Sa famille, au moment de sa naissance, appartient à la petite aristocratie anglaise, la gentry [1], et elle se marie en premières noces avec un partisan de la Maison de Lancastre [2], John Grey , qui meurt à la seconde bataille de St Albans [3], laissant Élisabeth veuve et mère de 2 fils.
Son second mariage avec Édouard IV fait sensation et on l’attribue à sa grande beauté, car elle dispose de peu de biens et s’avère anglaise, alors que l’entourage du roi cherche une alliance étrangère. Elle tire profit de ce mariage pour devenir un personnage clé des guerres civiles dynastiques connues sous le nom de Guerre des Deux-Roses [4].
On considère son mariage comme la principale cause de la discorde entre Édouard et Richard Neville, amenant finalement ce dernier à passer au parti des Lancastre. Elle use en effet de toute son influence pour combler d’honneurs toute sa famille. Son père devient Lord Trésorier [5] ; elle marie son jeune frère Jean à la duchesse douairière de Norfolk [6], l’une de ses sœurs au comte d’Arundel [7] et une autre au comte de Pembroke [8]. Élisabeth reste politiquement influente même après que son fils, brièvement proclamé roi sous le nom d ’Édouard V d’Angleterre , a été destitué par son beau-frère, Richard III. Elle a aussi joué un rôle important en assurant l’accession au trône de son gendre Henri VII en 1485, ce qui met fin à la Guerre des Deux-Roses. Néanmoins, après 1485, elle est forcée de céder sa suprématie à la mère d’Henri, Lady Marguerite Beaufort , et son influence sur les événements cesse. Ces années, ainsi que son départ de la cour et sa retraite, restent obscures.
Par sa fille Élisabeth d’York, elle est la grand-mère maternelle du roi Henri VIII d’Angleterre et l’arrière-grand-mère du roi Édouard VI d’Angleterre , de la reine Marie 1ère d’Angleterre et de la reine Élisabeth 1ère d’Angleterre, et enfin l’arrière-arrière-grand-mère de Marie 1ère d’Écosse. Elle est ainsi l’ancêtre de tous les monarques anglais depuis Henri VIII, de tous les rois écossais depuis Jacques V d’Écosse, et de tous les souverains britanniques depuis Jacques VI d’Écosse et 1er d’Angleterre.
Élisabeth est née à Grafton Regis dans le Northamptonshire [9]]]. Elle est la première-née d’un mariage qui a scandalisé la cour anglaise. Ses parents ont des origines sociales différentes, puisque les Woodville, bien qu’étant une ancienne et respectable famille de la gentry terrienne, de richesse moyenne, n’appartiennent pas au cercle de la haute noblesse comme les Lancastre. Son père, Richard Woodville , est simplement chevalier, au moment de son mariage, et le père de Richard, également nommé Richard, fit carrière dans l’armée royale, s’élevant au rang de chambellan [10], au service de Jean de Lancastre, duc de Bedford [11].
Richard suit son père dans l’armée du duc, et rencontrera pour la première fois à la cour Jacquette de Luxembourg. Celle-ci, fille de Pierre 1er de Luxembourg-Saint-Pol et de Marguerite des Baux, a été mariée au duc en 1433, à l’âge de 17 ans ; Lancastre est nettement plus âgé que Jacquette, qui est sa seconde épouse, et en mauvaise santé. Il meurt en 1435, laissant Jacquette, veuve, sans enfant et riche.
Elle est rappelée par Henri VI en Angleterre et Sir Richard Woodville est missionné pour la ramener. Or, en mars 1437, on apprend que Richard et Jacquette se sont mariés secrètement. Sir Richard, de petite noblesse, se situe bien en dessous du rang de Jacquette, qui est de sang royal, et n’est pas considéré comme un époux convenable pour une dame de haut rang, qui plus est, tante du roi. Woodville est condamné à une amende de 1 000 £, pour s’être marié sans la permission d’Henri VI. L’amende est toutefois annulée au mois d’octobre de la même année.
Le nouveau couple prospère rapidement, grâce aux relations de Jacquette avec la famille royale. Elle conserve son rang et son douaire de duchesse de Bedford, ce dernier fournissant initialement entre 7 000 £ et 8 000 £ par an* [12]. Richard est gratifié de charges militaires, dans lesquelles il se montre un soldat compétent. Le couple est de plus honoré quand Henri VI d’Angleterre épouse Marguerite d’Anjou, dont l’oncle Charles d’Anjou est le beau-frère de Jacquette : les Woodville figurent parmi ceux choisis pour escorter la mariée en Angleterre, et la famille bénéficie de ce double lien avec la famille royale qui leur donne prééminence à la Cour et permet à Richard d’être élevé au rang de Baron Rivers [13] en 1448.
Édouard IV d’Angleterre possède plusieurs maîtresses, la plus célèbre étant Jane Shore , et ne jouit pas d’une réputation de fidélité. Son mariage avec la veuve Lady Grey est gardé secret. Bien que la date ne soit pas connue avec exactitude, il est traditionnellement dit qu’il s’est tenu en présence seulement de la mère de la mariée, Jacquette, et de deux dames d’honneur en la maison familiale des Woodville dans le Northamptonshire, le 1er mai 1464, guère plus de 3 ans après qu’Édouard a pris le trône d’Angleterre, ayant conduit les Yorkistes à la victoire sur les Lancastriens à la bataille de Towton [14] en mars 1461. Élisabeth est couronnée reine le jour de l’Ascension, le 26 mai 1465.
Les premières années de son règne, le gouvernement d’Édouard IV sur l’Angleterre dépend d’un petit cercle de partisans, plus particulièrement son cousin germain, Richard Neville, surnommé le Faiseur de Rois. Au moment du mariage secret d’Édouard, Warwick négocie une alliance avec la France dans l’espoir de contrecarrer un arrangement similaire près d’être conclu par son ennemie jurée Marguerite d’Anjou, femme du roi destitué Henri VI. Le plan a pour base le mariage d’Édouard avec une princesse proche de la cour de France, Bonne de Savoie , belle-sœur de Louis XI. Quand le mariage avec Élisabeth, de médiocre extraction paternelle, veuve et issue du camp lancastrien, est rendu public, Warwick se trouve embarrassé et offensé. Sa relation avec Édouard ne s’en rétablit jamais. Le mariage se trouve aussi mal reçu par le Conseil privé, qui selon Jean de Wavrin aurait dit à Édouard avec une grande franchise qu’il doit savoir qu’elle n’était pas une femme pour un prince tel que lui.
Avec l’arrivée sur scène de la nouvelle reine, suivent un grand nombre de frères et de sœurs qui se marient bientôt avec les familles les plus notables d’Angleterre.
Quand la famille d’Élisabeth, particulièrement son père, Richard Woodville, et ses frères aînés, commence à défier la prééminence de Warwick sur la scène politique, ce dernier conspire avec son gendre, Georges Plantagenêt, duc de Clarence, frère cadet du roi. Un de ses partisans accuse la mère d’Élisabeth, la duchesse de Bedford, de pratiquer la sorcellerie : mais Jacquette est acquittée l’année suivante. Warwick et Clarence ont levé par 2 fois des révoltes, en ayant réussi la première fois à faire prisonnier Édouard, et exécuté Richard Woodville et son cadet, mais n’ont pu convaincre la noblesse de déposer le roi. À leur deuxième échec, ils fuient vers la France. Warwick forme une alliance puissante mais fragile avec la reine lancastrienne Marguerite d’Anjou, et restaure son mari Henri VI sur le trône en 1470. Mais l’année suivante, Édouard IV rentre d’exil et vainc Warwick à la bataille de Barnet [15], puis les Lancastriens à la bataille de Tewkesbury [16]. Henri VI est assassiné rapidement après, le 21 mai 1471.
Après cette perte momentanée du pouvoir par son mari, Élisabeth trouve refuge à l’abbaye de Westminster [17], où elle donne naissance à un fils, Édouard (futur Édouard V d’Angleterre ), alors que les Lancastriens contrôlent Londres. Son mariage avec Édouard IV produit en tout 10 enfants, 7 filles et 3 garçons.
La reine Élisabeth s’engage dans des actes de piété chrétienne [18], ce qui est conforme au rôle d’une reine consort médiévale.
Suivant la mort soudaine d’Édouard IV d’Angleterre, probablement de pneumonie, en avril 1483, Élisabeth devient pour 63 jours Reine-mère, puisque son jeune fils Édouard V d’Angleterre est proclamé roi, avec son oncle Richard, duc de Gloucester pour Lord Protecteur [19].
De peur que les Woodville ne tentent de monopoliser le pouvoir, Richard prend rapidement le contrôle sur le jeune roi, et fait arrêter son précepteur Anthony Woodville et Richard Grey , respectivement frère aîné et second fils du premier mariage de la reine Élisabeth. Le jeune roi est transféré à la Tour de Londres [20] en attente de son couronnement. Le duc de Buckingham, beau-frère d’Élisabeth, se range temporairement aux côtés du duc de Gloucester dans l’opposition aux Woodville, et devient un soutien important pour le régent. Avec son fils cadet Richard, son aîné Thomas Grey et ses filles, Élisabeth doit encore chercher refuge à Westminster. Gloucester demande que Richard de Shrewsbury soit transféré également à la Tour de Londres pour tenir compagnie à son frère, ce qu’Élisabeth accepte. Lord Hastings William Hastings le tardif principal partisan du petit roi à Londres, soutient initialement les actes de Richard de Gloucester mais se trouve ensuite accusé par ce dernier de conspirer avec Élisabeth contre lui. Hastings est sommairement exécuté. On ne sait pas si un tel complot a été réellement monté. Richard accusant Élisabeth de complots fomentés en vue de l’assassiner, le détruire complètement.
Richard III monte ensuite sur le trône, et le 25 juin 1483, fait exécuter Richard Grey, Anthony Woodville et le chambellan d’Édouard IV Thomas Vaughan , au château de Pontefrac [21], dans le Yorkshire [22]. Dans l’acte du Parlement Titulus Regius [23], il déclare que les enfants de son frère aîné et d’Élisabeth sont illégitimes, car Édouard aurait fait en 1461 une promesse de mariage antérieure , ayant juré d’épouser la veuve Éléonore Talbot , morte en 1468. Le jeune Édouard qui n’est désormais plus roi et son frère Richard, duc d’York, restent dans la Tour de Londres : on ne les revoit jamais après 1483.
Élisabeth, maintenant appelée Dame Élisabeth Grey, conspire pour libérer ses fils et restaurer son aîné sur le trône. Néanmoins, quand le duc de Buckingham change d’allégeance et prend part au complot, il l’informe que les petits princes ont été assassinés. Élisabeth et Buckingham, maintenant alliés avec Lady Margaret Beaufort , épousent la cause du fils de Margaret, Henri Tudor, un arrière-arrière-arrière-petit-fils du Roi Édouard III d’Angleterre, l’héritier lancastrien prétendant au trône. Pour renforcer ses prétentions et unifier les deux Maisons ennemies, Élisabeth et Margaret se mettent d’accord pour qu’Henri épouse la fille aînée d’Édouard IV d’Angleterre et d’Élisabeth, Élisabeth d’York, qui est devenue l’héritière yorkiste à la suite de la mort de ses deux jeunes frères. Henri accepte le plan et à la Noël 1483 prête publiquement serment à cet effet dans la cathédrale de Rennes [24] en Bretagne. Un mois plus tôt, une révolte en sa faveur, menée par Buckingham, a été écrasée.
Le premier Parlement de Richard en janvier 1484 dépouille Élisabeth de toutes ses terres obtenues pendant le règne d’Édouard. Le 1er mars 1484, Élisabeth et ses filles sortent de leur refuge après que Richard III d’Angleterre a juré sous serment public que ses filles ne seraient ni blessées ni emprisonnées à la Tour de Londres, ni dans une autre prison. Il promet aussi de leur fournir des dots et de les marier à des hommes de haute naissance. La famille retourne à la cour, en apparence réconciliée avec Richard III d’Angleterre. Après la mort de la reine Anne Neville en mars 1485, la rumeur prétend que le Roi veuf s’apprête à épouser sa belle nièce Élisabeth d’York, alors adolescente. Richard nie, bien que selon la Chronique de Croyland [25], il ait été pressé de le faire par les ennemis des Woodville, qui craignent de devoir bientôt rendre les terres qu’ils leur ont confisquées.
En 1485, Henri Tudor envahit l’Angleterre et vainc Richard III d’Angleterre à la bataille de Bosworth [26]. En tant que roi, Henri VII d’Angleterre épouse Élisabeth d’York et fait révoquer le Titulus Regius. Élisabeth Woodville se voit accorder le titre et les honneurs de reine douairière.
Les spécialistes diffèrent sur la raison pour laquelle la reine douairière Élisabeth passe les cinq dernières années de sa vie à l’abbaye de Bermondsey, dans laquelle elle se retire le 12 février 1487.
À l’abbaye de Bermondsey, Élisabeth se voit traitée avec tout le respect dû à une reine douairière : elle jouit d’une vie royale et reçoit une pension de 400 £ ainsi que des cadeaux d’Henri VII. Elle est présente à la naissance de sa petite-fille, Marguerite Tudor, au palais de Westminster, le 28 novembre 1489, et à la naissance de son petit-fils, le futur Henri VIII d’Angleterre au palais de Placentia* le 28 juin 1491. Sa fille, la reine Élisabeth, lui rend visite à l’occasion à Bermondsey [27], bien qu’une autre de ses filles, Cécile d’York, la visite plus souvent.
Henri VII d’Angleterre envisage brièvement de faire épouser sa belle-mère au roi Jacques III d’Écosse, quand la femme de Jacques, Marguerite de Danemark, meurt en 1486. Néanmoins, Jacques est tué dans une bataille en 1488, rendant les plans d’Henri vains.
Élisabeth meurt à l’abbaye de Bermondsey le 8 juin 1492. À l’exception de la Reine, qui attend la naissance de son 4ème enfant et de Cécile d’York, ses filles assistent aux funérailles au Château de Windsor [28].
Élisabeth est enterrée à la chapelle Saint-Georges [29] du château de Windsor avec son mari le roi Édouard IV d’Angleterre.