Louis-Charles d’Albert de Luynes (1620-1690)
Deuxième duc de Luynes-Pair de France-Traducteur et moraliste français
Il est le premier traducteur en français de l’œuvre en latin de René Descartes.
Fils de Charles d’Albert, duc de Luynes [1], favori de Louis XIII et de Marie de Rohan .
Louis-Charles d’Albert de Luynes fut reçu au Parlement en qualité de pair de Franceµ le 24 novembre 1639, pourvu le 6 janvier 1643 de la charge de grand fauconnier [2] et reçu chevalier des ordres du roi [3] le 31 décembre 1661.
Il vécut longtemps en intimité avec les Solitaires de Port-Royal [4], faisant construire un château à Vaumurier [5], à proximité immédiate de l’abbaye de Port-Royal-des-Champs [6], y recevant Blaise Pascal et le jeune Jean Racine, participant à nombre des travaux intellectuels des savants "Messieurs de Port-Royal", dont la traduction du Nouveau Testament [7].
Il traduit également en français “les Méditations métaphysiques” de Descartes et écrivit plusieurs ouvrages de morale et de piété.
Mestre de camp [8], il se distingua à la tête de son régiment attaqué par les Espagnols devant Arras [9] le 2 août 1640 ainsi qu’en plusieurs autres occasions. Après son décès, son corps fut transporté et inhumé dans l’église de l’hôpital de Luynes [10] qu’il avait fondé.
Notes
[1] Le titre de duc de Luynes, pair de France, a été créé en 1619 au profit de Charles d’Albert, favori du roi Louis XIII.
[2] La pairie de France est composée des grands officiers, vassaux directs de la couronne de France, ayant le titre de pair de France. Ils représentent les électeurs primitifs à la royauté à l’époque où la primogéniture n’est pas de règle, et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume, ainsi que le choix de la régence en cas de minorité. Le nombre de pairs de France est un temps fixé à douze : six pairs ecclésiastiques et six pairs laïcs. Depuis 1180, on les voit chargés d’assurer la succession et être associés à la cérémonie du sacre où ils représentent chacun une fonction symbolique de l’investiture. À partir de la fin du 13ème siècle, les six pairies laïques, dont les terres sont revenues à la couronne, sont des apanages princiers, et les nouveaux pairs qui sont créés ne jouent qu’un rôle cérémoniel. La pairie, qui est un office de la couronne et non un titre de noblesse, devient un moyen pour les rois de distinguer et de s’attacher les nobles les plus importants du royaume. Le mouvement s’accélère au 16ème siècle : le roi nomme alors de simples gentilshommes à la pairie, les hissant au sommet de la pyramide des dignités en France. Il faut, pour être pair, jouir d’un fief auquel est attaché une pairie et descendre de la première personne à qui avait été attribué l’office. Le rôle des pairs de France, à l’époque de l’Ancien Régime, à la différence des pairs britanniques, est seulement honorifique.
[3] Les ordres du roi étaient, sous l’Ancien Régime, les deux principaux ordres conférés par le roi de France :
L’ordre de Saint-Michel
- l’ordre du Saint-Esprit.
Les membres de l’ordre de Saint-Michel se disaient chevaliers de l’ordre du roi, alors que les membres de l’ordre du Saint-Esprit s’intitulaient chevaliers des ordres du roi, parce qu’ils étaient toujours membres des deux ordres (sauf les religieux, non membres de l’ordre de Saint-Michel).
[4] Les Solitaires sont les hommes qui, au cours du 17ème siècle, ont choisi de vivre une vie retirée et humble à Port-Royal des Champs.
[5] Le château de Vaumurier, situé près du village de Vaumurier, faisant maintenant partie de la commune de Saint-Lambert dans les Yvelines, fut construit en 1651-1652 par le duc Louis-Charles de Luynes sur une terre de l’abbaye de Port-Royal des Champs. Il connaît sa période de gloire durant les années 1652-1660, moment où il abrite les réunions d’un cénacle savant à tendance cartésienne discutant des grandes avancées scientifiques de l’époque. Le duc de Luynes avait fait construire le château de Vaumurier au moment où sa mère, Marie de Rohan, s’engage dans la Fronde afin de se rapprocher de ses amis de Port-Royal des Champs. Le château servira de refuge à quelques Solitaires lors des persécutions. Jean Racine, Lemaître de Sacy et Blaise Pascal le visitèrent fréquemment ; Claude Lancelot y dirigeait l’éducation du jeune duc de Chevreuse. Le château fut probablement détruit vers 1680. Les seuls vestiges qui demeurent aujourd’hui sont des caves et une fontaine
[6] Le site de Port-Royal des Champs est un ensemble constitué des ruines de l’abbaye de Port-Royal, du musée national de Port-Royal des Champs anciennement musée des Granges, et d’un domaine forestier et paysager. Au cœur de la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris, dans la commune de Magny-les-Hameaux (Yvelines), il est situé au bout de la plaine de Trappes. Il ne reste aujourd’hui presque rien de ce monastère fondé en 1204, témoin de l’histoire de l’abbaye de Port-Royal et du jansénisme. Cet endroit fut le théâtre d’une intense vie religieuse, intellectuelle et politique du 13ème siècle à nos jours. D’abord simple abbaye cistercienne féminine au cœur du Bassin parisien, Port-Royal devient au 17ème siècle l’un des hauts lieux de la réforme catholique puis l’un des symboles de la contestation politique et religieuse face à l’absolutisme royal et aux réformes théologiques et ecclésiologiques de l’Église tridentine.
[7] Le Nouveau Testament est l’ensemble des écrits relatifs à la vie de Jésus et à l’enseignement de ses premiers disciples, écrits reconnus comme « canoniques » par les autorités chrétiennes au terme d’un processus de plusieurs siècles. Ils sont dès l’origine rédigés en grec ancien. Pour le christianisme, la Bible est divisée en deux parties : l’Ancien Testament (appelé « Bible hébraïque » ou « Tanakh » dans le judaïsme) et le Nouveau Testament.
[8] Le grade militaire de mestre de camp, durant l’Ancien Régime, est porté par le chef d’un régiment de l’armée française. Lorsque la charge de colonel général est supprimée en 1661 pour l’infanterie le mestre de camp prend le titre de colonel. Les régiments de cavalerie, qui par contre restent sous l’autorité d’un colonel général, sont commandés individuellement par des mestres de camp-lieutenant jusqu’à la Révolution.
[9] Arras est une commune française, capitale historique et administrative du département du Pas-de-Calais. Historiquement, Arras était sous l’Ancien Régime la capitale de la province d’Artois, un grand centre religieux et une cité prospère connue pour ses fabrications drapières. Au 9ème siècle, Arras devient la résidence privilégiée des comtes de Flandre qui y établissent une châtellenie héréditaire. En 1025, l’évêque d’Arras, Gérard de Cambrai, réunit en l’église Sainte‑Marie un synode pour lutter contre une hérésie, qui sera réprimée.
[10] Luynes est une commune française située dans le département d’Indre-et-Loir