat comme samouraï vétéran lors de la guerre Imjin [6], sous le shogunat de Toyotomi Hideyoshi .
En 1612, son père, Hasekura Tsunenari, est condamné pour corruption ; il est mis à mort en 1613. Son fief est confisqué, et son fils doit normalement être exécuté. Cependant, Date Masamune donne à Hasekura Tsunenaga la possibilité de restaurer son honneur en prenant en charge une ambassade en Europe, et lui rend également rapidement ses terres.
Un navire part pour Acapulco [7] au Mexique le 28 octobre 1613 avec environ 180 personnes à bord.
Le navire atteint d’abord le cap Mendocino [8] dans l’actuelle Californie [9], puis longe la côte et accoste à Acapulco le 25 janvier 1614 après 3 mois de mer.
L’ambassade entre à Mexico [10] le 4 mars, où elle est reçue avec une grande cérémonie. Le but ultime de l’ambassade étant l’Europe, elle passe un certain temps à Mexico, puis part pour Veracruz [11] pour embarquer au sein de la flotte de Don Antonio de Oquendo. Hasekura est installé à Mexico dans une maison près de l’église de San Francisco. Il rencontre le vice-roi, à qui il explique qu’il veut également rencontrer le roi Philippe III pour lui faire une offre de paix et obtenir pour les Japonais la possibilité de venir commercer au Mexique.
Le mercredi 9 avril, 20 Japonais sont baptisés, et 22 de plus le 20 avril par l’archevêque de Mexico, don Juan Pérez de la Serna, dans l’église San Francisco de Mexico. En tout, 63 d’entre eux reçoivent la confirmation le 25 avril. Hasekura, quant à lui, attend son voyage en Europe pour se faire baptiser là-bas.
La flotte part pour l’Europe sur le San Jose le 10 juin, Hasekura ayant laissé la majeure partie du groupe japonais en arrière, à attendre à Acapulco le retour de l’ambassade. Certains d’entre eux, de même que ceux restés d’un voyage précédent de Shōsuke Tanaka, reviennent au Japon plus tard la même année à bord du San Juan Bautista.
L’ambassade japonaise rencontre le roi d’Espagne Philippe III à Madrid le 30 janvier 1615. Hasekura lui remet une lettre de Date Masamune, ainsi qu’une proposition, de traité. Le Roi répond qu’il fera ce qu’il peut pour accéder à ces requêtes.
Comme le veut l’usage, l’ambassade japonaise apporta plusieurs cadeaux au roi d’Espagne, dont une armure de samouraï toujours exposée au Palais royal de Madrid [12].
Hasekura est baptisé le 17 février par le chapelain [13] personnel du roi, et reçoit le nom de Felipe Francisco Hasekura. La cérémonie de baptême est conduite par l’archevêque de Tolède [14] et Francisco Goméz de Sandoval y Rojas, duc de Lerma [15], administrateur principal du règne de Philippe III et dirigeant de facto de l’Espagne est choisi pour être son parrain.
L’ambassade reste 8 mois en Espagne avant de quitter le pays pour l’Italie.
Après avoir traversé l’Espagne, l’ambassade navigue sur la mer Méditerranée à bord de trois frégates espagnoles vers l’Italie. Cependant, le mauvais temps les force à rester quelque temps dans le port français de Saint-Tropez [16] où ils sont reçus par la noblesse locale et font sensation parmi la population locale.
Cette visite imprévue constitue la première trace enregistrée de relations franco-japonaises [17]. À l’inverse, la première visite d’un Français au Japon est celle de François Caron en 1619.
L’ambassade japonaise arrive en Italie où elle rencontre le papePaul V à Rome en novembre 1615.
Hasekura remet au Pape deux lettres dorées* [18].
Le pape accepte d’envoyer les missionnaires mais laisse la décision à propos du commerce au roi d’Espagne. Il écrit une lettre à Date Masamune, dont une copie est toujours visible au Vatican.
La Curie romaine donne aussi à Hasekura le titre d’honneur de Citoyen romain, dans un document qu’il rapporte au Japon et qui est aujourd’hui conservé à Sendai.
De retour en Espagne, Hasekura rencontre à nouveau le roi qui refuse de signer un traité commercial, arguant que l’ambassade n’est pas une ambassade officielle du dirigeant du Japon Tokugawa Ieyasu, qui au contraire a promulgué un édit en janvier 1614 ordonnant l’expulsion de tous les missionnaires du Japon, et commencé la persécution des Chrétiens au Japon.
L’ambassade quitte Séville [19] pour le Mexique en juin 1617 après une période de 2 ans passée en Europe, mais quelques Japonais restent en Espagne où il s’installent dans une ville proche de Séville à Coria del Río [20], où leurs descendants actuels portent le patronyme Japón.
Hasekura reste 5 mois au Mexique durant son retour vers le Japon. Le San Juan Bautista attend à Acapulco depuis 1616, après une seconde traversée du Pacifique du Japon au Mexique. Commandé par Shogen Yokozawa , il a transporté du poivre fin et des objets laqués de Kyōto [21], qui sont vendus sur le marché mexicain.
À la requête du roi d’Espagne, afin d’éviter que trop d’argent parte pour le Japon, le vice-roi demande à ce que les recettes soient dépensées en biens mexicains, à l’exception de 12 000 pesos et 8 000 pesos en argent que Hasekura et Yokozawa sont respectivement autorisés à ramener avec eux.
En avril 1618, le San Juan Bautista arrive aux Philippines depuis le Mexique, avec Hasekura et Luis Sotelo à son bord. Le navire est alors acheté par le gouvernement espagnol local, dans l’objectif d’améliorer les défenses contre les attaques hollandaises et anglaises.
Durant son séjour aux Philippines, Hasekura achète de nombreux biens pour Masamune Date, et construit un navire, ainsi qu’il l’explique dans une lettre à son fils. Il retourne finalement au Japon en août 1620, atteignant le port de Nagasaki [22].
Au moment où Hasekura revient, le Japon a changé drastiquement : un effort pour éradiquer le christianisme est mené depuis 1614, Tokugawa Ieyasu est mort en 1616 et remplacé par son fils Tokugawa Hidetada, plus xénophobe, et le Japon s’avance vers sa période d’isolation nommée plus tard Sakoku [23] À cause de ces persécutions des Chrétiens au Japon dont des échos sont parvenus en Europe, les accords commerciaux que Hasekura a tenté d’établir avec le Mexique sont annulés et l’ambassade n’a donc pas les résultats escomptés, le roi d’Espagne en particulier étant devenu très réticent à donner son accord aux arrangements commerciaux et propositions d’envoi de missionnaires.
Hasekura rend compte de ses voyages à Date Masamune à son arrivée à Sendai. Il lui remet, selon les archives, un portrait du pape Paul V, un portrait de lui-même en prières, et une série de dagues indonésiennes et de Ceylan [24] acquises aux Philippines [25], le tout étant conservé au musée de la ville de Sendai.
L’effet direct du retour de Hasekura à Sendai est l’interdiction du christianisme dans le fief de Sendai deux jours plus tard
Ce qu’a dit Hasekura pour aboutir à un tel résultat est inconnu. Comme les événements ultérieurs tendent à indiquer que lui et ses descendants sont restés de fidèles chrétiens, Hasekura a pu faire un récit enthousiaste, et dans une certaine mesure dérangeant, de la grandeur et de la puissance des pays occidentaux et de la religion chrétienne.
Date Masamune, jusque-là très tolérant envers le christianisme en dépit de l’interdiction du bakufu [26] dans les terres qu’il contrôle directement, choisit ainsi soudainement de prendre ses distance envers la foi chrétienne. Les premières exécutions de chrétiens commencent 40 jours plus tard. Les mesures anti-chrétiennes prises par Masamune sont cependant relativement clémentes, et les chrétiens aussi bien japonais qu’occidentaux soutiennent à de nombreuses reprises que ces mesures n’ont été prises que pour apaiser le shogun
Un mois après le retour de Hasekura, Date écrit une lettre au shogun Tokugawa Hidetada, dans laquelle il fait un effort très clair pour se dégager de la responsabilité de l’ambassade, expliquant en détail comment celle-ci a été organisée avec l’accord, et même la collaboration, du shogun
L’Espagne est à l’époque de loin la puissance la plus menaçante pour le Japon avec une colonie et une armée dans les Philippines voisines. Les récits de visu de Hasekura sur la puissance espagnole et ses méthodes coloniales en Nouvelle-Espagne ont pu précipiter la décision du shogun Tokugawa Hidetada de cesser les relations commerciales avec l’Espagne en 1623, puis les relations diplomatiques en 1624, bien que d’autres événements tels que l’infiltration de prêtres espagnols au Japon et l’échec d’une ambassade espagnole ont aussi contribué à cette décision.
On ignore ce qu’il advient de Hasekura et les versions racontant ses dernières années sont nombreuses.
Hasekura Tsunenaga meurt de maladie selon à la fois des sources japonaises et des sources chrétiennes en 1622, mais la localisation de sa tombe n’est pas connue avec certitude.