Charlotte-Catherine de La Trémoille (1568-1629)
Comtesse de Taillebourg-Baronne de Craon, de La Chaize-le-Vicomte, de Sainte-Hermine-Princesse de Condé par son mariage avec Henri 1er de Bourbon-Condé
Fille de Louis III de La Trémoille , duc de Thouars [1], prince de Talmond [2] et de Tarente [3], et de Jeanne de Montmorency. Son père est membre de la famille de La Trémoille [4], l’une des plus anciennes de France. Il est étroitement lié avec la maison royale de France.
Son grand-père maternel Anne de Montmorency fut pair de France [5], maréchal [6] puis grand maître de France [7] et connétable [8] sous François 1er. Elle n’a pas encore 9 ans lorsque son père trouve la mort au siège de Melle [9], le 25 mars 1577.
Contre l’avis de sa mère Charlotte-Catherine adopte la religion réformée [10] et épouse, le 16 mars 1586, Henri 1er de Bourbon, prince de Condé [11], fils de Louis 1er, prince de Condé et d’ Éléonore de Roucy de Roye . C’est un des hommes les plus importants du royaume, tenant le rang prestigieux de premier prince du sang. Charlotte apporte à son mari, qui en a alors bien besoin une dot confortable de 60 000 livres.
De ce mariage, naît le 30 avril 1587 Éléonore de Bourbon-Condé. Un an plus tard, Charlotte-Catherine est enceinte de 3 mois lorsque, le 5 mars 1588, le prince de Condé meurt soudainement à Saint-Jean-d’Angély [12]. Son décès est mis sur le compte d’un empoisonnement, ce qui est aussi bien supposé par les médecins que par ses proches dont son cousin Henri de Navarre.
Ces derniers soupçonnent Charlotte d’avoir fait empoisonner son mari après l’avoir trompé ; la mise à la question d’un serviteur de Condé apporte de nombreuses charges contre son épouse, notamment sur ses amabilités envers un page. Le roi de Navarre est également suspecté par les calvinistes d’avoir fait tuer son rival. Charlotte est arrêtée et jugée par le parlement de Paris [13], mais les poursuites sont interrompues à la nouvelle de sa grossesse, et elle reste simplement emprisonnée à Saint-Jean-d’Angély sous la garde de Jean de Saint-Memme.
Le 1er septembre 1588, Charlotte donne naissance en prison ൠun fils posthume, Henri II de Bourbon-Condé , dont Henri IV, désormais roi de France, concède la conversion à la religion catholique, afin de faire accepter un édit permettant aux réformés d’accéder aux charges publiques. Il lui donne pour gouverneur le marquis de Pisany Jean de Vivonne ; le parti protestant accepte alors de laisser partir le prince pour la Cour.
Sur présentation d’un placet signé par de nombreux Grands [14], Henri IV se résigne en juillet de la même année à libérer la princesse, le procès reprenant devant le Parlement à Paris. L’acquittement est prononcé le 24 juillet 1596, et son abjuration de la religion réformée la même année.
Henri IV reconnaît l’enfant de Charlotte-Catherine comme le fils légitime d’Henri 1er de Bourbon, lui donnant ainsi le rang de premier prince du sang. Henri II est alors l’héritier présomptif du trône de France jusqu’à la naissance du futur Louis XIII en 1601.
Charlotte-Catherine décède le 29 août 1629. Elle est inhumée au couvent des filles de l’Ave Maria à Paris [15]. Son monument funéraire, commandé par son fils à Simon Guillain , est conservé au musée du Louvre.
Notes
[1] C’est à la fin du 9ème siècle qu’apparaissent les premiers vicomtes de Thouars, avant même ceux de Châtellerault, Lusignan, etc. Ils représentaient le comte de Poitiers (aussi duc d’Aquitaine) dans le territoire que celui-ci a confié à leur garde. Avec les branches puinées établies en Vendée, ils forment la maison de Thouars. Les premiers vicomtes de Thouars sont issus de grands officiers de l’époque carolingienne. La maison de Thouars est probablement originaire des environs de Poitiers, où ils possédaient des biens au 10ème siècle. À cette époque, leurs dons aux abbayes sont destinés à Saint-Cyprien de Poitiers, Saint-Jouin de Marnes (15 km au sud de Thouars), Saint-Florent de Saumur et Saint-Martin de Tours. Au 11ème siècle, à la suite du mariage de Geoffroy II de Thouars avec Agnès de Blois, s’y ajoutent les abbayes de Bourgueil et de Marmoutier. La succession des vicomtes de Thouars est originale dans ce sens que le frère succédait à l’aîné puis la vicomté retournait ensuite au fils de l’aîné. À la mort du vicomte les enfants ne se partageaient que les meubles et une provision à hauteur des deux neuvièmes des immeubles de la succession. S’il y avait des filles, le fils aîné ne gardait que les trois-quarts des immeubles avec l’hôtel principal, le dernier quart étant réservé aux filles. Les membres de la famille de Thouars, mêmes s’ils n’étaient pas vicomtes titulaires, étaient appelés vicomtes et utilisaient ce titre dans leurs chartes.
[2] Talmont-Saint-Hilaire est une commune du Centre-Ouest de la France, située sur la côte de Lumière, dans le département de la Vendée.
[3] La principauté de Tarente était un fief dépendant du royaume de Sicile, puis du royaume de Naples. Il a souvent été attribué à des membres de la famille royale. La principauté a été créée à la mort de Robert Guiscard de Hauteville, duc de Pouilles, en 1085. Ce dernier avait d’un premier mariage avec une normande, un fils, Bohémond, et d’un second mariage avec une princesse lombarde un autre fils, Roger Borsa. C’est ce dernier qu’il avait choisi pour lui succéder dans le duché de Pouilles. En compensation, Bohémond reçut de nombreuses terres dans la Capitanate, autour de Tarente, terres qui formèrent la principauté de Tarente. Bohémond partit pour la première croisade en 1096 et conquit la principauté d’Antioche. Il ne revint plus en Italie jusqu’à sa mort en 1111. Son fils Bohémond II lui succéda, mais mourut en Terre Sainte en 1131 en ne laissant qu’une fille. Le titre de prince ou de princesse de Tarente fut par la suite attribué à plusieurs membres de la famille royale, notamment à Charlotte de Naples, petite-fille de Ferdinand 1er et d’Isabelle de Chiaramonte. Le titre fut repris par la famille de La Trémoille, descendants de sa fille Anne de Laval ; le fils aîné des ducs de Thouars et de la Trémoïlle porta le titre de prince de Tarente jusque dans les années 1930.
[4] La maison de La Trémoille est une famille noble française d’extraction féodale, originaire du Poitou. Elle connut ses plus illustres heures à la fin du Moyen Âge et sous la Renaissance. L’aîné de cette famille était prince de Tarente et de Talmont, duc de Thouars, comte de Taillebourg, et posséda la baronnie de Craon du 14ème siècle au 17ème siècle, le comté de Laval pendant tout le 17ème et le 18ème siècle, et la baronnie de Vitré, ce qui en faisait la seconde famille noble possessionnée en Bretagne après la maison de Rohan.
[5] La pairie de France est composée des grands officiers, vassaux directs de la couronne de France, ayant le titre de pair de France. Ils représentent les électeurs primitifs à la royauté à l’époque où la primogéniture n’est pas de règle, et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume, ainsi que le choix de la régence en cas de minorité. Le nombre de pairs de France est un temps fixé à douze : six pairs ecclésiastiques et six pairs laïcs. Depuis 1180, on les voit chargés d’assurer la succession et être associés à la cérémonie du sacre où ils représentent chacun une fonction symbolique de l’investiture. À partir de la fin du 13ème siècle, les six pairies laïques, dont les terres sont revenues à la couronne, sont des apanages princiers, et les nouveaux pairs qui sont créés ne jouent qu’un rôle cérémoniel. La pairie, qui est un office de la couronne et non un titre de noblesse, devient un moyen pour les rois de distinguer et de s’attacher les nobles les plus importants du royaume. Le mouvement s’accélère au 16ème siècle : le roi nomme alors de simples gentilshommes à la pairie, les hissant au sommet de la pyramide des dignités en France. Il faut, pour être pair, jouir d’un fief auquel est attaché une pairie et descendre de la première personne à qui avait été attribué l’office. Le rôle des pairs de France, à l’époque de l’Ancien Régime, à la différence des pairs britanniques, est seulement honorifique.
[6] Depuis la création du titre, en 1185, il y a eu 342 maréchaux de France. L’office de maréchal n’est devenu militaire que depuis le début du 13ème siècle. À son origine, le maréchal de France n’a qu’un rôle d’intendance sur les chevaux du roi. Son office devient militaire au début du 13ème siècle, tout en étant subordonné au connétable. Le premier à porter le titre de maréchal du roi de France avec une fonction militaire était Albéric Clément, seigneur de Mez, désigné par Philippe Auguste, en 1185. Après l’abolition de l’office de connétable par Richelieu en 1624, les maréchaux deviennent les chefs suprêmes de l’armée. Parfois le roi crée une charge de maréchal général des camps et armées du roi, qu’il confie au plus prestigieux de ses maréchaux. Outre leurs fonctions militaires, les maréchaux ont aussi la responsabilité du maintien de l’ordre dans les campagnes, par l’intermédiaire des prévôts des maréchaux, d’où l’appellation de « maréchaussée » donnée à l’ancêtre de la gendarmerie. Jusqu’en 1793, date de l’abolition de cette charge, il y eut 263 maréchaux de France.
[7] Le grand maître de France est, sous l’Ancien Régime et la Restauration, un grand officier de la couronne et le chef et surintendant général de la Maison du roi. Avant 1413, le titre Grand maître de France n’existait pas, le premier à le porter fut le comte de Vendôme Louis Ier de Bourbon-Vendôme le titre équivalent était celui de Souverain Maître d’hôtel du roi.
[8] Tirant son nom de son origine de “comte de l’étable”, le connétable a, au Moyen Âge, la charge de l’écurie et de l’organisation des voyages du roi. Au 14ème siècle, sa fonction évolue vers le commandement de l’armée en temps de guerre et le conseil militaire du roi en temps de paix. Du Guesclin, Clisson, Bourbon… font partie des grands connétables de France. Supprimée en 1627, la charge de connétable est rétablie par Napoléon 1er en 1804 pour son frère Louis.
[9] Melle est une ancienne commune du centre-ouest de la France située dans le département des Deux-Sèvres. Depuis le 1er janvier 2019, elle a fusionné avec les communes de Mazières-sur-Béronne, Paizay-le-Tort, Saint-Léger-de-la-Martinière et Saint-Martin-lès-Melle pour former la nouvelle commune de Melle.
[10] Le protestantisme est l’une des trois principales confessions du christianisme, avec le catholicisme et l’orthodoxie. Entendu largement, le protestantisme est l’ensemble des Églises issues de la Réforme, autrement dit, qui ne reconnaissent pas l’autorité du pape. Le protestantisme rassemble 8 courants principaux : l’adventisme, l’anabaptisme, l’anglicanisme, le baptisme, le calvinisme, le luthéranisme, le méthodisme et le pentecôtisme. Il regroupe plus d’un tiers des chrétiens dans le monde, soit 900 millions de protestants, dont 300 millions dans les Églises directement influencées par la Réforme et 600 millions dans les nouvelles Églises protestantes, principalement évangéliques (dont l’anabaptisme, le baptisme et le pentecôtisme).
[11] La maison capétienne de Bourbon-Condé est une branche cadette de la maison de Bourbon. Elle est fondée par Louis 1er , prince de Condé et prince du sang en 1546, cinquième fils de Charles IV, duc de Vendôme et aîné de la maison de Bourbon. Le prince Louis 1er était le frère d’Antoine, duc de Vendôme et roi de Navarre, père du roi Henri IV. Cette maison s’éteint le 27 août 1830, à la mort, au château de Saint-Leu, du prince Louis VI, prince de Condé et père du duc d’Enghien, mort sans enfant en 1804.
[12] Saint-Jean-d’Angély est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime, chef-lieu de l’un des cinq arrondissements du département.
[13] Le parlement de Paris est une institution française de l’Ancien Régime. Il fait partie des cours souveraines, rebaptisées cours supérieures à partir de 1661 (début du règne personnel de Louis XIV). Issu de la Curia regis médiévale, le parlement apparaît au milieu du xiiie siècle et prend progressivement son autonomie pour juger le contentieux sous forme d’un organe spécialisé aux sessions régulières, la curia in parlamento, que saint Louis établit dans l’île de la Cité, à côté du palais de la Cité, et qui reçoit sa première réglementation générale avec une ordonnance de Philippe III le Hardi en 1278. À partir du 15ème siècle, treize autres parlements furent érigés à partir d’institutions locales parfois beaucoup plus prestigieuses, comme l’échiquier de Normandie, ou beaucoup plus anciennes, comme les États de Provence, ou mêmes créés ex nihilo ; néanmoins, celui de Paris, cour de justice du Roi, ultime suzerain, et donc d’ultime recours, devint ainsi prééminent. On le mentionnait souvent simplement comme « le Parlement ».
[14] Diane de France, Henri de Montmorency, le comte d’Auvergne, le duc de Bouillon
[15] Le couvent de l’Ave-Maria est un ancien couvent, situé rue de l’Ave-Maria, dans le quartier Saint-Gervais du 4ème arrondissement de Paris.