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L’histoire pour le plaisir

Jean Doukas césar

samedi 6 décembre 2025, par lucien jallamion

Jean Doukas (césar) (mort vers 1088)

L'Empire byzantin en 1180Fils d’Andronic Doukas, un noble paphlagonien [1] qui était peut-être gouverneur du thème [2] de Mésie [3]. Il est aussi le plus jeune frère de l’empereur Constantin X Doukas . Il était marié à Irène Pègonitissa, fille du général Nicolas Pègonitès, et eut deux fils. Jean Doukas est le grand-père paternel d’Irène Doukas, la femme de l’empereur Alexis 1er Comnène.

Jean Doukas reçoit la dignité de césar [4] par son frère Constantin X. Issu de la famille Doukas [5], il est l’un des membres les plus influents de l’aristocratie de la cour en partant de la mort de son frère jusqu’à celle d’Alexis. Sa richesse provient de ses possessions en Thrace [6] et en Bithynie [7]. Il est un ami proche de l’historien Michel Psellos . Bien que les sources le mentionnent comme un membre de la cour impériale, il commence sa carrière comme général.

Après avoir servi de conseiller et de soutien à son frère, Jean devient le protecteur naturel de son neveu Michel VII Doukas, après la mort de Constantin en 1067. Sa dignité de césar et l’influence de sa famille au sein du Sénat impliquent qu’il était derrière l’opposition des membres de la cour au mariage de l’impératrice Eudocie Makrembolitissa avec Romain IV Diogène.

Lors des 3 années qui suivent, il est l’adversaire le plus résolu de l’empereur Romain IV mais ses intrigues impliquent qu’il passe le plus clair de son temps dans ses terres de Bithynie [8]. C’est là qu’il apprend que son fils Andronic se joint à l’empereur pour combattre les Seldjoukides [9] avant de faire défection, ce qui conduit à la désastreuse défaite de Mantzikert [10].

La capture de Romain lors de la bataille donne l’opportunité à Jean de revenir à Constantinople [11] à la demande d’Eudocie. Il joint alors ses forces à celles de Michel Psellos et force l’impératrice à partager le pouvoir avec son fils Michel, puis il l’oblige à devenir nonne et à se retirer des affaires impériales en octobre 1071. Dès lors, il devient de facto le leader de l’Empire byzantin [12] Il ordonne à ses sujets de ne pas reconnaître Romain comme leur empereur et proclame que celui-ci a été élevé sur le trône pour servir de régent à Michel, alors incapable de gouverner. Jean envoie ses fils Andronic et Constantin capturer Romain qui vient d’être libéré par les Seldjoukides.

Dans un premier temps, il permet à Romain d’abandonner le titre d’empereur et de se retirer dans un monastère, mais sa haine pour l’ancien empereur est si forte qu’il n’honore pas l’accord et fait aveugler Romain. Il lui envoie ensuite un message moqueur dans lequel il le félicite pour la perte de ses yeux. Romain meurt peu après des suites de ses blessures. Avec l’élimination de Romain, Jean et Michel assurent leurs positions à la tête de l’État byzantin.

Toutefois, le césar est bientôt déposé par une de ses créatures, l’eunuque [13] Niképhoritzès . En 1073, l’eunuque gagne la confiance de Michel VII. Jean Doukas est alors contraint de se retirer sur ses terres où il passe le plus clair de son temps à chasser dans les forêts bordant les rivages du Bosphore [14].

Dans le même temps, la progression des Seldjoukides en Asie Mineure [15] pousse les Byzantins à réagir. Ils réunissent une armée composée de mercenaires et dirigée par Isaac Comnène frère d’Alexis 1er. Néanmoins, les mercenaires normands dirigés par Roussel de Bailleul se rebellent contre les Byzantins et écrasent l’armée impériale avant de tenter d’établir un royaume indépendant en Asie Mineure.

La situation en Anatolie est alors désastreuse. Michel est contraint de demander à son oncle Jean de prendre le commandement d’une armée pour défaire les mercenaires normands. Les 2 armées campent à Dorylée [16] et se rencontrent près du pont sur la rivière Zompi [17], une des plus importantes lignes de communication entre Constantinople et les provinces centrales d’Asie Mineure.

Toutefois, Jean Doukas est trahi par ses mercenaires francs, tandis que le chef de l’arrière-garde, le futur Nicéphore III Botaniatès reste en retrait et n’engage pas le combat, soit par prudence, soit par déloyauté. Il est vaincu et capturé avec son fils Andronic. Les mercenaires normands victorieux continuent leur avance vers les rivages du Bosphore alors qu’une autre armée dirigée par Constantin (le plus jeune fils de Jean) se disperse après la mort de son chef. Toutefois, Roussel n’a pas la certitude que ses forces puissent renverser l’empereur de Constantinople. Il décide alors de devenir le général en chef de son propre empereur. Ainsi, il nomme Jean Doukas empereur. Ce dernier, prisonnier de Roussel, accepte rapidement ce poste ainsi que la mission de renverser son neveu.


Michel VII et Niképhoritzès sont très inquiets par cette révolte et s’allient avec Suleyman. Ce traité prévoit de confier à Suleyman le gouvernement des provinces conquises par les Seldjoukides. En échange, les Turcs acceptent d’envoyer une armée pour aider Michel VII. Celle-ci se dirige rapidement vers le mont Sophon où Jean Doukas et Roussel ont établi leur campement. Les mercenaires tombent dans une embuscade, et bien que Roussel parvienne à s’échapper, Jean est capturé, ce qui marque la fin de la rébellion.

Après quelque temps comme prisonnier des Turcs, Jean est libéré. Michel VII lui permet de garder la vue à la condition qu’il renonce à toute ambition impériale et devienne moine.

Bien que tonsuré, Jean Doukas garde une certaine influence sur les événements politiques. Du fait de l’écroulement de l’autorité impériale au cours du règne de Michel VII, il conseille à ce dernier d’abdiquer et de devenir moine quand Nicéphore III menace Constantinople en 1078.

En 1081, il s’enfuit de Constantinople pour se joindre à Alexis Comnène et le persuader de se révolter contre Nicéphore pour prendre le pouvoir. C’est lui aussi qui arrange le mariage de sa petite-fille Irène Doukas avec Alexis Comnène malgré l’opposition d’Anne Dalassène, la mère de ce dernier. Du fait du changement de pouvoir, Alexis chasse Nicéphore en 1081, Jean abandonne l’habit monastique et Alexis lui permet de récupérer son ancienne fonction de césar. Il reste ensuite à la cour et conseille l’empereur jusqu’à sa mort vers 1088.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « John Doukas (Caesar) »

Notes

[1] La Paphlagonie est une région historique de l’Asie Mineure située sur la côte nord, entre la Bithynie et le Pont, et bornée au sud par la Galatie. Elle avait pour capitale Amastris (Amasra) et comme villes principales Gangra (Çankırı) et Sinope (Sinop).

[2] Les thèmes ont constitué des divisions administratives de l’Empire byzantin, entre 660 et 1100. Le De administrando Imperio (948-952) fournit un état rétrospectif des thèmes byzantins.

[3] Le thème de Bulgarie est un thème byzantin (une province civile et militaire) établi à la suite de la conquête de l’Empire bulgare par Basile II en 1019. Il recouvre la partie centrale de l’ancien empire, les régions périphériques étant englobées dans d’autres thèmes (Paristrion, Serbie…). Soucieux de respecter le particularisme bulgare, Basile II dote le thème de certaines spécificités. La plupart des anciennes institutions de l’Empire bulgare sont conservées. Toutefois, il nomme des officiers grecs à la tête des forteresses de la région. Du fait de son importance, le thème devient ensuite un catépanat puis un duché. Le stratège du thème de Bulgarie siège à Skopje bien que certains auteurs (Skabalanovitch ou Moutaftchiev) ont affirmé qu’Ochrida est la capitale du thème lors des premières années suivant sa création. La mention de Romain Diogène comme duc de Sardique en 1067 implique que le thème originel de Bulgarie est fractionné en plusieurs thèmes.

[4] César (en latin Caesar) était l’un des titres des empereurs romains, les situant dans la continuité du dictateur romain Jules César. Le changement du cognomen en titre impérial romain remonte aux années 68-69 dite l’« Année des quatre empereurs ». Le titre, nommé en grec (Kaîsar), perdure sous l’Empire byzantin.

[5] Les Doukas forment une ou plusieurs familles ayant appartenu à l’aristocratie byzantine. Le nom apparaît dans les textes au 9ème siècle, mais son origine est incertaine. Une branche régna sur l’Empire de 1059 à 1081. Le nom devint avec le temps synonyme de noblesse et fut associé à d’autres noms comme celui des Comnène et Doukas d’Épire et de Thessalonique. Les liens de parenté entre les générations sont souvent difficiles à établir ou douteux, de telle sorte qu’il est impossible d’affirmer avec certitude que tous les personnages ayant porté ce nom aient effectivement appartenu à une seule famille

[6] La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[7] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.

[8] La Bithynie est un ancien royaume au nord-ouest de l’Asie Mineure, actuellement situé en Turquie. Située au bord du Pont-Euxin, elle était limitée par la Paphlagonie à l’est, la Galatie et la Phrygie au sud, la Propontide et la Mysie à l’ouest. Les Bithyniens sont, selon Hérodote et Xénophon, d’origine thrace. Ils forment d’abord un État indépendant avant d’être annexés par Crésus, qui ajoute leur territoire à la Lydie. Ils passent ensuite sous domination perse, où la Bithynie est incluse dans la satrapie de Phrygie. Mais dès avant Alexandre le Grand, la Bithynie retrouve son indépendance. Nicomède 1er est le premier à se proclamer roi. Durant son long règne de 278 à 243av jc, le royaume connaît la prospérité et jouit d’une position respectée parmi les petits royaumes d’Asie Mineure. Cependant, le dernier roi, Nicomède IV, échoue à contenir le roi Mithridate VI du Pont. Restauré sur le trône par l’Empire romain, il lègue par testament son royaume à Rome en 74 av jc. La Bithynie devient alors province romaine. Sous Auguste elle devient province sénatoriale en 27av jc puis province impériale en 135.

[9] Les Seldjoukides, sont les membres d’une tribu turcique qui a émigré du Turkestan vers le Proche-Orient avant de régner sur l’Iran, puis sur un vaste domaine comprenant l’Irak actuel, et l’Asie Mineure, entre le milieu du 11ème siècle et la fin du 12ème siècle.

[10] La bataille de Manzikert eut lieu le 26 août 1071. L’armée byzantine de l’empereur Romain IV Diogène y fut mise en déroute par celle du sultan seldjoukide Alp Arslan près de la ville de Manzikert [ou Mantzikert], actuellement Malazgirt, en Turquie, au nord du lac de Van. Cette défaite fragilisa considérablement l’empire byzantin dans la région.

[11] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[12] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[13] Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l’ablation des testicules mais il arrive qu’elle concerne également le pénis, connue alors sous le nom de pénectomie. Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu’à la dynastie Sui) et un moyen d’obtenir un emploi dans le service impérial. À la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques dans la Cité interdite. La valeur d’un tel poste était importante car elle pouvait permettre d’obtenir un pouvoir immense qui dépassait parfois celui du premier ministre. Cependant, la castration par elle-même fut finalement interdite. Le nombre d’eunuques n’était plus estimé qu’à 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang était la suivante : puisqu’ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie. À certaines périodes, un système similaire a existé au Viêt Nam, en Inde, en Corée et dans d’autres contrées du monde.

[14] Le Bosphore, est un passage maritime de la mer de Marmara qui relie cette dernière à la mer Noire et marque, avec les Dardanelles, selon certaines conventions, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Long de 32 kilomètres pour une largeur allant de 698 à 3 000 mètres, il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d’Istanbul.

[15] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[16] Dorylée ou Dorylaion est une ancienne cité d’Anatolie, en Turquie. Ses ruines sont aujourd’hui situées à proximité de la ville d’Eskişehir. La ville existe déjà sous les Phrygiens, mais pourrait être plus ancienne. Après la conquête d’Alexandre le Grand, les terres restées au nord du ruisseau Porsuk sont donnés au royaume de Bithynie, celles restées au sud passant aux rois galates. Sous l’empire romain, la ville est un important centre commercial ; base militaire, elle devient également le siège d’un évêché.

[17] La bataille de Zompos intervient en 1074 entre les troupes de l’Empire byzantin et un groupe de mercenaire normands dirigés par Roussel de Bailleul et qui se sont rendus autonomes en Anatolie. L’armée byzantine, dirigée par le césar Jean Doukas, affaiblie par la défection de Nicéphore Botaniatès est vaincue. Roussel de Bailleul est finalement fait prisonnier quelques mois plus tard, non sans avoir contribué à fragiliser le contrôle des Byzantins sur l’Anatolie, de plus en plus envahie par les Turcs.