Luis Váez de Torrès (vers 1565- ?)
Navigateur espagnol du 17ème siècle
Il fut le premier navigateur ayant officiellement navigué dans le détroit qui sépare l’Australie de l’île de Nouvelle-Guinée [1] et qui maintenant porte son nom, le détroit de Torrès [2].
On le suppose né aux alentours de 1565 car il avait la fin de la trentaine, début de la quarantaine en 1606.
Sa vie est peu connue avant l’expédition de Pedro Fernandes de Queirós. On considère généralement qu’il est portugais même si certains historiens émettent la possibilité qu’il soit né en Bretagne, d’ancêtres portugais comme Diego de Prado y Tovar qui navigua avec lui et qui le définit comme Breton. Cependant, il a été récemment montré qu’à cette période était qualifié de Breton toute personne avec du sang celtique, ce qui pourrait simplement signifier qu’il était originaire de Galice [3], province au nord-ouest de l’Espagne.
Il servit dans la marine pour le compte de la couronne espagnole et navigua alors probablement vers les possessions sud-américaines de l’Espagne. À la fin de 1605, on trouve trace de sa nomination comme second de l’expédition dans le Pacifique [4] de Pedro Fernandes de Queirós.
En décembre 1605, l’expédition partit de Callao [5] dans la colonie espagnole du Pérou [6], avec Torrès comme capitaine du San Pedro. En mai 1606, elle atteignit les îles que Queirós nomma Austrialia de Espiritu Santo [7].
Alors qu’il naviguait aux abords de ces îles, le navire de Queirós disparut lors d’une tempête. Après l’avoir recherché sans succès, Torrès le déclara perdu en mer et reprit le voyage prévu vers Manille [8] en passant par les Moluques [9]. De son côté, le navire de Queiros réussit à rejoindre le Mexique. Les îles Torrès sont nommées d’après lui.
Le 27 octobre, Torrès atteint l’extrémité occidentale de la Nouvelle-Guinée et fait route au nord de Seram [10] et Misool [11] vers la mer d’Halmahera [12]. Au début de janvier 1607, il atteint Ternate [13], dans les îles aux Épices [14], qu’il quitte le 1er mai à destination de Manille où il débarque le 22 mai.
Torrès passa apparemment le reste de sa vie à Manille. Il laissa un compte-rendu écrit de son voyage que le géographe écossais Alexander Dalrymple, qui donna au détroit le nom du navigateur, publia en 1759.
James Cook , informé de l’existence de ce détroit, le franchit après sa découverte de la côte orientale de l’Australie en 1770.
Notes
[1] La Nouvelle-Guinée est une île de l’Océanie proche riveraine notamment de l’Ouest de l’océan Pacifique, de la mer de Corail et de la mer d’Arafura. Sa superficie est d’environ 775 210 km2, ce qui en fait la deuxième plus grande île du monde après le Groenland. Située au nord de l’Australie, à l’est-sud-est de l’archipel des Moluques du Nord et à l’ouest de la Nouvelle-Bretagne, dans la partie de l’Océanie appelée Mélanésie depuis Jules Dumont d’Urville, elle est bordée à l’ouest par la mer de Halmahera (en un point) et la mer de Céram, au sud-ouest par la mer d’Arafura, au sud-est par la mer de Corail qui la sépare de l’Australie par le détroit de Torres, à l’est par la mer des Salomon, au nord-est par la mer de Bismarck, enfin au nord par l’océan Pacifique Sud. L’île est orientée selon un axe ouest-nord-ouest / est-sud-est. Parfois considérée comme l’île la plus orientale de l’archipel indonésien, elle s’étend d’ouest en est de l’île indonésienne de Salawati à l’archipel des Salomon en passant par la mer d’Arafura et le détroit de Torrès. Elle mesure environ 2 400 km de long pour 700 km de large, du nord au sud.
[2] Le détroit de Torrès est une étendue d’eau de la mer de Corail comprise entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Sa largeur est de 150 km en son point le plus étroit et sa longueur s’élève à 281 km (à la latitude de Murray Island). Au sud se trouve la péninsule du Cap York où se situe le point continental le plus septentrional de l’État du Queensland, au nord la province de l’Ouest de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le détroit forme la partie la plus occidentale de la mer de Corail et débouche à l’ouest sur la mer d’Arafura.
[3] Le royaume de Galice a été une entité politique du 5ème siècle à 1833 du Sud-Ouest de l’Europe et du Nord-Ouest de la péninsule Ibérique. Héritier du royaume suève, lui-même né de l’ancienne province romaine Gallaecia, le royaume de Galice est considéré comme le noyau d’origine des royaumes chrétiens nés dans le Nord de la péninsule Ibérique au fur et à mesure de la Reconquista. Jusqu’au 13ème siècle, le royaume est au centre du pouvoir des royaumes chrétiens, seul pour commencer puis au sein de l’ensemble formé par la Galice et le royaume de León. Au 12ème siècle, la Galice connaît un premier affaiblissement avec la sécession du Sud du royaume qui devient le royaume de Portugal. La montée en puissance du royaume de Castille, à l’origine simple comté du royaume, qui va de pair avec ses conquêtes territoriales sur Al Andalus, dilue progressivement la Galice au sein de la Couronne.
[4] L’océan Pacifique est l’océan le plus vaste du globe terrestre. Le Pacifique fait partie de l’océan mondial et il comporte deux océans : le Pacifique Nord et le Pacifique Sud. Le Pacifique s’étend sur une surface de 165 250 000 km2, soit environ un tiers de la surface totale de la Terre et 20,45 millions km2 de plus que la surface totale de la planète Mars. Sa superficie est également supérieure à celle de l’ensemble des terres émergées de la planète. Il comprend la Polynésie et la Micronésie dans leur totalité. Avec ses mers bordières, il baigne la Mélanésie tandis que ses propres eaux bordent des îles et archipels qui font traditionnellement partie de l’Asie insulaire (Honshū, Hokkaidō et les Kouriles). Plusieurs de ses mers bordières baignent l’Insulinde pendant que d’autres espaces maritimes, comme la mer de Tasman, la mer de Corail et l’océan Indien, bordent l’Australasie.
[5] Callao est une ville du Pérou, proche de Lima, l’un des six districts de la Province Constitutionnelle de Callao. Principal port de pêche et de commerce du pays. Callao est fondée en 1537, deux ans après Lima, et devient aussitôt le principal port espagnol de commerce dans le Pacifique. Durant la vice-royauté du Pérou toutes les marchandises produites dans la partie est du royaume sont transportées à travers les Andes à dos de mule vers Callao. Elles sont ensuite chargées sur des bateaux et transportées jusqu’au Panama, puis de nouveau rechargées pour traverser l’isthme de Panama et enfin de nouveau rechargées pour traverser l’océan Atlantique jusqu’en Espagne.
[6] La vice-royauté du Pérou était l’un des deux principaux districts administratifs créé par la couronne de Castille dans ses possessions d’outre-mer, avec la Nouvelle-Espagne centrée sur le Mexique. Pendant les deux premiers siècles de son existence, il comprenait la plus grande partie de l’Amérique du Sud.
[7] actuellement dans l’archipel du Vanuatu
[8] Manille, officiellement la Ville de Manille est la capitale des Philippines, et l’une des seize villes de l’aire métropolitaine de Manille, l’une des plus peuplées au monde. Cette dernière, qui se trouve sur la côte ouest de l’île de Luçon, constitue le Grand Manille Elle se trouve sur la rive orientale de la baie de Manille. Les villes voisines sont Navotas et Caloocan au nord, Quezon au nord-est, San Juan et Mandaluyong à l’est, Makati au sud-est et Pasay au sud. Manille est la deuxième ville des Philippines, par sa population, après la ville de Quezon. Cette population, concentrée sur une superficie d’à peine 38,55 km2, fait de Manille la ville la plus densément peuplée au monde
[9] Les Moluques, sont un archipel à l’est de l’Indonésie formant un territoire de 74 500 km². Ces îles productrices d’épices ont attiré les Européens dans l’archipel indonésien au début du 16ème siècle. Leur nom vient de Jazirat al Muluk, « l’île des rois », que leur donnaient les marchands arabes. Vers 1460, sous l’influence de la principauté musulmane de Gresik à Java, l’île de Ternate est la première contrée des Moluques à s’islamiser. En 1511, une flotte portugaise, partie de Goa en Inde sous le commandement du vice-roi Afonso de Albuquerque, s’empare de Malacca, qui était devenu le plus grand port d’Asie du Sud-Est. Immédiatement, les Portugais s’installent ensuite aux Moluques. Dans son Historia das Molucas perdue, le Portugais António Galvão écrit pour sa part vers 1544 que c’est avec la Chine que les Moluques ont dû avoir leurs premières relations maritimes. François Xavier, cofondateur de l’ordre des Jésuites avec Ignace de Loyola, jette les bases d’une mission à Ambon, Morotai et Ternate en 1546 et 1547, marquant le début de l’implantation du catholicisme en Indonésie.
[10] Céram, en indonésien Seram ou Pulau Seram, est une île d’Indonésie située dans l’archipel des Moluques en mer de Banda. C’est la plus grande et principale île de la province des Moluques en Indonésie. Elle est située juste au nord de la petite île d’Ambon et de quelques autres îles voisines, telles que Saparua, Haruku et les îles Banda.
[11] Misool est une île indonésienne située en mer de Céram. Elle est l’une des quatre principales îles de l’archipel des Raja Ampat et appartient au kabupaten de Raja Ampat dans la province de Papouasie du Sud-Ouest.
[12] La mer de Halmahera est une mer de l’archipel indonésien située entre le Nord-Ouest de la Papouasie occidentale, à l’est, et l’île indonésienne de Halmahera, à l’ouest. Elle jouxte au sud la mer de Seram.
[13] Ternate est une île de l’Est de l’Indonésie, appartenant à l’archipel des Moluques du Nord et située à 13,7 km à l’ouest-sud-ouest de Sidangoli, une localité de la côte occidentale de Halmahera. Administrativement, elle constitue une kota de la province des Moluques du Nord. Cette île montagneuse, dont le point culminant est le volcan Gamalama à 1 715 mètres.
[14] Les Moluques, en indonésien Maluku, sont un archipel situé dans l’Est de l’Indonésie, d’une superficie terrestre de 74 500 km2 avec plus de 2 millions d’habitants. Ces îles productrices d’épices ont dès le début du 16ème siècle attiré les Européens, en premier lieu les Portugais, vers l’archipel indonésien. Après une période de prédominance portugaise, les Néerlandais de la Compagnie des Indes orientales (VOC) prennent le contrôle des Moluques, ainsi que du reste de l’archipel indonésien, qui au 19ème siècle devient les Indes orientales néerlandaises, principale possession coloniale du royaume des Pays-Bas. L’accession à l’indépendance de l’Indonésie en 1949 suscite des velléités sécessionnistes aux Moluques, rapidement réprimées par la nouvelle république.